Télévision Santé - Pour réfléchir : Vidéos & transcriptions écrites d'émissions de télévision avec Pierre Rabhi, paysan philosophe, humaniste. -
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Tv Pierre Rabhi
Vidéos & Transcription écrite d'émissions de télévision


VIDÉOS ET TRANSCRIPTION ÉCRITE DES ÉMISSIONS - PRÉSENTATION

Pierre Rabhi

Liste des émissions de télévision avec Pierre Rabhi :

10.04.2014 : France 5 : Émission "La Grande Librairie" J. M. G. Le Clézio et Pierre Rabhi - avec transcription écrite -
VIDÉOS - PRÉSENTATION - TRANSCRIPTION ÉCRITE - COMMENTAIRES - ARTICLES

23.03.2014 : France 2 : Émission "Thé ou Café" Interview de Pierre Rabhi - avec transcription écrite -

25.02.2014 : Arte Émission "28 minutes" Passage de Pierre Rabhi - avec transcription écrite -

08.02.2014 : RTS Émission "Faut pas croire" Pierre Rabhi, playdoyer pour la terre
Revoir sur Youtube au lien : http://www.youtube.com/watch?v=AZ4bZGrCE_4 (23'02)

18.12.2013 : Arte Émission "28 minutes" Le vrai progrès, c'est la décroissance avec Pierre Rabhi - avec transcription écrite -

29.10.2013 : France 5 Émission "Méditerranées XXI" Pierre Rabhi... militant du goût et de la "sobriété heureuse" - avec transcription écrite -

26.10.2013 : Canal + Émission "Salut les terriens" Pierre Rabhi, l'incroyable destin de l'enfant du désert algérien - avec transcription écrite -

24.10.2013 : France 2 Émission "Complément d'enquête" Pierre Rabhi, paysan philosophe - avec transcription écrite -

 

PRÉSENTATION :

 

Album relatif aux émissions de télévision concernant le domaine de la santé et pour réfléchir !

Il s'agit de comprendre comment la télévision nous renvoie les informations relatives à la santé.

VFSTF = Version française sous-titrée en français :
- option sous-titrée en français incrustée dans le film en cliquant "Sous-titres" ou
- déroulement du texte sous-titré en français sous le film en cliquant "Transcription" en visionnant sur Youtube
- téléchargement possible des films présentés sur Youtube en utilisant dans Firefox "DownloadHelper".

Deux supports pour aider à la réalisation des transcription écrites :

 

- Replay avec Pluzz : http://pluzz.francetv.fr/ pour les chaînes de télévision 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 et Ô.

Le replay peut inclure le sous-titrage, et il est visible pendant une semaine après le passage de l'émission à la télévision.

 

- Site de Télé Scoop : http://telescoop.tv/

Les transcriptions écrites sont faites avec l'aide des sous-titres.

 

Controverse : http://blogs.mediapart.fr/blog/joseph-g/170414/le-cas-rabhi-nie
https://www.facebook.com/LesEnrages/photos/a.150666138433300.1073742000.136342863198961/278546982311881/?type=1&theater

 

 

PIERRE RABHI :
Auteur et conférencier, Pierre Rabhi est à la fois paysan, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France, et philosophe.

Un très bon "condensé" concernant Pierre Rabhi et son action :
http://echosverts.wordpress.com/2014/04/18/celebrer-la-terre-avec-pierre-rabhi/
Ce texte est présenté dans cette page au lien : #Pierre_Rabhi_et_son_action

Sur Wikipédia : 
http://fr.wikipedia.org/ wiki/Pierre_Rabhi

Le mouvement Colibris 
http:// www.colibris-lemouvement.or g/colibris/ aux-origines-du-mouvement/ pierre-rabhi

Le blog de Pierre rabhi : 
http:// www.pierrerabhi.org/blog/

La fondation Pierre rabhi :
http:// www.fondationpierrerabhi.or g/

Présentation de "Terre & Humanisme" au lien :
http://www.terre-humanisme.org/article73.html

Controverse : http://blogs.mediapart.fr/blog/joseph-g/170414/le-cas-rabhi-nie


J. M. G. Le Clézio & Pierre RABHI
à La Grande Librairie

 

VIDÉOS - PRÉSENTATION - TRANSCRIPTION ÉCRITE - COMMENTAIRES - ARTICLES

Jeudi 10 avril 2014 - France 5 - Emission "La Grande Librairie"

J. M. G. Le Clézio et Pierre Rabhi à l'émission "La Grande Librairie"

Photo : J.M. Le Clézio & Pierre RABHI   à La Grande Librairie   Jeudi 10 avril 2014 - France 5 -   Transcription écrite de l'émission  Revoir l'émission sur Dailymotion   http://www.dailymotion.com/video/x1nh8kz (59'01)    L'émission complète en replay sur Internet :  http://pluzz.francetv.fr/videos/la_grande_librairie_saison6_,99864304.html (1h01)    Dossier concernant les émissions de télévision avec Pierre Rabhi et la transcription écrite au lien :  http://www.conscience33.fr/tv_pierre_rabhi.html    PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :    Trois ans après son recueil de nouvelles «Histoire du pied et autres fantaisies», JMG Le Clézio revient avec «Tempête, deux novellas», publié dans la collection Blanche chez Gallimard, deux longues nouvelles.   L'une se déroule sur une île de la mer du Japon, l'autre à Paris.   Pierre Rabhi publie quant à lui «Semeur d'espoirs», chez Actes Sud, un long entretien avec Olivier Le Naire au cours duquel les deux hommes ont évoqué la religion, l'amour, la vieillesse, le désarroi des jeunes, le sens de l'Histoire, la non-violence, le travail, l'éducation, le statut de la femme, le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, le nucléaire, la politique et, bien sûr, l'écologie.    TRANSCRIPTION ÉCRITE D'UNE PARTIE DE L'ÉMISSION :    François Busnel : Bonsoir à tous.   C'est une émission très particulière que je vous propose ce soir. Une cure pour résister à la morosité actuelle.   Deux grands hommes, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Pierre Rabhi.   Ils se découvrent pour la première fois sur ce plateau.   Le prix Nobel de littérature face à l'enfant du désert.   Jean-Marie Gustave Le Clézio publie 'Tempête', aux éditions Gallimard, peut-être l'un de ses plus beaux livres.   Pierre Rabhi est dans les listes de toutes les meilleures ventes avec un très beau livre d'entretiens paru à l'automne dernier.   Jean-Marie Gustave Le Clézio et Pierre Rabhi, portraits croisés.    - Deux hommes aux destins hors du commun.   Deux amoureux de littérature, deux conteurs atypiques.   D'un côté, Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature.   De l'autre, Pierre Rabhi, agriculteur et écrivain.   Jean-Marie Le Clézio est né à Nice en 1940.   Elevé par une mère française, il fait la connaissance de son père.  A 23 ans, il publie son premier roman, 'Le procès-verbal'.   Le livre frôle le concours et obtient le prix Renaudot.   Ecrivain au succès précoce, il est avant tout un nomade.   Au Mexique, il se passionne pour l'existence des premiers habitants américains.   En 1977, il s'installe au Nouveau-Mexique pour enseigner la littérature.   Pierre Rabhi voit le jour en 1938 aux portes du Sahara, en Algérie.   De confession musulmane, son père élève seul ses 5 enfants et confie son fils aîné à un couple de Français.   A l'adolescence, le jeune garçon se convertit au catholicisme et choisit le prénom de Pierre.   En 1959, Pierre Rabhi quitte l'Algérie en guerre pour la France.   Il devient ouvrier à Paris.   Les valeurs des Trente Glorieuses lui apparaissent comme une illusion.  Pierre Rabhi : Le développement industriel et technologique n'a pas été accompagné d'une philosophie.    - Il s'installe en Ardèche.   Avec sa femme, il développe une agriculture qu'il veut respectueuse de l'homme et de la nature.   En 15 ans, sa ferme devient un modèle de développement écologique.   D'un côté, un écrivain sans frontières.   De l'autre, un pionnier de l'agroécologie.   En 1980, Jean-Marie Le Clézio signe un roman qui va faire date, 'Désert'.   Le livre s'est vendu à plus de 700.000 exemplaires.   A la même époque, Pierre Rabhi est invité à transmettre son savoir-faire dans les pays d'Afrique, notamment au Burkina Faso.   En 1983, il écrit son premier livre autobiographique, suivi d'un recueil de contes.   Aujourd'hui, les conférences de Pierre Rabhi font salle comble.   Son action a trouvé son prolongement dans plusieurs associations et mouvements qu'il a lui-même créés.   En 2008, Jean-Marie Le Clézio est devenu le 14ème écrivain français couronné par le prix Nobel de littérature.   Auteur d'une cinquantaine de romans, d'essais, il a été dépeint par l'Académie suédoise comme un écrivain 'de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle'.   Face-à-face exceptionnel ce soir entre Jean-Marie Le Clézio et Pierre Rabhi, deux écrivains qui cultivent sans relâche la liberté de pensée.    François Busnel : Bonsoir. Je suis très heureux de vous recevoir sur ce plateau.   Vous étiez là le soir du prix Nobel, quand il vous a été attribué en 2008.   Merci infiniment d'avoir trouvé le temps, entre quelques-unes de vos pérégrinations, de venir vous poser pour rencontrer Pierre Rabhi. Bonsoir, Pierre Rabhi.   Très heureux de vous avoir sur le plateau.   Depuis quelques années, vos livres connaissent un succès grandissant. Ils méritent d'être plus connus encore.   C'est le cas grâce à un livre d'entretiens que vous avez publié il y a quelques mois avec Olivier Le Naire, journaliste à L'Express.   Jean-Marie Le Clézio, vous publiez un livre qui est très étonnant, comme d'habitude.   Il revient avec beaucoup de subtilité sur vos grandes obsessions : la solitude, la ville, la mer, les femmes.   'Tempête'.   Vous allez nous dire ce que sont les novellas.   On voulait vous réunir depuis très longtemps autour de cette table.   Vous étiez-vous déjà rencontrés ?    - J-M. G. Le Clézio : Non, malheureusement. Je n'avais jamais rencontré Pierre Rabhi.   J'ai entendu parler de lui, par ma femme, notamment, qui a beaucoup d'admiration pour lui.   Je suis très heureux.   Je vous en remercie tous les deux.    Pierre Rabhi : Merci aussi à vous.   Je vous ai connu à partir de 'Désert'.   Comme je suis un fils du désert, ça m'avait touché encore plus.    François Busnel : Il y a énormément de points communs entre vous deux.   Dans la biographie, et nous en parlerons tout à l'heure, mais surtout dans l'œuvre littéraire.   PierreRabhi est un écrivain qui a publié ce petit livre, 'Vers la sobriété heureuse'.   Ce livre devient un bréviaire.   C'est un écrivain qui se confie sur lui-même et sur la manière dont il voit le rapport entre le monde, l'écriture et une pensée qui se déploie.   Commençons par cette expression, 'la sobriété heureuse'.   Qu'est-ce ?    Pierre Rabhi : Mon aventure m'a amené à remettre en question cette boulimie prédatrice de cette civilisation du toujours plus, cette insatiabilité distillée dans le cœur des gens de façon à ce qu'ils deviennent des consommateurs pour faire tourner une machine infernale.  On ne prend pas du tout en compte le fait que nous sommes sur une magnifique planète qui est limitée.   Au lieu de percevoir cette planète comme une chance inouïe, comme une oasis extraordinaire au milieu d'un univers sidéral, on la voit comme un gisement de ressources à épuiser jusqu'au dernier poisson.   On en arrive aux limites de cette pulsion.   Cette pulsion devient suicidaire.   J'ai combattu, évidemment, je suis totalement opposé à la notion de croissance économique limitée.   C'est une absurdité totale.   On pense que c'est avec ça qu'on va solutionner le problème du monde.   Or, il suffit d'observer la croissance pour constater que c'est le problème.   Elle provoque des gens qui sont repus, plus que largement pourvus, qui jettent et qui gaspillent.   De l'autre côté, des familles n'ont rien à donner à leurs enfants.   Ces éléments-là amènent la conscience collective de l'humanité à réfléchir sur son destin autrement qu'elle ne l'a fait jusqu'à maintenant.    François Busnel : Et c'est là que vous entrez en scène.   Votre apport, c'est cette idée de sobriété heureuse comme un remède qu'il faut considérer comme un art de vivre.   C'est face à ce constat dramatique que vous venez de décrire.   Que faut-il faire face à cela ?    Pierre Rabhi : Sans rentrer dans des considérations émotionnelles, je m'aperçois que les gens dans l'abondance consomment des anxiolytiques en grande quantité.   On vous agite du bonheur comme un hochet.   On vous dit que c'est l'argent qui vous apportera le bonheur.   Mais c'est une immense illusion.   Cette sobriété, cette surabondance et cette pulsion prédatrice accumulatrice aboutissent à détruire la planète tout en générant les inégalités que j'ai dénoncées.    François Busnel : 'A quoi bon la prospérité si la joie d'exister est inaccessible ?'   Qu'est-ce que la joie d'exister ?    Pierre Rabhi : C'est le bien suprême. Il n'y a pas plus élevé que la joie d'exister.    François Busnel : C'est la joie ou le bonheur ?   Vous choisissait -- choisissez la joie.    Pierre Rabhi : La joie s'accompagne d'une espèce de liberté très importante ainsi que d'une libération.  C'est le bien suprême.   Il n'est accessible par aucune matière.   On peut être milliardaire, acheter des yachts, des avions privés, la joie n'est pas accessible.   Elle est d'une nature très particulière.   Vous la trouvez chez des gens qui n'ont pas grand-chose.   Ils chantent, ils sont heureux, ils sont légers.   Ils dorment et se réveillent tranquilles.   Ils ont cette saveur de la vie.   Ils la gouttent tous les jours comme un élixir, quelque chose de très élevé.   Quand on va dans les pays censés l'avoir, on constate qu'elle n'existe pas.   C'est comme l'intelligence.   L'intelligence n'a rien à voir avec l'aptitude du cerveau.   Le cerveau peut faire des miracles avec des techniques.   Quand on voit la combinatoire de tous les miracles que nous sommes capables de faire, ça donne un système intelligent.   La joie est d'une essence particulière.    François Busnel : Vous venez de la définir.   Mais vous, dans votre vie, vous l'avez connue ?   A quoi ressemble-t-elle ?    Pierre Rabhi : Je l'ai connue étant enfant par mon extraction de petit fils du désert.   On se contentait de peu.   Quand nous avons fait notre retour à la terre, elle faisait partie des critères.   On a décidé dès le départ qu'on mettrait une limite à l'avoir.   L'avoir vous fait basculer dans l'aliénation.   Aujourd'hui, tout le monde est aliéné.   Les gens suivent comme ils peuvent.   Il y a cette hiérarchisation qui aboutit à l'hyperconsommation de richesse entre les mains d'une minorité et à des mamans et des papas qui ne savent plus quoi donner à leurs enfants.    François Busnel : Vous parlez d'autolimitation.    Pierre Rabhi : C'est très beau. Je prends la décision de ce qui est nécessaire, de façon à ne pas aliéner ce qui ne relève pas de la matière mais de l'esprit.   L'esprit a très peu de place, aujourd'hui.   La beauté a déserté notre environnement.   On va chercher de la beauté factice.   La beauté réelle n'est plus là.    François Busnel : Elle est peut-être dans quelques livres.   Jean-Marie Le Clézio, la joie d'exister dont Pierre Rabhi nous dit que c'est le bien suprême, l'avez-vous rencontrée ?    - J-M. G. Le Clézio : Je l'ai rencontrée, mais je ne l'ai pas vécue.  Je suis de ces personnes qui font une rupture entre ce qu'elles aimeraient et ce qu'elles vivent.   Mais j'ai rencontré les personnes que décrit Pierre Rabhi, en particulier une population d'Indiens au Panama.    François Busnel : Vous avez décidé de passer plusieurs mois de votre vie avec eux.    - J-M. G. Le Clézio : C'était une école de philosophie.   Ce sont des personnes qui vivent dans un milieu difficile et qui ont décidé de préserver ce milieu parce qu'elles n'en ont pas d'autre.   Le problème qui se pose dans le monde actuel, c'est que nous avons des mondes de substitution.   Ces personnes n'en avaient pas.   C'était leur seul territoire.   Elles n'en connaissaient pas d'autre.   Une fois épuisé, ces gens n'ont pas d'autre endroit où aller.   Ils ont conscience qu'il faut mesurer chaque impact que l'on porte contre la nature.   Ils ont l'air de vivre cette illumination de la vie quotidienne.   Normalement, j'aurais dû rester, mais je ne pouvais pas.   Une part de moi-même s'y opposait.   D'abord, je n'appartenais pas à cette culture.   Je m'imposais comme un poids.   Ensuite, je n'étais pas capable de vivre cette vie au quotidien.   Ça demandait un effort physique que je n'avais pas. Je n'étais pas préparé.   Mais je comprends parfaitement ce que dit Pierre Rabhi.   Je l'ai vu sur le visage de certaines personnes.    François Busnel : C'est peut-être un point capital que vous soulevez.   Ça demande une force physique, une ardeur qui n'est pas qu'intellectuelle.   Comment faire quand on accepte et qu'on adopte votre discours de l'autolimitation, de la quête de la joie d'exister, pour accepter de trouver la modération, la mesure, parfois dans des endroits où l'on a très peu ?    Pierre Rabhi : Je reviens à notre aventure qui était précaire.   Quand nous avons décidé de retourner à la terre, c'était pour réfléchir à comment bénéficier de la part de vie qui nous était donnée.   On est tous enfermés dans des espaces exigus.   J'ai ressenti une espèce d'exode et d'évasion.   Une quête d'espaces.   Une anecdote va bien illustrer ce que j'ai envie de vous dire.   En 1961, on n'avait pas le moindre sou.  Ça paraissait complètement fou.   C'était les Trente Glorieuses.   Le système fonctionnait à plein rendement.   On occultait complètement le fait que c'était le tiers-monde qui dopait le système.   Quand nous avons décidé ce retour à la terre, on n'avait pas le moindre sou.   Il fallait passer par la banque.   Le Crédit Agricole nous a demandé si on savait travailler.    François Busnel : Vous étiez ouvrier agricole.    Pierre Rabhi : C'est là que j'ai appris l'agriculture moderne avec les dégâts qu'elle fait qui sont épouvantables.   Le Crédit Agricole était prêt à nous prêter de l'argent si on trouvait une ferme.   Quand nous avons trouvé notre ferme, il n'y avait pas d'électricité.   On est restés 13 ans comme ça.   Le sol était rocailleux.   Les chemins, à peine praticables.  Quand je suis allé au Crédit Agricole avec mon petit dossier, on m'a dit que j'étais fou.   On ne voulait pas me prêter de l'argent pour ne pas 'm'aider à me suicider'.   C'est la beauté de la nature qui nous a aidés à nous en sortir.   Ça ne figure jamais sur un bilan.   Nous sommes une société qui a renoncé à la beauté et à la nature.   Elle a détruit la nature.   Elle s'est éloignée de plus en plus de cette magie de la vie qui nous donne des choses gratuites et qui nous enchante intérieurement.   C'est pour ça que nous avons tenu à nous installer dans ce lieu.   Nous en avons bavé.   Si c'était à refaire, on le referait.    François Busnel : Vous avez une détermination à toute épreuve.   Au bout d'un moment, ça finit malgré tout par être rentable.   Vous acceptez ce mot 'rentable' ?   Vous avez créé des associations et vous voyagez dans le monde.    Pierre Rabhi : J'associe à notre aventure ma femme, Michèle.   Si elle n'avait pas eu l'énergie et le courage pour me supporter et pour tenir, ça n'aurait pas pu se réaliser.   C'est à ce moment-là qu'il y a ces deux énergies féminine et masculine qui, par miracle, deviennent opérationnelles et dans une même détermination.   On aurait pu se reprocher plusieurs choses.   Ce n'est pas un fleuve tranquille ni la joie tous les jours.   Mais cette idée que le féminin et le masculin s'associent pour réaliser la même chose, ça n'a été possible que comme ça.    François Busnel : La sobriété heureuse, c'est une mise à l'épreuve de la vie quotidienne et de la vie amoureuse.  Quand on vous écoute, on a une furieuse envie de voir dans quel endroit vous pratiquez, vous vivez, vous trouvez ces moments de joie.   On a fait le voyage jusqu'en Ardèche, dans ce petit village loin de tout, où vous vous trouvez et où vous réussissez à nous montrer ce qu'est la sobriété heureuse.    Pierre Rabhi : Elle est grumeleuse.   C'est une terre en bonne santé.    - En Ardèche, Pierre Rabhi a réussi à rendre fertile un sol aride en utilisant seulement des procédés naturels.    Pierre Rabhi : L'olivier, c'est l'arbre du pays.   Plus loin, on a des amandiers.   Entre les deux, des arbres fruitiers.   C'est un pêcher que nous venons de planter.   Le tout constitue un écosystème.   On essaye l'approche d'un bon voisinage des végétaux entre eux.    - En renonçant à tout produit chimique, Pierre Rabhi a rejeté les bases de l'agroécologie.    Pierre Rabhi : Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transporte.   C'est lui qui m'a montré la première fois ce bouquin.   Il existe des méthodes différentes.   On peut parfaitement produire notre nourriture avec une certaine qualité.    - Pierre Rabhi s'est installé ici avec sa femme en 1961, à contre-courant d'une époque marquée par l'exode rural et la course à la consommation.    Pierre Rabhi : Quand on a découvert ce lieu, on a eu la sensation que c'était là que nous devions être.   Ce sont des critères qui ne sont jamais pris en compte.   On dirait que c'est une maison qui est née de la terre elle-même.   Quand les êtres humains utilisent les matériaux locaux, ce n'est pas comme aujourd'hui, des boîtes à habiter.   C'est comme si la terre elle-même enfantait la maison.   Je me sens empereur, milliardaire.   Nous sommes riches de ça.    François Busnel : Pour une autre définition de la richesse...   Vous écrivez ceci : 'Depuis la nuit des temps, les peuples ont chanté leur terre mère et composé des poèmes en son honneur.'   Vous donnez la définition du travail de Jean-Marie Le Clézio.   Chantez-vous la terre mère ?    - J-M. G. Le Clézio : Oui, mais encore une fois, je n'ai pas de terre.  C'est sans doute volontaire.   Je suis toujours entre deux endroits.   Je n'ai pas décidé, comme l'a fait Pierre Rabhi, que j'appartenais à un lieu.   C'est lié à mon histoire personnelle.   Je descends d'une famille de déterrés, de gens qui n'ont pas de terre.   Ma famille est…   Ma femme est elle-même issue d'un peuple nomade.   Ce ne sont pas des agriculteurs.   En fait, ce sont des agriculteurs d'une agriculture au moment.   Ils sont obligés de se déplacer…   Ils ne sont pas attachés véritablement. Mais je ressens profondément l'amour que Pierre Rabhi ressent pour la terre.   C'est quelque chose d'incroyable vers quoi tout être humain devrait s'orienter.   Je vais peut-être suivre ce bon exemple.    François Busnel : Il va falloir choisir entre l'île Maurice, la Bretagne, Nice, le Nouveau-Mexique, Paris.   Vous écrivez : 'L'atavisme qui rejette les humains vers l'ornière d'origine.'    - J-M. G. Le Clézio : Je parle de quelqu'un qui a commis un crime.   Quoi qu'il fasse, il revient vers cette ornière, comme toute personne qui porte un passé très lourd.   Je ne dirais pas que c'est l'ornière de se retrouver sur une terre.    François Busnel : Il choisit une terre, cet homme.   C'est le personnage principal de 'Tempête'.   C'est une drôle de terre.   Il la choisit au bout du monde, sur l'île d'Udo, au sud de la Corée du Sud et à l'ouest du Japon, où vivent les femmes de la mer.   Qui sont-elles ?    - J-M. G. Le Clézio : C'est un vieux mythe.   J'ai été initié par la lecture d'un magazine que mon père achetait quand il est revenu d'Afrique.  C'était un magazine officiel de l'Académie de géographie américaine.   Il faisait un reportage sur les femmes du Japon et de Corée du Sud dont le travail consistait à pêcher en apnée.   Elles étaient Iestées par des cailloux et plongeaient avec un masque.   J'ai lu ça quand j'avais 10 ans.   60 ans plus tard, j'ai revu les mêmes femmes qui sont devenues vieilles.    François Busnel : Vous les avez rencontrées.    - J-M. G. Le Clézio : Je les ai vues sortir de l'eau.   Certaines ont mon âge, voire plus.   Elles ont du mal à marcher sur la terre, mais dès qu'elles entrent dans la mer, elles sont dans leur élément.  Elles pratiquent une pêche que Pierre Rabhi pourrait apprécier.   C'est très écologique.   Elles pêchent à la main, en apnée.   Elles respectent les simples lois de l'existence, laisser la créature se développer avant d'exercer une prédation, comme si elles s'excusaient d'exercer cette prédation.   Elles connaissent cette illumination dont Pierre Rabhi parle.   Elles sont parfaitement heureuses.   C'est une existence très dure.   Elles ont les ongles cassés et souffrent de maladies cardiaques.   C'est dur, de plonger.   Quand elles sortent de l'eau, elles poussent un cri pour reprendre leur respiration.   Il y a quelque chose de prodigieux dans cette union de ces femmes avec la mer.   La terre est nourricière et la mer peut l'être aussi.    François Busnel : Arrive un homme.   'Un journaliste raté, un écrivain failli, pris au piège de ses mauvais instincts, condamné pour un crime qu'il n'a pas commis, sans espoir d'amélioration.'   Que vient-il chercher sur cette île du bout du monde ?    - J-M. G. Le Clézio : Il vient chercher la mort. Il vient là pour se suicider.   Il n'aura pas à le faire.   Sur cette île, il est pris par la beauté des éléments, par la force de ces femmes de la mer et par une enfant qu'il rencontre et qui Iui apporte quelque chose qu'il ne soupçonnait pas.   Une sorte d'illumination de la vie.   Il y a cet échange avec cette gamine à peine pubère.   C'est une histoire d'amour et d'initiation.   J'ai eu envie d'écrire ça, car quel que soit le crime que l'on a commis et le degré d'abjection de la société, la rédemption est possible.   Pas une rédemption religieuse, une rédemption par le partage, l'illumination, la beauté.    François Busnel : Et par la force de la nature.   La mer est très présente.   Quand la tempête se déchaîne, c'est comme si elle lavait le passé de ce personnage.   Il y a de la violence, également.   C'est la mort qui rime avec la mer.   Les femmes qui plongent peuvent être happées.   Cette gamine de 13 ans est innocente et drôle.   Quand on a 13 ans, on pose aux adultes des questions un peu dangereuses, qui ne font pas plaisir. Comme celle-ci : 'Où voudriez-vous mourir?    - J-M. G. Le Clézio : J'ai posé cette question parce que je n'ai pas de réponse.   Ça m'est égal de mourir ici ou là.   Ce n'est pas une obsession dans mon existence de créer un mausolée où je finirai mes dernières secondes.   Il ne faut jamais perdre de vue que la mort est au bout.   Je reprendrai une phrase de Pierre Rabhi :   'Je suis plus près de la fin que du début.'   Je vois ce moment arriver sans aucune crainte.   J'avais davantage de crainte de la mort quand j'avais 20 ans que je n'en ai aujourd'hui.   Ça m'est égal.   Ce n'est pas un moment important de l'existence.   Tout ce qui précède est important, tout ce qu'on peut apporter aux autres tout ce qu’on peut apporter aux autres et tout ce tout ce qu'on peut apporter aux autres et tout ce qui peut vous changer et vous rendre meilleur, vous donner plus d'harmonie avec l'existence.   C'est la vie qui compte, pas la mort.    François Busnel : Il est là, votre hédonisme dont on parle parfois.   Est-ce vraiment de l'hédonisme ?   Vous considérez que le présent est plus important que la mort.    - J-M. G. Le Clézio : Je prends l'exemple de cette population qui vit sur cette île d'Udo.   C'est la tradition sans doute héritée du bouddhisme.   Les tombeaux sont invisibles.   Les gens sont mis en terre.   Il n'y a pas de trace, pas de stèle.   Ce n'est pas important de survivre à sa mort.   Ce qui rend heureux ces gens, c'est de voir les gens qui circulent autour de ce cimetière.   On voit les gens survivre dans les espèces animales.   Mourir dans la mer, c'est une mort merveilleuse.   On entre dans la mer, elles nagent jusqu'à disparaître dans la mer et ne jamais revenir.   Elle l'a choisi.    François Busnel : Si vous croisez cette petite fille et qu'elle vous pose la même question.   'Où voudriez-vous mourir ?'    Pierre Rabhi : Comme Jean-Marie.   Mais nous sommes des êtres avec des sentiments.   J'ai été dans une forme d'exil.   Je ne pouvais plus m'intégrer à ma communauté initiale.   Quand je suis en France, je suis en même temps étranger.   On est un peu de partout et de nulle part.   Je me suis attaché à cette terre.   Je la soigne et elle me soigne.  Un lien s'est tissé avec ce petit bout de terre rocailleux.   Ce qui restera de moi retournera dans ce sein maternel.   Ça ne me déplairait pas.   Mais je suis d'accord pour dire que le problème n'est pas de savoir ce qui va se passer après la mort.   D'abord, existe-t-il une vie avant la mort ?   Qu'est-ce que l'humanité, aujourd'hui ?   Existe-t-il une vie avant la mort ?   On rentre dans des tas d'hypothèses et chacun y va de sa projection.   Il faut prendre soin de la vie.   Celle-là, nous l'avons.   C'est plus qu'une certitude.   C'est là que nous sommes.   Nous sommes tous prisonniers de notre histoire.   Pétrifiés dans notre histoire.   C'est une espèce de transcendance, de se libérer de notre histoire qui nous englue.   Je parle beaucoup plus de sociologie de consciences.   Il faut que les consciences et les cœurs se rejoignent.   Quelquefois, on est étranger dans sa propre famille.   C'est pour cela qu'on recherche sa famille ailleurs.   Très souvent, on est en quête de sa famille ailleurs.   La mort vient selon les circonstances.    François Busnel : C'est la vie, qui vous intéresse.   De savoir quelle planète nous allons laisser à nos enfants.   Et quels enfants nous allons laisser à notre planète.   Que va-t-on leur donner comme valeurs ?   C'est un peu ce que fait votre personnage, qui voudrait que ce soit son père, cet étranger qui pêche très mal.   Elle a compris qu'il y avait quelque chose en lui de brisé.   Elle aimerait avoir un père d'adoption.   Elle lui dit quelque chose à la page 90.   C'est un paradoxe et ça concerne la vie.   Le personnage dit la vérité. Il ne cherche pas à embellir la vie.   Il n'est pas sucré.   Il est amer comme le café.   J'ai le goût du café dans la bouche.   Cette amertume, je ne peux plus m'en passer.  Cette amertume fait partie de la vie ?    - J-M. G. Le Clézio : On ne peut pas apprécier le sucré de la vie.   C'est une dimension importante.   On est dans une période où l'on prend plaisir à l'amertume, à la souffrance.   Je n'ai pas eu la chance comme Pierre Rabhi, de naître dans une terre très sélective qui donne des muscles d'acier, une énergie inoxydable.  Je suis né pendant la guerre, dans une sorte de no man's land.   J'ai dû essayer d'inventer des dieux parce que je n'en avais pas.   L'important est de se sentir en harmonie avec un lieu ou avec un lieu intérieur.   En acceptant des éléments doux et des éléments amers, en ne choisissant pas uniquement la douceur.   J'ai beaucoup aimé l'histoire de la vie de Monsieur Rabhi.   Je l'ai lue avec beaucoup d'émotion.   L'enfance et toutes les aventures qui le conduisent à comprendre l'harmonie.   J'ai pu lire ce livre comme un roman.   Je parle de votre essai.   C'était un personnage qui grandissait, qui évoluait.   A chaque instant, j'étais saisi par ce qui m'était proche et différent.    François Busnel : C'est un formidable compliment.   C'est une partie de la réalité du monde.   J'aimerais revenir sur des points qui sont peut-être des passerelles.   Il y a des choses qui vous relient peut-être l'un et l'autre.   Pierre Rabhi, vous avez été musulman.   Vous êtes devenu chrétien à l'adolescence.   Vous êtes venu en France pendant la guerre d'Algérie, grâce à un ami juif.   Aujourd'hui, vous dites ne plus appartenir à aucune religion.   Que s'est-il passé dans votre cheminement intellectuel et spirituel ?    Pierre Rabhi : Cette appartenance à 2 religions a été compliquée.  Quand vous dites à un enfant qu'il ne faut pas boire de vin, ne pas manger de cochon et que de l'autre côté, les gens se régalent de saucisson...   D'autant que ma mère était bourguignonne.   Vous êtes porté d'un côté, puis de l'autre.   Vous vous demandez qui a raison, qui a tort.   Vous êtes déconcerté. Cela vous amène à relativiser les choses.   Ça vous permet de prendre du recul pour vous rendre compte qu'il y a un dénominateur commun chez les autres êtres humains et que ce n'est pas lié à une culture, mais profondément ancré dans le caractère de l'être humain.   Par conséquent, c'est là qu'il faut le dépasser, de façon à ne plus être prisonnier de ces obstacles.    François Busnel : Vous donnez quelques pistes pour être heureux.   Vous rappelez le poids de votre propre histoire.   Votre père vous a confié à une famille d'adoption à l'âge de 6 ans.  Vous Iui en aviez voulu, à cette époque ?    Pierre Rabhi : Je ne veux pas pleurer sur moi-même, mais expliquer les choses.   J'ai perdu ma mère.   C'était une espèce d'ectoplasme réel.   A l'époque, il n'y avait pas de photographes.   J'ai l'impression d'avoir été déposé clandestinement sur cette planète.   Cet exil de la famille, de la mère, donne quelqu'un de tourmenté.    François Busnel : Vous nous racontez la 2ème novella de Jean-Marie Le Clézio.   Cette jeune fille, Rachel, a un père adoptif.   Celui-ci se rend à Marie.   On l'appelle la marâtre.   Elle la déteste et se pose des questions.   Les questions que vous venez de formuler.   Vous avez écrit cette novella, 'Une femme sans identité', avec l'envie de répondre de manière transposée à votre propre cas.   Vous avez été élevé par des femmes, sans votre père.   C'était une manière de répondre à cette question ?   Faut-il rencontrer la femme qui vous a donné naissance ?    - J-M. G. Le Clézio : Je ne sais pas.   Quand j'entendais Pierre Rabhi, j'ai imaginé ce que ça pouvait être.   Ne pas connaître sa mère, je ne sais pas ce que cela représente.   J'ai imaginé ce sentiment.   Ça m'a donné envie d'écrire cette novella.   On n'est pas la même personne quand on a été élevé par sa mère et quand on n'a pas connu sa mère.   Il y a un déséquilibre qu'on ne pourra pas rattraper.   Rachel, qui ne connaît pas sa mère biologique, qui a été prise en charge par une femme qui la déteste et l'insulte quotidiennement, a le sentiment que sa vie est un échec organisé.   Elle se retrouve dans une situation difficile, d'être une étrangère partout.   Elle n'a pas de point de rattachement.   Elle doit ensuite faire face à ce que décrit Pierre Rabhi, à la terrible violence du monde contemporain.   Le monde contemporain est violent avec la jeunesse.   C'est difficile de s'inscrire dans ce monde où l'on ne trouve pas de travail, on n'a pas de considération.   On ne trouve pas un travail correctement payé.   La jeunesse d'aujourd'hui, dans les pays soi-disant développés, est tragique.   D'autant qu'on n'a pas cette sorte de protection affective que l'on a reçue, une sorte d'aura que l'on a, qui vous est donnée par votre mère.  Ce n'est pas une transposition de mon histoire.   J'ai su que je devais rencontrer mon père.    François Busnel : Vous l'avez rencontré à l'âge de 7 ans.    - J-M. G. Le Clézio : J'ai appréhendé de rencontrer mon père.   Alors que quand on n'a pas sa mère, je suis sûr qu'on n'appréhende pas de la rencontrer.   On a un besoin continuel de la rencontrer.   Pas physiquement, mais on est habité par ce manque.   C'est ce que je voulais raconter dans cette novella.   Je suis ému d'être devant quelqu'un qui a vécu l'expérience de Rachel, même si elle n'a pas été aussi douloureuse que celle de Rachel.    François Busnel : Pierre Rabhi, vous êtes confié à l'âge de 6 ans, à quelqu'un qui deviendra votre père adoptif.   Quelques années plus tard, en 1958, il vous flanque à la porte.   Pourquoi ?   Avez-vous ressenti une haine réelle, qui n'est pas durable, mais présente quand même ?    Pierre Rabhi : Il y avait mère et père.   Mes parents avaient aussi pris en charge.   C'était plus une prise en charge qu'une adoption officielle.   J'avais une sœur que j'aime énormément, Marguerite.   Elle était aussi prise en charge.   La question était si j'étais en réaction.   Je me suis exilé à partir du moment où j'ai choisi le christianisme.   Je ne pouvais pas retourner dans ma famille alors que j'étais chrétien.   J'ai gardé mon christianisme pour moi.   C'était à Oran.   Je suis resté exilé à Oran.   La guerre d'Algérie arrive.   J'ai un conflit avec mon père.   C'était un gaulliste inconditionnel.   J'étais assez touché par De Gaulle aussi.   Pendant la guerre d'Algérie, il était visé par l'OAS, comme personnage qu'il fallait abattre.   Mon ami juif m'a conseillé de prendre le bateau.   C'est très curieux, tous ces éléments qui arrivent.   Il y a des douleurs.   Il y a des choses compliquées.   Soit on se demande ce qu'on a fait au bon Dieu, soit on se demande ce que cela va vous apprendre.   Et c'est quelque chose qui m'éduque, qui m'apprend.   Par moments, je me suis dit qu'il fallait passer par ce double exil pour prendre le chemin que j'ai pris et que je ne regrette pas.   Il ne s'est pas révélé absurde.    François Busnel : Voilà pour les quelques points de parcours de votre biographie.  Il est d'autres raisons pour lesquelles je souhaitais vous réunir.   Elles sont plus littéraires.   On trouve le même texte fondateur, me semble-t-il, chez vous Jean-Marie Le Clézio dans votre vie d'écrivain et chez vous, Pierre Rabhi, car ce texte, vous nous le donnez de manière intégrale dans ce très beau livre d'entretiens.   C'est un texte que vous avez cité, Jean-Marie Le Clézio, lorsque vous avez été à Stockholm pour recevoir le prix Nobel de littérature.   Ce texte, c'est la réponse d'un chef indien en 1854 au gouvernement américain lorsque ce gouvernement américain dit aux Indiens 'On voudrait acheter vos terres.'   Que répond ce chef, Pierre Rabhi ?    Pierre Rabhi : Le seul texte que j'ai mis dans ma chambre.   C'est l'intelligence à l'état pur. Il ne faut pas disserter l'intelligence.   C'est l'intelligence.   L'intelligence réelle, profonde.   En même temps, c'est quelque chose qui m'a donné une telle légèreté qui fait que je me demande si je ne suis pas plus indien qu'africain.  J'ai une affection profonde pour l'attitude de ces peuples.    François Busnel : 'Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel ?   L'idée nous paraît étrange.   Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment pouvez-vous l'acheter ?'    Pierre Rabhi : C'est très intelligent.    François Busnel : Pour quelle raison ce texte résonne-t-il autant en vous ?    - J-M. G. Le Clézio : Il y a une magie, dans ce texte.   La première fois que je l'ai lu, j'ai eu des larmes dans les yeux.   C'est un texte beau, poétique, vrai, intelligent.   Je l'ai publié dans un recueil qui s'appelle 'La fête chantée'.   Comme Pierre Rabhi l'a fait dans son essai.   J'ai suggéré qu'on l'enseigne dans les écoles.   Lorsque les enfants entendent cette voix, ça va leur rester dans l'oreille jusqu'à la fin de leur vie.   Peut-être que le monde deviendra un peu meilleur.   C'est un élément important de l'histoire humaine, qui rend optimiste lorsqu'on le lit.   Même si cette proposition n'a pas été écoutée et que le chef n'a pas été bien traité.   C'est un effacement de la mémoire.   Mais il reste ce texte, qui est encore vivant dans la mémoire des gens du nord-ouest des Etats-Unis et dans l'Etat de Washington.  On gagnerait tous à l'avoir dans sa mémoire.   Chacun devrait en faire sa résonance universelle.    François Busnel : Est-il trop tard, Pierre Rabhi ?   Jean-Marie disait qu'on n'a pas écouté le chef.    Pierre Rabhi : Dans la vie, il est toujours trop tard et il est toujours temps.   Il y a les deux.   Celui qui est mort dans la guerre de 1914, pour lui, c'est trop tard.   Mais il est aussi temps.   S'il n'y avait que du trop tard, je m'arrêterais.   Je resterais chez moi et j'attendrais la mort.   C'est pour cela qu'on a lancé l'association Colibris.    François Busnel : C'est une association dont vous vous occupez.    Pierre Rabhi : Dans le climat général d'un monde découragé, déconcerté, je tombe sur cette légende du colibri. Je ne sais plus à quel groupe d'Indiens elle appartient.   Cette légende dit qu'un jour, il y a eu un grand incendie de forêt.   Tous les animaux étaient atterrés.   Ils étaient découragés.   Il y a un petit colibri.   C'est un petit oiseau.   Il va prendre des gouttes d'eau dans son bec et les jette sur le feu.   Au bout d'un moment, un tatou lui dit que c'est absurde.   Le colibri dit qu'il le sait, mais qu'il fait sa part.   Continuer à se plaindre des Etats, des multinationales ne sert a rien.   Chacun de nous doit comprendre que nous représentons une énergie et que cette énergie peut changer le monde.   Il faut avoir la foi.   C'est pour cela que l'on a développé les Colibris.   On ne pensait pas que ça prendrait autant.   Grâce à des gens, des équipes organisées, c'est en train de gagner partout.   Et moi, je fais ma part.   C'est magnifique.    François Busnel : Faire sa part, encore faut-il savoir rêver.   La France fait-elle encore rêver ?   C'est à la une du nouvel hebdomadaire qui vient d'être créé hier en France.   C'est fait pour vous qui regardez.   Ce sont les écrivains qui vont écrire cet hebdomadaire fondé par l'ancien patron du Monde.   C'est aussi un écrivain qui a reçu le prix Médicis, un romancier.   C'est un journal qui ne se feuillette pas.   Il se déplie.   Le journal se déplie et la pensée se déploie.   On a des textes d'écrivains.   Et qui fait la une ?   Jean-Marie Le Clézio.  La France ferait-elle encore rêver ?   Vos rêves ne seraient pas mes rêves.   Quels sont-ils ?    - J-M. G. Le Clézio : Je rêve d'une ouverture vers un monde meilleur.   Un monde où il n'y a pas de culture dominante, où il n'y a pas d'ostracisme ou de racisme.   Mais c'est difficile de croire en ce rêve.   Toutes les indications montrent que ces vices de la pensée se déploient à chaque instant et résonnent à tout moment dans la vie quotidienne, dans les créations, partout.   Alors que c'est si simple de faire sa part, justement.   De penser que chaque élément de l'humanité a un petit rôle à jouer.   Ce ne sont pas nécessairement des grands thèmes, mais un petit rôle à jouer.   Pierre Rabhi parlait du colibri. J'ai le souvenir d'un moment de grande émotion quand j'étais dans la forêt.   Au cours de mes randonnées, je découvre des gens autour d'une pirogue.   Ils dansent autour de cette pirogue et la frappent avec des baguettes de bois.   On m'a dit qu'ils faisaient une petite cérémonie aux divinités pour que le déluge ne revienne pas.   Je leur ai dit que le déluge ne reviendrait pas tout de suite, qu'on n'a pas de trace de déluge, qu'il pleut, mais que ce n'est pas anormal.   Au Mali, on ne le faisait pas uniquement pour ici, mais pour tout le monde.   Les gens dansent dans un petit coin du monde et font un rituel pour le monde entier.   C'est ce dont parlait Pierre Rabhi.   Ce serait bien que chacun en France et dans d'autres pays participent à cette volonté, que l'on entende toutes les voix.   Qu’il n'y ait pas un ordre moral ou un ordre social qui domine. Ce serait bien qu'il n'y ait pas cette société que décrit Pierre Rabhi, qui a recours aux finances et qui considère que le monde est une sorte de corne d’abondance dans laquelle on peut puiser sans danger.   Ce serait mes rêves, mais je ne sais pas s’ils sont viables.   J’espère qu’ils le sont.   Pierre Rabhi me donne vraiment le sentiment que ce serait viable.   Donc, Je le remercie.    François Busnel : C’est moi qui vous remercie d’avoir participé à cette émission qui touche à sa fin.   On a de quoi rêver.   Merci à vous.    Pierre Rabhi : Il y a ce qui dépasse les mots.   Il y a ce qui se ressent.   Je vous remercie de nous avoir invités.    François Busnel : Je voudrais dire un mot sur la disparition de quelqu'un qui était l'un des grands naturalistes, l'un des grands écrivains du XXe siècle, cité par Jean-Marie Le Clézio.   C'est Peter Madison.   Il était un immense écrivain. Un très grand écrivain.  Il avait publié 'Le léopard des neiges'.   Je vous invite à le lire ou à le relire.   C'est un homme curieux, grand défenseur de la nature, de l'écologie.   Il a écrit ce livre magnifique de poésie.   Il avait reçu à deux reprises le National Book Award.   A la fois romancier et grand homme, pas très éloigné de vos préoccupations à tous les deux.   Je rappelle les titres de vos ouvrages.   Vous devez absolument vous les procurer.   'Vers la sobriété heureuse'.   'Semeur d’espoirs' et les 2 novellas : 'Tempête', suivie de 'Une femme sans identité'.   Et Jean-Marie Le Clézio, aussi 'La France peut-elle encore rêver ?'   Merci à ceux qui m'ont aidé à préparer cette émission.   La semaine prochaine, les 'Carnets de route' nous emmènent à Dublin.   Très belle lecture à tous    Une transcription écrite est aussi présentée sur le site de TéléScoop au lien :  http://telescoop.tv/browse/448773/la-grande-librairie.html?q=Pierre%20Rabhi
Photo de l'album de Facebook

 

VIDÉOS :

Revoir l'émission sur Dailymotion
http://www.dailymotion.com/video/x1nh8kz (59'01)


Pierre Rabhi et J.M. Le Clézio à La grande... par conscience33

L'émission complète en replay sur Internet jusqu'au 16 avril 2014 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/la_grande_librairie_saison6_,99864304.html  (1h01) [La vidéo n'existe plus !]
ou
http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/10-04-2014_228747 (1h01)
et
http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie (1h01)

L'émission est diffusée à TV5 Canada le jeudi 17 avril à 12h, lire ici.


PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :

Trois ans après son recueil de nouvelles «Histoire du pied et autres fantaisies», J. M. G. Le Clézio revient avec «Tempête, deux novellas», publié dans la collection Blanche chez Gallimard, deux longues nouvelles.
L'une se déroule sur une île de la mer du Japon, l'autre à Paris.
Pierre Rabhi publie quant à lui «Semeur d'espoirs», chez Actes Sud, un long entretien avec Olivier Le Naire au cours duquel les deux hommes ont évoqué la religion, l'amour, la vieillesse, le désarroi des jeunes, le sens de l'Histoire, la non-violence, le travail, l'éducation, le statut de la femme, le mariage homosexuel, la procréation médicalement assistée, le nucléaire, la politique et, bien sûr, l'écologie.

 



TRANSCRIPTION ÉCRITE DES SOUS-TITRES DE L'ÉMISSION :
(les parties surlignées en gras se réfèrent aux éléments mis en exergue dans les articles)

François Busnel : Bonsoir à tous.
C'est une émission très particulière que je vous propose ce soir.
Une cure pour résister à la morosité actuelle.
Deux grands hommes, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Pierre Rabhi.   
Ils se découvrent pour la première fois sur ce plateau.
Le prix Nobel de littérature face à l'enfant du désert.
Jean-Marie Gustave Le Clézio publie "Tempête", aux éditions Gallimard, peut-être l'un de ses plus beaux livres. 
Pierre Rabhi est dans les listes de toutes les meilleures ventes avec un très beau livre d'entretiens paru à l'automne dernier.
Jean-Marie Gustave Le Clézio et Pierre Rabhi, portraits croisés.

- Deux hommes aux destins hors du commun.
Deux amoureux de littérature, deux conteurs atypiques.
D'un côté, Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature.
De l'autre, Pierre Rabhi, agriculteur et écrivain.
Jean-Marie Le Clézio est né à Nice en 1940.
Elevé par une mère française, il fait la connaissance de son père.
A 23 ans, il publie son premier roman, "Le procès-verbal".
Le livre frôle le Goncourt et obtient le prix Renaudot.
Ecrivain au succès précoce, il est avant tout un nomade.
Au Mexique, il se passionne pour l'existence des premiers habitants américains.
En 1977, il s'installe au Nouveau-Mexique pour enseigner la littérature. 
Pierre Rabhi voit le jour en 1938 aux portes du Sahara, en Algérie.
De confession musulmane, son père élève seul ses 5 enfants et confie son fils aîné à un couple de Français.
A l'adolescence, le jeune garçon se convertit au catholicisme et choisit le prénom de Pierre.
En 1959, Pierre Rabhi quitte l'Algérie en guerre pour la France.
Il devient ouvrier à Paris.
Les valeurs des Trente Glorieuses lui apparaissent comme une illusion.
Pierre Rabhi : Le développement industriel et technologique n'a pas été accompagné d'une philosophie.

- Il s'installe en Ardèche.
Avec sa femme, il développe une agriculture qu'il veut respectueuse de l'homme et de la nature.
En 15 ans, sa ferme devient un modèle de développement écologique.
D'un côté, un écrivain sans frontières.
De l'autre, un pionnier de l'agroécologie.
En 1980, Jean-Marie Le Clézio signe un roman qui va faire date, "Désert".
Le livre s'est vendu à plus de 700.000 exemplaires.
A la même époque, Pierre Rabhi est invité à transmettre son savoir-faire dans les pays d'Afrique, notamment au Burkina Faso.
En 1983, il écrit son premier livre autobiographique, suivi d'un recueil de contes.
Aujourd'hui, les conférences de Pierre Rabhi  font salle comble.
Son action a trouvé son prolongement dans plusieurs associations et mouvements qu'il a lui-même créés.
En 2008, Jean-Marie Le Clézio est devenu le 14ème écrivain français couronné par le prix Nobel de littérature.
Auteur d'une cinquantaine de romans, d'essais, il a été dépeint par l'Académie suédoise comme un écrivain "de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle".
Face-à-face exceptionnel ce soir entre Jean-Marie Le Clézio et Pierre Rabhi, deux écrivains qui cultivent sans relâche la liberté de pensée.

François Busnel : Bonsoir. Je suis très heureux de vous recevoir sur ce plateau.
Vous étiez là le soir du prix Nobel, quand il vous a été attribué en 2008.
Merci infiniment d'avoir trouvé le temps, entre quelques-unes de vos pérégrinations, de venir vous poser pour rencontrer Pierre Rabhi. Bonsoir, Pierre Rabhi.
Très heureux de vous avoir sur le plateau.
Depuis quelques années, vos livres connaissent un succès grandissant. Ils méritent d'être plus connus encore.
C'est le cas grâce à un livre d'entretiens que vous avez publié il y a quelques mois avec Olivier Le Naire, journaliste à L'Express.
Jean-Marie Le Clézio, vous publiez un livre qui est très étonnant, comme d'habitude.
Il revient avec beaucoup de subtilité sur vos grandes obsessions : la solitude, la ville, la mer, les femmes.
"Tempête".
Vous allez nous dire ce que sont les novellas.
On voulait vous réunir depuis très longtemps autour de cette table.
Vous étiez-vous déjà rencontrés ?
6'
- J-M. G. Le Clézio : Non, malheureusement.
Je n'avais jamais rencontré Pierre Rabhi.
J'ai entendu parler de lui, par ma femme, notamment, qui a beaucoup d'admiration pour lui.
Je suis très heureux.
Je vous en remercie tous les deux.

Pierre Rabhi : Merci aussi à vous.
Je vous ai connu à partir de "Désert".
Comme je suis un fils du désert, ça m'avait touché encore plus.

François Busnel : Il y a énormément de points communs entre vous deux.
Dans la biographie, et nous en parlerons tout à l'heure, mais surtout dans l'œuvre littéraire. 
PierreRabhi est un écrivain qui a publié ce petit livre, "Vers la sobriété heureuse".
Ce livre devient un bréviaire.
C'est un écrivain qui se confie sur lui-même et sur la manière dont il voit le rapport entre le monde, l'écriture et une pensée qui se déploie.
Commençons par cette expression, "la sobriété heureuse".
Qu'est-ce ?

Pierre Rabhi : Mon aventure m'a amené à remettre en question cette espèce de boulimie prédatrice de cette civilisation du toujours plus, cette insatiabilité distillée dans le cœur des gens de façon à ce qu'ils deviennent des consommateurs pour faire tourner une machine infernale.
On ne prend pas du tout en compte le fait que nous sommes sur une magnifique planète qui est limitée.
Au lieu de percevoir cette planète comme une chance inouïe, comme une oasis extraordinaire au milieu d'un univers sidéral, on la voit comme un gisement de ressources à épuiser jusqu'au dernier poisson.
On en arrive aux limites de cette pulsion.
Cette pulsion devient suicidaire.
J'ai combattu, évidemment, je suis totalement opposé à la notion de croissance économique limitée.
C'est une absurdité totale.
On pense que c'est avec ça qu'on va solutionner le problème du monde.
Or, il suffit d'observer la croissance pour constater que c'est le problème.
Elle provoque des gens qui sont repus, plus que largement pourvus, qui jettent et qui gaspillent.
De l'autre côté, des familles n'ont rien à donner à leurs enfants.
Ces éléments-là amènent la conscience collective de l'humanité à réfléchir sur son destin autrement qu'elle ne l'a fait jusqu'à maintenant.

François Busnel : Et c'est là que vous entrez en scène.
Votre apport, c'est cette idée de sobriété heureuse comme un remède qu'il faut considérer comme un art de vivre.
C'est face à ce constat dramatique que vous venez de décrire.
Que faut-il faire face à cela ?

Pierre Rabhi : Sans rentrer dans des considérations émotionnelles, je m'aperçois que les gens dans l'abondance consomment des anxiolytiques en grande quantité.
On vous agite du bonheur comme un hochet.
On vous dit que c'est l'argent qui vous apportera le bonheur.
Mais c'est une immense illusion.
Cette sobriété, cette surabondance et cette pulsion prédatrice accumulatrice aboutissent évidemment à détruire la planète tout en générant les inégalités que j'ai dénoncées.

François Busnel : "A quoi bon la prospérité si la joie d'exister est inaccessible ?"
Qu'est-ce que la joie d'exister ?

Pierre Rabhi : C'est le bien suprême. Il n'y a pas plus élevé que la joie d'exister.

François Busnel : C'est la joie ou le bonheur ?
Vous choisissez la joie.
10'30
Pierre Rabhi : La joie s'accompagne d'une espèce de légéreté, de liberté très importante ainsi que d'une libération.
Pour moi, c'est le bien suprême, parce qu'il n'est pas accessible par aucune matière.
On peut être milliardaire, acheter des yachts, des avions privés etc..., la joie n'est pas accessible.
Elle est d'une nature très très particulière.
Vous la trouverez chez des gens qui n'ont pas grand-chose.
Ils chantent, ils sont heureux, ils sont légers.
Ils dorment tranquilles et se réveillent tranquilles.
Ils ont cette saveur de la vie.
Ils la gouttent tous les jours comme un élixir, quelque chose de très élevé.
Quand on va dans les pays censés l'avoir, on constate qu'elle n'existe pas.
C'est comme l'intelligence.
L'intelligence n'a rien à voir avec l'aptitude du cerveau.

Le cerveau peut faire des miracles avec des techniques.
Quand on voit la combinatoire de tous les miracles que nous sommes capables de faire, ça donne un système intelligent.
La joie est d'une essence très très particulière.

François Busnel : Vous venez de la définir.
Mais vous, dans votre vie, vous l'avez connue ?
A quoi ressemble-t-elle ?

Pierre Rabhi : Je l'ai connue étant enfant par mon extraction de petit fils du désert.
On se contentait de peu. 
Quand nous avons fait notre retour à la terre, elle faisait partie des critères.
On a décidé dès le départ qu'on mettrait une limite à l'avoir. 
L'avoir vous fait basculer dans l'aliénation.
Aujourd'hui, tout le monde est aliéné. 
Les gens suivent comme ils peuvent.  
Il y a cette hiérarchisation qui aboutit à l'hyperconsommation de richesse entre les mains d'une minorité et à des mamans et des papas qui ne savent plus quoi donner à leurs enfants.

François Busnel : Vous parlez d'autolimitation.
13'08
Pierre Rabhi : C'est très beau. Je prends la décision de ce qui est nécessaire, de façon à ne pas aliéner ce qui ne relève pas de la matière mais de l'esprit.
L'esprit a très peu de place, aujourd'hui.
La beauté a déserté notre environnement.
On va chercher de la beauté factice.
La beauté réelle n'est plus là.

François Busnel : Elle est peut-être dans quelques livres.
Jean-Marie Le Clézio, la joie d'exister dont Pierre Rabhi nous dit que c'est le bien suprême, l'avez-vous rencontrée ?

- J-M. G. Le Clézio : Je l'ai rencontrée, mais je ne l'ai pas vécue.
Je suis de ces personnes qui font une rupture entre ce qu'elles aimeraient et ce qu'elles vivent.
Mais j'ai rencontré effectivement les personnes que décrit Pierre Rabhi, en particulier une population d'Indiens Embera au Panama.
Des êtres exceptionnels.

François Busnel : Vous avez décidé de passer plusieurs mois de votre vie avec eux.

- J-M. G. Le Clézio : C'était une école de philosophie.
Ce sont des personnes qui vivent dans un milieu difficile et qui ont décidé de préserver ce milieu parce qu'elles n'en ont pas d'autre.
Le problème qui se pose dans le monde actuel, c'est que nous avons des mondes de substitution.

Ces personnes n'en avaient pas.
C'était leur seul territoire.
Elles n'en connaissaient pas d'autre.
Une fois épuisé, ces gens n'ont pas d'autre endroit où aller.
Ils ont conscience qu'il faut mesurer chaque impact que l'on porte contre la nature.
Ils ont l'air de vivre cette illumination de la vie quotidienne.
Normalement, j'aurais dû rester, mais je ne pouvais pas.
Une part de moi-même s'y opposait.
D'abord, je n'appartenais pas à cette culture.
Je m'imposais comme un poids.
Ensuite, je n'étais pas capable de vivre cette vie au quotidien.
Ça demandait un effort physique que je n'avais pas.
Je n'étais pas préparé.
Mais je comprends parfaitement ce que dit Pierre Rabhi.
Je l'ai vu sur le visage de certaines personnes.

François Busnel : C'est peut-être un point capital que vous soulevez.
Ça demande une force physique, une ardeur qui n'est pas qu'intellectuelle.
Comment faire quand on accepte et qu'on adopte votre discours de l'autolimitation, de la quête de la joie d'exister, pour accepter de trouver la modération, la mesure, parfois dans des endroits où l'on a très peu ?

Pierre Rabhi : Je reviens à notre aventure qui était précaire.
Quand nous avons décidé en 1960 de retourner à la terre, c'était pour réfléchir à comment bénéficier de la part de vie qui nous était donnée.
On est tous enfermés dans des espaces exigus.
J'ai ressenti une espèce d'exode et d'évasion.
Une quête d'espaces.
Une anecdote va bien illustrer ce que j'ai envie de vous dire.
En 1961, on n'avait pas le moindre sou.
Ça paraissait complètement fou.
C'était les Trente Glorieuses.
Le système fonctionnait à plein rendement.
On occultait complètement le fait que c'était le tiers-monde qui dopait le système.
Quand nous avons décidé ce retour à la terre, on n'avait pas le moindre sou.
Il fallait passer par la banque.
Le Crédit Agricole nous a demandé si on savait travailler.

François Busnel : Vous étiez ouvrier agricole.
18'
Pierre Rabhi : C'est là que j'ai appris l'agriculture moderne avec les dégâts qu'elle fait qui sont épouvantables. 
Le Crédit Agricole était prêt à nous prêter de l'argent si on trouvait une ferme.
Quand nous avons trouvé notre ferme, il n'y avait pas d'électricité. 
On est restés 13 ans comme ça.
Le sol était rocailleux. 
Les chemins, à peine praticables.
Quand je suis allé au Crédit Agricole avec mon petit dossier, on m'a dit que j'étais fou.
On ne voulait pas me prêter de l'argent pour ne pas "m'aider à me suicider". 
C'est la beauté de la nature qui nous a aidés à nous en sortir.
Ça ne figure jamais sur un bilan.
 
Nous sommes une société qui a renoncé à la beauté et à la nature.
Elle a détruit la nature.
Elle s'est éloignée de plus en plus de cette magie de la vie qui nous donne des choses gratuites et qui nous enchante intérieurement. 
C'est pour ça que nous avons tenu à nous installer dans ce lieu.
Nous en avons bavé.
Si c'était à refaire, on le referait.
19'26
François Busnel : Vous avez une détermination à toute épreuve.
Au bout d'un moment, ça finit malgré tout par être rentable.
Vous acceptez ce mot "rentable" ?
Vous avez créé des associations et vous voyagez dans le monde.

Pierre Rabhi : J'associe à notre aventure ma femme, Michèle.  
Si elle n'avait pas eu l'énergie et le courage pour me supporter et pour tenir, ça n'aurait pas pu se réaliser.
C'est à ce moment-là qu'il y a ces deux énergies féminine et masculine qui, par miracle, deviennent opérationnelles et dans une même détermination.
On aurait pu se reprocher plusieurs choses.
Ce n'est pas un fleuve tranquille ni la joie tous les jours.
Mais cette idée que le féminin et le masculin s'associent pour réaliser la même chose, ça n'a été possible que comme ça.

François Busnel : La sobriété heureuse, c'est une mise à l'épreuve de la vie quotidienne et de la vie amoureuse.
Quand on vous écoute, on a une furieuse envie de voir dans quel endroit vous pratiquez, vous vivez, vous trouvez ces moments de joie.
On a fait le voyage jusqu'en Ardèche, dans ce petit village loin de tout, où vous vous trouvez et où vous réussissez à nous montrer ce qu'est la sobriété heureuse.
Film
Pierre Rabhi :
Elle est grumeleuse.
C'est une terre en bonne santé.

- En Ardèche, Pierre Rabhi a réussi à rendre fertile un sol aride en utilisant seulement des procédés naturels.

Pierre Rabhi : L'olivier, c'est l'arbre du pays.
Plus loin, on a des amandiers.
Entre les deux, des arbres fruitiers.
C'est un pêcher que nous venons de planter.
Le tout constitue un écosystème.
On essaye l'approche d'un bon voisinage des végétaux entre eux.

- En renonçant à tout produit chimique, Pierre Rabhi a rejeté les bases de l'agroécologie.

Pierre Rabhi : Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transporte.
C'est lui qui m'a montré la première fois ce bouquin.
Il existe des méthodes différentes.
On peut parfaitement produire notre nourriture avec une certaine qualité.

- Pierre Rabhi s'est installé ici avec sa femme en 1961, à contre-courant d'une époque marquée par l'exode rural et la course à la consommation.

Pierre Rabhi : Quand on a découvert ce lieu, on a eu la sensation que c'était là que nous devions être.
Ce sont des critères qui ne sont jamais pris en compte.
On dirait que c'est une maison qui est née de la terre elle-même.
Quand les êtres humains utilisent les matériaux locaux, ce n'est pas comme aujourd'hui, des boîtes à habiter.
C'est comme si la terre elle-même enfantait la maison.
Je me sens empereur, milliardaire.
Nous sommes riches de ça.
Fin du film
François Busnel : Pour une autre définition de la richesse...
Vous écrivez ceci : "Depuis la nuit des temps, les peuples ont chanté leur terre mère et composé des poèmes en son honneur."
Vous donnez la définition du travail de Jean-Marie Le Clézio.
Chantez-vous la terre mère ?

- J-M. G. Le Clézio : Oui, mais encore une fois, je n'ai pas de terre.
C'est sans doute volontaire.
Je suis toujours entre deux endroits.
Je n'ai pas décidé, comme l'a fait Pierre Rabhi, que j'appartenais à un lieu.
C'est lié à mon histoire personnelle.
Je descends d'une famille de déterrés, de gens qui n'ont pas de terre.
Ma famille est…
Ma femme est elle-même issue d'un peuple nomade.
Ce ne sont pas des agriculteurs.
En fait, ce sont des agriculteurs d'une agriculture au moment.
Ils sont obligés de se déplacer…  
Ils ne sont pas attachés véritablement.
Mais je ressens profondément l'amour que Pierre Rabhi ressent pour la terre.
C'est quelque chose d'incroyable vers quoi tout être humain devrait s'orienter.
Je vais peut-être suivre ce bon exemple.

François Busnel : Il va falloir choisir entre l'île Maurice, la Bretagne, Nice, le Nouveau-Mexique, Paris.
Vous écrivez : "L'atavisme qui rejette les humains vers l'ornière d'origine."

- J-M. G. Le Clézio : Je parle de quelqu'un qui a commis un crime.
Quoi qu'il fasse, il revient vers cette ornière, comme toute personne qui porte un passé très lourd.
Je ne dirais pas que c'est l'ornière de se retrouver sur une terre.

François Busnel : Il choisit une terre, cet homme.
C'est le personnage principal de "Tempête".
C'est une drôle de terre.
Il la choisit au bout du monde sur une île, sur l'île d'Udo, au sud de la Corée du Sud et à l'ouest du Japon, où vivent les femmes de la mer.
Qui sont-elles ?
26'30
- J-M. G. Le Clézio : C'est un vieux mythe. 
J'ai été initié par la lecture d'un magazine que mon père achetait quand il est revenu d'Afrique.
C'était un magazine officiel de l'Académie de géographie américaine.
Il faisait un reportage sur les femmes du Japon et de Corée du Sud dont le travail consistait à pêcher en apnée.
Elles étaient lestées par des cailloux et elles plongeaient avec un masque.
J'ai lu ça quand j'avais 10 ans
.
60 ans plus tard, j'ai revu les mêmes femmes qui sont devenues vieilles.

François Busnel : Vous les avez rencontrées.
27'12
- J-M. G. Le Clézio : Je les rencontrées et je les ai vues sortir de l'eau.
Certaines ont mon âge, certaines ont 80 ans.
Elles ont du mal à marcher sur la terre, mais dès qu'elles entrent dans la mer, elles sont dans leur élément.
Elles pratiquent une pêche que Pierre Rabhi pourrait apprécier.
C'est une pêche très écologique.
Elles pêchent à la main, en apnée.
Donc, elles ne pêchent pas beaucoup.
Elles respectent les simples lois de l'existence, laisser la créature se développer avant d'exercer une prédation, comme si elles s'excusaient d'exercer cette prédation.
Elles connaissent, je crois, cette illumination dont Pierre Rabhi parle.
Parce qu'elles sont parfaitement heureuses.
C'est une existence très dure.
Elles ont les ongles cassés et elles souffrent souvent de maladies cardiaques.
Parce que c'est dur de plonger.
Mais quand elles sortent de l'eau, elles poussent un cri pour reprendre leur respiration.
Et il y a quelque chose de prodigieux dans cette union de ces femmes avec la mer.

La terre est nourricière et la mer peut l'être aussi.
28'26
François Busnel : Arrive un homme.
"Un journaliste raté, un écrivain failli, pris au piège de ses mauvais instincts, condamné pour un crime qu'il n'a pas commis, sans espoir d'amélioration."
Que vient-il chercher sur cette île du bout du monde ?

- J-M. G. Le Clézio : Il vient chercher la mort. 
Il vient là pour se suicider. 
Il n'aura pas à le faire.
 
Sur cette île du bout du monde, il est pris par la beauté des éléments, par la force de ces femmes de la mer et par une enfant qu'il rencontre.
Et cet enfant lui apporte quelque chose qu'il ne soupçonnait pas.
Une sorte d'illumination de la vie. 
Il y a cet échange avec cette gamine qui est à peine pubère.
C'est une histoire d'amour et c'est aussi une histoire d'initiation.
J'ai eu envie d'écrire ça, parce que je crois que quel que soit le crime que l'on a commis et quel que soit le degré d'abjection de la société, il y a une rédemption possible.
Pas une rédemption religieuse, une rédemption par le partage, par l'illumination, par la beauté.

François Busnel : Et par la force de la nature.
La mer est très présente.
Quand la tempête se déchaîne, c'est comme si elle lavait le passé de ce personnage.
Il y a de la violence, également.
C'est la mort qui rime avec la mer.
Les femmes qui plongent peuvent être happées.
Cette gamine de 13 ans est innocente et drôle.
Quand on a 13 ans, on pose aux adultes des questions un peu dangereuses, qui ne font pas plaisir.
Comme celle-ci : "Où voudriez-vous mourir?
30'37
- J-M. G. Le Clézio : J'ai posé cette question parce que je n'ai pas de réponse.
Ça m'est je crois assez égal, de mourir ici ou là.
Ce n'est pas mon obsession que dans mon existence de créer un mausolée, un tombeau, un endroit où je finirai mes dernières secondes.
Il ne faut jamais perdre de vue que la mort est au bout.
Je reprendrai une phrase de Pierre Rabhi :
"Je suis plus près de la fin que du début."
Je vois ce moment arriver sans aucune crainte.
J'avais davantage de crainte de la mort quand j'avais 20 ans que je n'en ai aujourd'hui.
Ça m'est égal.
Ce n'est pas un moment important de l'existence.
Tout ce qui précède est important, tout ce qu'on peut apporter aux autres tout ce qu’on peut apporter aux autres et tout ce tout ce qu'on peut apporter aux autres et tout ce qui peut vous changer et vous rendre meilleur, vous donner plus d'harmonie avec l'existence.
C'est la vie qui compte, et pas la mort.

François Busnel : Il est là, votre hédonisme dont on parle parfois.
Est-ce vraiment de l'hédonisme ?
Vous considérez que le présent est plus important que la mort.
32'04
- J-M. G. Le Clézio : Je prends l'exemple de cette population qui vit sur cette île d'Udo.
C'est la tradition sans doute héritée du bouddhisme. 
Les tombeaux sont invisibles. 
Les gens sont mis en terre. 
Il n'y a pas de trace, pas de stèle.
Ce n'est pas important de survivre à sa mort.
Ce qui rend heureux ces gens, c'est de voir les gens qui circulent autour de ce cimetière.
On voit les gens survivre dans les espèces animales.
Mourir dans la mer, c'est une mort merveilleuse.
On entre dans la mer, elles nagent jusqu'à disparaître dans la mer et ne jamais revenir.
Elle l'a choisi.

François Busnel : Pierre Rabhi, si vous croisez sur votre chemin cette petite fille de 13 ans et qu'elle vous pose la même question.
"Où voudriez-vous mourir ?"
33'13
Pierre Rabhi : Comme Jean-Marie.
Mais nous sommes des êtres avec des sentiments.
J'ai été dans une forme d'exil.
Je ne pouvais plus m'intégrer à ma communauté initiale.
Quand je suis en France, je suis en même temps étranger.
On est un peu de partout et de nulle part.
Je me suis attaché à cette terre que j'ai aimé.
Je la soigne et elle me soigne.
Un lien qui s'est tissé avec ce petit bout de terre rocailleux.
Ce qui restera de moi retournera dans ce sein maternel.
Ça ne me déplairait pas.
Mais je suis tout à fait d'accord pour dire que le problème n'est pas de savoir après la mort qu'est-ce qui va se passer.
C'est d'abord de savoir s'il existe une vie avant la mort ?
Qu'est-ce que l'humanité, aujourd'hui ?
Existe-t-il une vie avant la mort ?
On rentre dans des tas d'hypothèses et chacun y va de sa projection.
Il faut prendre soin de la vie.
Celle-là, nous l'avons.
C'est plus qu'une certitude.
C'est là que nous sommes.
Nous sommes tous prisonniers de notre histoire.
Pétrifiés dans notre histoire.

C'est une espèce de transcendance, de se libérer de notre histoire qui nous englue.
Je parle beaucoup plus de sociologie de consciences.
Il faut que les consciences et les cœurs se rejoignent.
Quelquefois, on est étranger dans sa propre famille.
C'est pour cela qu'on recherche sa famille ailleurs.
Très souvent, on est en quête de sa famille ailleurs.
La mort vient selon les circonstances.

François Busnel : C'est la vie, qui vous intéresse.
De savoir quelle planète nous allons laisser à nos enfants.
Et quels enfants nous allons laisser à notre planète.
Que va-t-on leur donner comme valeurs ?
C'est un peu ce que fait votre personnage, qui voudrait que ce soit son père, cet étranger qui pêche très mal.
Elle a compris qu'il y avait quelque chose en lui de brisé.
Elle aimerait avoir un père d'adoption.
Elle lui dit quelque chose à la page 90.
C'est un paradoxe et ça concerne la vie.
Le personnage dit la vérité. Il ne cherche pas à embellir la vie.
Il n'est pas sucré.
Il est amer comme le café.
J'ai le goût du café dans la bouche.
Cette amertume, je ne peux plus m'en passer.
Cette amertume fait partie de la vie ?
36'36
- J-M. G. Le Clézio : On ne peut pas apprécier le sucré de la vie.
C'est une dimension importante.
On est dans une période où l'on prend plaisir à l'amertume, à la souffrance.
Je n'ai pas eu la chance comme Pierre Rabhi, de naître dans une terre très sélective qui donne des muscles d'acier, une énergie inoxydable.
Je suis né pendant la guerre, dans une sorte de no man's land.
J'ai dû essayer d'inventer des dieux parce que je n'en avais pas.
L'important est de se sentir en harmonie avec un lieu ou avec un lieu intérieur.
En acceptant des éléments doux et des éléments amers, en ne choisissant pas uniquement la douceur.
J'ai beaucoup aimé l'histoire de la vie de Monsieur Rabhi.
Je l'ai lue avec beaucoup d'émotion.
L'enfance et toutes les aventures qui le conduisent à comprendre l'harmonie.
J'ai pu lire ce livre comme un roman.
Je parle de votre essai.
C'était un personnage qui grandissait, qui évoluait au fur et à mesure de ses expériences.
A chaque instant, j'étais saisi par ce qui m'était proche et différent.

François Busnel : C'est un formidable compliment.
C'est une partie de la réalité du monde.
J'aimerais revenir sur des points qui sont peut-être des passerelles.
Il y a des choses qui vous relient peut-être l'un et l'autre. 
Pierre Rabhi, vous avez été musulman.
Vous êtes devenu chrétien à l'adolescence.
Vous êtes venu en France pendant la guerre d'Algérie, grâce à un ami juif.
Aujourd'hui, vous dites ne plus appartenir à aucune religion.
Que s'est-il passé dans votre cheminement intellectuel et spirituel ?
39'22
Pierre Rabhi : Cette appartenance à 2 religions a été compliquée.
Quand vous dites à un enfant qu'il ne faut pas boire de vin, ne pas manger de cochon et que de l'autre côté, les gens se régalent de saucisson...
D'autant que ma mère était bourguignonne.
Vous êtes constamment porté d'un côté, puis de l'autre.
Vous vous demandez qui a raison, qui a tort.
Vous êtes déconcerté.
Cela vous amène à relativiser les choses.
Ça vous permet de prendre du recul pour vous rendre compte qu'il y a un dénominateur commun chez les autres êtres humains et que ce n'est pas lié à une culture, mais profondément ancré dans le caractère de l'être humain.
Par conséquent, je pense que c'est là qu'il faut le dépasser, de façon à ne plus être prisonnier de ces obstacles.

François Busnel : Vous donnez quelques pistes pour être heureux.
Vous rappelez le poids de votre propre histoire.
Votre père vous a confié à une famille d'adoption à l'âge de 6 ans.
Vous Iui en aviez voulu, à cette époque ?

Pierre Rabhi : Je ne veux pas pleurer sur moi-même, mais expliquer les choses.
J'ai perdu ma mère.
C'était une espèce d'ectoplasme réel.
A l'époque, il n'y avait pas de photographes.
J'ai l'impression d'avoir été déposé clandestinement sur cette planète.
Cet exil de la famille, de la mère, donne quelqu'un de tourmenté.
41'54
François Busnel : Vous nous racontez la 2ème novella de Jean-Marie Le Clézio.
Cette jeune fille, Rachel, a un père adoptif.
Celui-ci se remarie.
On l'appelle la marâtre.
Elle la déteste et se pose des questions.
Les questions que vous venez de formuler.
Vous avez écrit cette novella, "Une femme sans identité", avec l'envie de répondre de manière transposée à votre propre cas.
Vous avez été élevé par des femmes, sans votre père.
C'était une manière de répondre à cette question ?
Faut-il rencontrer la femme qui vous a donné naissance ?

- J-M. G. Le Clézio : Je ne sais pas.
Quand j'entendais Pierre Rabhi, j'ai imaginé ce que ça pouvait être.
Ne pas connaître sa mère, je ne sais pas ce que cela représente. 
J'ai imaginé ce sentiment. 
Ça m'a donné envie d'écrire cette novella.
On n'est pas la même personne quand on a été élevé par sa mère et quand on n'a pas connu sa mère.
Il y a un déséquilibre qu'on ne pourra pas rattraper. 
Rachel, qui ne connaît pas sa mère biologique, qui a été prise en charge par une femme qui la déteste et qui l'insulte quotidiennement, a le sentiment que sa vie est un échec organisé.
Elle se retrouve un peu dans une situation difficile, d'être une étrangère partout.
Elle n'a pas de point de rattachement.
Ensuite elle doit faire face à ce que décrit Pierre Rabhi, à la terrible violence du monde contemporain.
Le monde contemporain est violent avec la jeunesse.
C'est difficile de s'inscrire dans ce monde où l'on ne trouve pas de travail, on n'a pas de considération.
On ne trouve pas un travail correctement payé.
La jeunesse d'aujourd'hui, dans les pays soi-disant développés, est tragique.
D'autant qu'on n'a pas cette sorte de protection affective que l'on a reçue, cette sorte d'aura que l'on a, qui vous est donnée par votre mère.
Ce n'est pas une transposition de mon histoire.
J'ai su que je devais rencontrer mon père.
45'
François Busnel : Vous l'avez rencontré à l'âge de 7 ans.

- J-M. G. Le Clézio : J'ai appréhendé de rencontrer mon père.
Alors que quand on n'a pas sa mère, je suis sûr qu'on n'appréhende pas de la rencontrer.
On a un besoin continuel de la rencontrer.
Pas physiquement, mais on est habité par ce manque.
C'est ce que je voulais raconter dans cette novella.
Je suis ému d'être devant quelqu'un qui a vécu l'expérience de Rachel, même si elle n'a pas été aussi douloureuse que celle de Rachel.

François Busnel : Pierre Rabhi, vous êtes confié à l'âge de 6 ans, à quelqu'un qui deviendra votre père adoptif.
Quelques années plus tard, en 1958, il vous flanque à la porte.
Pourquoi ?
Avez-vous ressenti une haine réelle, qui n'est pas durable, mais présente quand même ?

Pierre Rabhi : Il y avait mère et père.
Mes parents avaient aussi pris en charge.
C'était plus une prise en charge qu'une adoption officielle.
J'avais une sœur que j'aime énormément, Marguerite.
Elle était aussi prise en charge.
La question était si j'étais en réaction.
Je me suis exilé à partir du moment où j'ai choisi le christianisme.
Je ne pouvais pas retourner dans ma famille alors que j'étais chrétien.
J'ai gardé mon christianisme pour moi.
C'était à Oran.
Je suis resté exilé à Oran.
La guerre d'Algérie arrive.
J'ai un conflit avec mon père qui était un gaulliste inconditionnel.
J'étais assez touché par De Gaulle aussi.
Pendant la guerre d'Algérie, il était visé par l'OAS, comme personnage qu'il fallait abattre.
Mon ami juif m'a conseillé de prendre le bateau.
C'est très curieux, tous ces éléments qui arrivent.
Il y a des douleurs.
Il y a des choses compliquées.
Soit on se demande ce qu'on a fait au bon Dieu, soit on se demande ce que cela va vous apprendre.
Et c'est quelque chose qui m'éduque, qui m'apprend.
Par moments, je me suis dit qu'il fallait passer par ce double exil pour prendre le chemin que j'ai pris et que je ne regrette pas.
Il ne s'est pas révélé absurde.
48'40
François Busnel : Voilà pour les quelques points de parcours de votre biographie.
Il est d'autres raisons pour lesquelles je souhaitais vous réunir.
Elles sont plus littéraires.
On trouve le même texte fondateur, me semble-t-il, chez vous Jean-Marie Le Clézio dans votre vie d'écrivain et chez vous, Pierre Rabhi, car ce texte, vous nous le donnez de manière intégrale dans ce très beau livre d'entretiens.
C'est un texte que vous avez cité, Jean-Marie Le Clézio, lorsque vous avez été à Stockholm pour recevoir le prix Nobel de littérature.
Ce texte, c'est la réponse d'un chef indien en 1854 au gouvernement américain lorsque ce gouvernement américain dit aux Indiens "On voudrait acheter vos terres."
Que répond ce chef, Pierre Rabhi ?

Pierre Rabhi : Le seul texte que j'ai mis dans ma chambre.
C'est l'intelligence à l'état pur.
Il ne faut pas disserter l'intelligence.
C'est l'intelligence.
L'intelligence réelle, profonde.
En même temps, c'est quelque chose qui m'a donné une telle légèreté, en quelque sorte, qui fait que je me demande si je ne suis pas plus indien qu'africain.
J'ai une affection profonde pour l'attitude de ces peuples-là.
50'15
François Busnel : "Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
L'idée nous paraît étrange.
Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez l'acheter ?"

Pierre Rabhi : C'est très intelligent.

François Busnel : Pour quelle raison ce texte résonne-t-il autant en vous ?
50'37
- J-M. G. Le Clézio : Il y a une magie, dans ce texte.
La première fois que je l'ai lu, j'ai eu des larmes dans les yeux.
C'est un texte beau, poétique, vrai, intelligent.
Je l'ai publié dans un recueil qui s'appelle "La fête chantée".
Comme Pierre Rabhi l'a fait dans son essai.
J'ai suggéré qu'on l'enseigne dans les écoles.
Lorsque les enfants entendent cette voix, ça va leur rester dans l'oreille jusqu'à la fin de leur vie.
Peut-être que le monde deviendra un peu meilleur.
C'est un élément important de l'histoire humaine, qui rend optimiste lorsqu'on le lit.
Même si cette proposition n'a pas été écoutée et que le chef n'a pas été bien traité.
C'est un effacement de la mémoire.
Mais il reste ce texte, qui est encore vivant dans la mémoire des gens du nord-ouest des Etats-Unis et dans l'Etat de Washington.
On gagnerait tous à l'avoir dans sa mémoire.
Chacun devrait en faire sa résonance universelle.

François Busnel : Est-il trop tard, Pierre Rabhi ?
Jean-Marie disait qu'on n'a pas écouté le chef.
52'25
Pierre Rabhi : Dans la vie, il est toujours trop tard et il est toujours temps.
Il y a les deux.
Celui qui est mort dans la guerre de 1914, pour lui, c'est trop tard.
Mais il est aussi temps.
S'il n'y avait que du trop tard, je m'arrêterais.
Je resterais chez moi et j'attendrais la mort.
C'est pour cela qu'on a lancé l'association Colibris.
...

François Busnel : C'est une association dont vous vous occupez.
53'10
Pierre Rabhi : Dans le climat général d'un monde découragé, déconcerté, je tombe sur cette légende du colibri. Je ne sais plus à quel groupe d'Indiens elle appartient.
Cette légende dit qu'un jour, il y a eu un grand incendie de forêt.
Tous les animaux étaient atterrés.

Ils étaient découragés.
Il y a un petit colibri. 
C'est un petit oiseau. 
Il va prendre des gouttes d'eau dans son bec et les jette sur le feu. 
Au bout d'un moment, un tatou lui dit que c'est absurde.
Le colibri dit : je le sais, mais moi je fais ma part.

Continuer à se plaindre des Etats, des multinationales ne sert a rien.
Chacun de nous doit comprendre que nous représentons une énergie et que cette énergie peut changer le monde.
Il faut avoir la foi.
C'est pour cela que l'on a développé les Colibris.
On ne pensait pas que ça prendrait autant.
Grâce à des gens, des équipes organisées, c'est en train de gagner partout.
Et moi, je fais ma part.
C'est magnifique.

François Busnel : Faire sa part, encore faut-il savoir rêver.
La France fait-elle encore rêver ?
C'est à la une du nouvel hebdomadaire qui vient d'être créé hier en France.
C'est fait pour vous qui regardez.
Ce sont les écrivains qui vont écrire cet hebdomadaire fondé par l'ancien patron du Monde.
C'est aussi un écrivain qui a reçu le prix Médicis, un romancier.
C'est un journal qui ne se feuillette pas.
Il se déplie.
Le journal se déplie et la pensée se déploie.
On a des textes d'écrivains.
Et qui fait la une ?
Jean-Marie Le Clézio.
La France ferait-elle encore rêver ?
Vos rêves ne seraient pas mes rêves.
Quels sont-ils ?

- J-M. G. Le Clézio : Je rêve d'une ouverture vers un monde meilleur.
Un monde où il n'y a pas de culture dominante, où il n'y a pas d'ostracisme ou de racisme.
Mais c'est difficile de croire en ce rêve.
Toutes les indications montrent que ces vices de la pensée se déploient à chaque instant et résonnent à tout moment dans la vie quotidienne, dans les créations, partout.
Alors que c'est si simple de faire sa part, justement.
De penser que chaque élément de l'humanité a un petit rôle à jouer.
Ce ne sont pas nécessairement des grands thèmes, mais un petit rôle à jouer. 
Pierre Rabhi parlait du colibri.
J'ai le souvenir d'un moment de grande émotion quand j'étais dans la forêt.
Au cours de mes randonnées, je découvre des gens autour d'une pirogue.
Ils dansent autour de cette pirogue et la frappent avec des baguettes de bois.
On m'a dit qu'ils faisaient une petite cérémonie aux divinités pour que le déluge ne revienne pas.
Je leur ai dit que le déluge ne reviendrait pas tout de suite, qu'on n'a pas de trace de déluge, qu'il pleut, mais que ce n'est pas anormal.
Au Mali, on ne le faisait pas uniquement pour ici, mais pour tout le monde.
Les gens dansent dans un petit coin du monde et font un rituel pour le monde entier.
C'est ce dont parlait Pierre Rabhi.
Ce serait bien que chacun en France et dans d'autres pays participent à cette volonté, que l'on entende toutes les voix.
Qu’il n'y ait pas un ordre moral ou un ordre social qui domine.
Ce serait bien qu'il n'y ait pas cette société que décrit Pierre Rabhi, qui a recours aux finances et qui considère que le monde est une sorte de corne d’abondance dans laquelle on peut puiser sans danger.
Ce serait mes rêves, mais je ne sais pas s’ils sont viables.
J’espère qu’ils le sont.
Pierre Rabhi me donne vraiment le sentiment que ce serait viable.
Donc, Je le remercie.

François Busnel : C’est moi qui vous remercie d’avoir participé à cette émission qui touche à sa fin.
On a de quoi rêver.
Merci à vous.

Pierre Rabhi : Il y a ce qui dépasse les mots.
Il y a ce qui se ressent.
Je vous remercie de nous avoir invités.

François Busnel : Je voudrais dire un mot sur la disparition de quelqu'un qui était l'un des grands naturalistes, l'un des grands écrivains du XXème siècle, cité par Jean-Marie Le Clézio.
C'est Peter Madison.
Il était un immense écrivain.
Un très grand écrivain.
Il avait publié "Le léopard des neiges".
Je vous invite à le lire ou à le relire.
C'est un homme curieux, grand défenseur de la nature, de l'écologie.
Il a écrit ce livre magnifique de poésie.
Il avait reçu à deux reprises le National Book Award.
A la fois romancier et grand homme, pas très éloigné de vos préoccupations à tous les deux.

Je rappelle les titres de vos ouvrages.
Vous devez absolument vous les procurer.
"Vers la sobriété heureuse".
"Semeur d’espoirs" et les 2 novellas : "Tempête", suivie de "Une femme sans identité".
Et Jean-Marie Le Clézio, aussi "La France peut-elle encore rêver ?"

Merci à ceux qui m'ont aidé à préparer cette émission.
La semaine prochaine, les "Carnets de route" nous emmènent à Dublin.
Très belle lecture à tous

FIN

Une transcription écrite est aussi présentée sur le site de TéléScoop au lien :
http://telescoop.tv/browse/448773/la-grande-librairie.html?q=Pierre%20Rabhi

 

COMMENTAIRES - ARTICLES :

COMMENTAIRES :

- Sur Pluzz :
http://pluzz.francetv.fr/videos/la_grande_librairie_saison6_,99864304.html [La vidéo n'existe plus !]
Extraits des commentaires

japima

Merci, merci infiniment F. Busnel de cette rencontre entre deux hommes " extraordinaires " et je pèse mes mots. Un grand moment d'émotion et de frissons. Il y a longtemps que je les aime tous les deux, et là, face à face c'était magique. Ca restera un grand souvenir et c'est pour des moment comme celui-la que j'aime la télévision ! Merci encore

pierrafeu japima

Une émission d'une grande profondeur, d'une grande émotion, grace à deux hommes extraordinaires, réunis dans une communion de très grande qualité. Merci pour ce très bon moment.

 

- Sur France 5.fr :
http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/10-04-2014_228747
Extraits des commentaires

drach bernard
Merci pour cette soirée......rare

Nath
Magnifique échanges qui va au delà des mots merci merci pour avoir pu faire que cette rencontre se fasse . Ici et maintenant prend désormais tout son sens...

Pique
Merci à Pierre Rabhi et JMG Le Clézio de m'avoir fait gravir une marche sur l'échelle de l'intelligence.

brigou
un grand moment de bonheur passé avec Pierre Rabhi, JM Le Clézio et François Busnel, merci à vous 3 !

werner
j'ai aimé l'équilibre et le dialogue de ces 2 hommes, leur honnêteté face à leur choix de vie

Auguste
un grand merci pour ces échanges, ces écoutes, et la sagesse de Pierre Rabhi.
et merci pour la qualité de l'interview.

Roselyne Segalen
Enfin une bonne émission qui ne dure pas assez longtemps. Merci

DEP
Grande émission, émotion
Merci d'avoir donné l'espace et laissé le tempo à vos deux invités poue échanger en peu de mots et avec force. Au delà des mots, le souffle de cette rencontre, beaux silences. Quelles présences! Cdt

Michel Berthelot colibris83
Quel bonheur cette rencontre !
Et quel plaisir d'accueillir Pierre Rabhi le 15 mai à Draguignan justement pour une conférence-rencontre avec deux représentants de ces peuples premiers respectueux de la biodiversité James Robideau (Sioux Dakota) et Kenny Matampash (Maasaï Kenya)
www.colibris83.org

Mireille Teisseire
Quel régal cette émission ! si intelligente et émouvante! merci!

clémence
rabhi un grand sage!

 

ARTICLES :

- 11.04.2014 : Blog Rue 89 : "Pierre Rabhi : « Le problème est de savoir s'il y a une vie avant la mort »"
par Le Yéti
"Et soudain, à la télé, une heure de pure beauté avec Le Clézio et Rabhi" (autre titre ici) avec de très nombreuses réactions au lien :

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur/2014/04/11/pierre-rabhi-le-probleme-est-de-savoir-sil-y-une-vie-avant-la-mort-232713
Extraits :

Etourdissant face-à-face, jeudi soir, entre Jean-Marie Le Clézio et Pierre Rabhi sur le plateau de « La Grande Librairie », l’émission de François Busnel sur la France 5. Un condensé incroyable d’émotion et de simplicité assumée sans jamais le moindre soupçon de forfanterie.

Comment rendre compte de la richesse d’un tel échange ? Comment illustrer la luminosité des propos qui volèrent si haut ce soir-là ? J’ai trouvé. Je vais vous reconstituer en condensé la discussion qui opposa – opposa ? – ces deux personnages d’exception.

Le choix de la beauté

Pierre Rabhi :

« La joie d’exister, c’est le bien suprême, le goût de la vie de tous les jours. La joie d’exister s’accompagne d’une espèce de légèreté. Pour moi, c’est le bien suprême parce qu’elle est accessible sans l’intermédiaire d’aucune matière. Nul besoin d’anxiolytique pour l’atteindre. La joie d’exister, c’est comme l’intelligence qui n’a rien à voir avec l’aptitude du cerveau. »

Jean-Marie Le Clézio :

« Cette joie d’exister, je ne l’ai pas atteinte personnellement, mais je l’ai rencontrée chez les indiens embera du Panama. Des êtres tout à fait exceptionnels qui vivent dans un milieu difficile et qui ont décidé de le préserver car ils savent qu’ils n’ont pas de monde de substitution. »

PR : « Quand nous avons décidé en 1961 de vivre cette aventure précaire dans cette ferme ardéchoise isolée dans un milieu à peine praticable, nous avons fait le choix de la beauté plutôt que celui de la rentabilité. Ce qui nous a déterminés, c’est le beau paysage, le silence, la beauté de la nature. Ça, ça ne figure jamais dans un bilan. »

Faire sa part

Jean-Marie Le Clézio :

« Quand j’avais 10 ans, j’ai découvert l’histoire des “femmes de la mer”, au Japon et en Corée du Sud. Leur travail consistait à pêcher en apnée, lestées par des cailloux, avec juste un masque de protection. Je les ai rencontrées soixante années plus tard. Elles sont devenues vieilles entre-temps. Je les ai vues sortir de l’eau, à près de 80 ans. Quand elles sortent de l’eau, elles poussent un cri et il y a quelque chose de prodigieux dans cette union entre ces femmes et la mer. »

PR : « Un jour, un gigantesque incendie de forêt paniqua les animaux qui y vivaient. Seul, un tout petit colibri jetait inlassablement goutte d’eau après goutte d’eau sur les flammes. Un tatou l’interpella : “Tu ne penses tout de même pas éteindre le feu avec tes gouttes d’eau !” “Je sais”, dit le colibri, “mais moi je fais ma part”. »

JMLC : « Mon héros condamné pour crime part au bout de monde pour y trouver la mort, pour se suicider. Mais il n’aura pas à le faire. Il sera pris par la beauté des éléments, par la force de ces femmes de la mer, et par une enfant qui lui apporte une sorte d’illumination de la vie. J’ai écrit cela [“Tempête”, éd. Gallimard, 2014] parce que quel que soit le degré d’abjection de la société, il y a toujours une rédemption possible. »

« Ça m’est égal, l’endroit où je vais mourir »

Pierre Rabhi : 

« Nous sommes tous un peu prisonniers, pétrifiés dans notre histoire. Ce qu’il faut, c’est transcender cette histoire, nous libérer de cette histoire qui nous englue. »

JMLC : « Ça m’est assez égal, l’endroit où je vais mourir. Ce n’est pas mon obsession que de construire un mausolée, un tombeau. Parce que je suis plus proche de la fin que du début, je vois ce moment arriver sans aucune crainte. J’avais davantage de craintes de la mort quand j’avais 15 ans. Ce n’est pas important de survivre à sa mort. »

PR : « Le grand problème, ce n’est pas de savoir ce qui va se passer après la mort, mais s’il existe une vie avant la mort. »

- 12.04.2014 : Agora Vox : "Pierre Rabhi et J.M. Le Clézio à La Grande Librairie le 10 avril 2014" par Ozimandias
http://www.agoravox.tv/actualites/societe/article/pierre-rabhi-et-j-m-le-clezio-a-la-44626

- 12.04.2014 : Le Sillon 04 : "Quels enfants allons-nous laisser à notre planète ?" par Christian Charles-Fouilloux
http://lesillon04.hautetfort.com/tag/pierre+rabhi
... Et pour finir ou commencer, celle du chef Seattle dont la logique (et non l’authenticité) ne saurait être remise en question :
" Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartient pas, comment peut-on les vendre ?"...


- 12.04.2014 : Le livre à la carte" : "La Grande Librairie : rencontre entre JMG Le Clézio et P. Rabhi" par Chantal Vieuille
http://lelivrealacarte.over-blog.com/2014/04/la-grande-librairie-rencontre-entre-jmg-le-clezio-et-p-rabbi.html
Merci à François Busnel, qui dans son émission La grande Librarie du 10 avril 2014, offre aux téléspectateurs un magnifique moment d'émotion suite à la rencontre sur son plateau de JMG Le Clézio et Pierre Rabhi.
Deux hommes porteurs d'une quête, chacun tel un marcheur solitaire sur le chemin de la vie, fervent défenseur de l'homme riche de beauté et de lumière. Il faut entendre et méditer le message diffusé chacun à l'attention du monde dominé par le pouvoir, la suffisance, l'argent et tant d'autres valeurs négatives.
« Le grand problème, ce n’est pas de savoir ce qui va se passer après la mort, mais s’il existe une vie avant la mort. » dit Pierre Rhabi.
«J’ai écrit ce livre parce que quel que soit le degré d’abjection de la société, il y a toujours une rédemption possible.​"
L'un et l'autre, hommes de foi en l'homme, en la vie. Peu importe les histoires personnelles, les destins, les chaos, c'est l'humanisme du XXIe siècle qui s'exprime et mérite d'être diffusé au plus grand nombre.
L'un et l'autre, hommes de foi en l'homme, en la vie. Peu importe les histoires personnelles, les destins, les chaos, c'est l'humanisme du XXIe siècle qui s'exprime et mérite d'être diffusé au plus grand nombre.
Cette conversation d'une heure est envoûtante. Les deux interlocuteurs, au début un peu tendus l'un à l'égard de l'autre, Le Clézio évoquant sa femme lectrice des livres de Pierre Rabhi, puis plus tard Pierre Rabhi évoquant sa femme qui l'accompagne depuis longtemps dans ce chemin de la réinvention de la vie en Ardèche, tous deux donnant ainsi une valeur inouie à ce dialogue entre le féminin et le masculin. Puis peu à peu les visages s'éclairent, Le Clézio, timide et retenu mais intensément à l'écoute, tombant dans le ravissement lorsque Pierre Rabhi raconte l'histoire du colibri... Deux hommes que la vie ne cessent d'enseigner et qui tentent d'ébranler les certitudes qui fondent la folie contemporaine des hommes de pouvoir. Moment magique où la beauté est célébrée pour elle-même.


- 14.04.2014 On en parle à Télérama : Au "Grand journal", le foot zappe Pierre Rabhi
http://television.telerama.fr/television/au-grand-journal-le-foot-zappe-pierre-rahbi,111074.php
et un montage vidéo (1'13) : http://www.dailymotion.com/video/x1o8zsv_le-zapping-zappe_tv?start=11
... Canal+ promet de faire notre bonheur avec toujours plus de de foot qui coûte toujours plus d’argent ? Mais « ce bonheur qu’on vous agite comme un hochet, c'est une illusion », dit Pierre Rabhi...

 

 

 

 





Rencontre avec Pierre RABHI
Émission "Thé ou Café"
France 2 le 23.03.2014

Arte Émission "Thé ou Café" Dimanche 23.03. 2014 à 7h00

Rencontre avec Pierre RABHI...

Photo : Rencontre avec Pierre Rabhi, agriculteur, écrivain, penseur et fondateur de Terre et humanisme et du mouvement Colibris.  Émission 'Thé ou Café'  France 2 le 23.03.2014     Revoir l'émission avec Dailymotion :  http://www.dailymotion.com/video/x1jwlja (extrait : 49'56)     Revoir l'émission en replay :  http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe_,99150607.html(60'05)    Transcription écrite des sous-titres en français de l'émission au lien :  http://www.conscience33.fr/tv_sante.html#france_2_23_mars_2014    Autres vidéos de Pierre Rabhi à la télévision :  http://www.conscience33.fr/tv_sante.html#tv_pierre_rabhi    PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :    Rencontre avec Pierre Rabhi, agriculteur, écrivain, penseur et fondateur de Terre et humanisme et du mouvement Colibris.    COMMENTAIRES    Commentaires parus au lien :   http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe_,99150607.html    marie françoise •   voilà un vrai écologiste , un homme génial et si humble , que nos politiques s’inspirent de lui et surtout ceux qui s’appellent les verts!!!!!!! je l’ai découvert il y a peu mais je me sens proche de lui , de son amour pour notre pauvre planète , j’essaye de contribuer à ses idées le plus possible et j’ai la chance d’être depuis peu dans ce beau département des PO , marché bio et local , une bioccop à proximité ( pas besoin de voiture pour y aller) continuez et trouvez vite une graine pour reprendre votre chemin , un immense merci  marie françoise    M-F marie françoise •   Je m'appelle aussi Marie-Françoise, j'admire aussi Pierre Rabhi qui vit pas très loin de chez moi...et j'ai aussi la chance, grâce à mes origines catalanes, d'avoir une maison dans un village des PO, que j'adore ! des lieux de vie à protéger...tout comme notre planète ! Merci Mr Rabhi !    nithya •   Je viens de regarder l'émission je connais Monsieur Rabhi j'ai assisté à 2 Conférences et quel bonheur d'entendre l''ode' de Mme Otéro elle a tout dit et c'est avec une profonde émotion que je vous remercie de nous permettre de connaitre d'avantage d'aussi exceptionnel personne    Martine •   Bonjour et Merci pour l'invitation de Pierre Rabhi, humaniste, philosophe, écrivain écologiste de terrain, à l'émission Thé et Café...  Moment fort d'espoir et d’émotion, ses réflexions et ses actions sonnent justes pour moi, elles me nourrissent depuis de nombreuses années via ses associations Colibris et terre et humanisme.  FEDERER DES CONSCIENCES c'est PASSER DU MODE AVOIR dans lequel nous nous sommes construits, à celui de L'ETRE, visée de notre évolution d’humain…   Belle journée printanière à vous toutes et tous  Martine G    sc •   super sujet, super personne et super invités. Par contre la présentatrice n'est pas du tout dans le sujet. Elle pose ses questions sans attendre ni écouter les réponses. Elle est stressante et ce sujet elle le prend à la rigolade. Qu'elle stupide personne.    Elisabeth sc •   ??? Catherine Ceylac est une des rares journalistes à laisser parler ses invités    Elsa sc •   Je ne suis pas d'accord avec vous, il est aisé de critiquer et d'insulter caché derrière son clavier. Les questions sont très pertinentes et balayent de nombreux sujets. Soyez bienveillant avec les personnes qui nous donnent accès à une parole aussi belle.    mahé •   Elle n'est pas stupide. Elle a eu l'initiative d'inviter Pierre. De plus les questions, l'attitude représentent encore une grosse part de nos populations. Donc cela permet de faire connaitre le philosophe et l’homme engagé a des tas de gens qui n'aurait jamais eu la curiosité et l'initiative d'une démarche pour savoir qui est Pierre Rahbi.    Raby Anne Marie •   Très bonne initiative, d'avoir invité Pierre Rabhi, le meilleur Humaniste.     TRANSCRIPTION ÉCRITE DES SOUS-TITRES EN FRANCAIS DE L'ÉMISSION :    L'homme qui est face au miroir va se présenter dans un instant.    Bonjour.  Quelle est votre situation professionnelle ?    - PIERRE RABHI : Je suis un agroécologiste.  Je suis père de famille avec Michèle.  Nous avons 5 enfants.    - CATHERINE CEYLAC : Une obsession dans la vie ?    - PIERRE RABHI : Concilier l'histoire de l'humanité avec la nature.    - CATHERINE CEYLAC : Une devise ?    - PIERRE RABHI : Celle de Socrate : 'Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien.'    - CATHERINE CEYLAC : Votre prénom et nom ?    - PIERRE RABHI : Rabhi.  En arabe, ça veut dire 'le gagnant' et 'le victorieux'.  Mais j'ai été baptisé, donc je m'appelle Pierre.    - CATHERINE CEYLAC : Pierre Rabhi, venez me rejoindre.  Vous êtes rare sur les plateaux de télévision.  Ça me fait d'autant plus plaisir.  Vous êtes un philosophe, poète, grand défenseur de la sobriété heureuse.  Nous recevrons tout à l'heure Isabel Otero.  Vous êtes venu de l'Ardèche.  Vous prêtez attention à l'empreinte carbone ?    - PIERRE RABHI : Je suis coupable comme tout le monde de ce côté-là.    - CATHERINE CEYLAC : Vous êtes né en 1938 dans un petit village dans le sud de l'Algérie.  Ça ressemblait à quoi ?    - PIERRE RABHI : C'était une cité tranquille au milieu d'un immense désert.  C'était une petite oasis.  Nos frères végétaux sont les palmiers qui nous protégeaient et qui permettaient d'adoucir le climat.    - CATHERINE CEYLAC : Quel âge avez-vous sur cette photo ?    - PIERRE RABHI : 8 ans.    - CATHERINE CEYLAC : Votre mère meurt quand vous avez 4 ans.  Une mort très précoce.  Avez-vous des souvenirs d'elle ?    - PIERRE RABHI : Non.  C'est une sorte d'ectoplasme.  C'est l'une de mes grandes blessures.  Je ne me souviens pas de ses traits, mais d'une silhouette.    - CATHERINE CEYLAC : Votre père était forgeron.  Avez-vous des souvenirs de lui ?    - PIERRE RABHI : C'était un homme d'une grande puissance.  J'en ai fait un mythe.  Il était reconnu.  Il était très bon musicien, dans la tradition.    - CATHERINE CEYLAC : Il s'est fait embaucher dans une mine pour subvenir aux besoins de sa famille.  Il est entré 'en servitude', vous dites ça.    - PIERRE RABHI : Quand vous devez troquez votre vie entière contre un salaire, c'est une servitude.  Ça ne regarde que moi.    - CATHERINE CEYLAC : C'est malheureusement le constat que l'on peut faire.  La plupart des gens vivent d'un salaire, d'un patron.    - PIERRE RABHI : C'est parce que l'on a organisé la vie de telle sorte que l'on est obligé de passer par cette anomalie.    - CATHERINE CEYLAC : C'est sans doute ça qui a déclenché en vous des idées atypiques.    - PIERRE RABHI : On a tous notre alchimie propre qui est reliée à notre propre existence, à notre propre destin.  Mon père m'a confié à des Européens, très jeune.  Il estimait que la page tournait.  Il fallait que son fils soit instruit pour avoir une bonne place dans la société future, dont il était lui-même victime.    - CATHERINE CEYLAC : Vous aviez 7 ans.  Vous arrivez dans une vie différente.  La vie de colon.    - PIERRE RABHI : Oui.  Je suis parti de l'Islam et je suis arrivé au christianisme.  De la tradition à la modernité.  Avec tout ce que cela peut impliquer.    - CATHERINE CEYLAC : Changer de religion a été votre choix ?    - PIERRE RABHI : Oui.  Je suis né dans l'islam.  A l'approche de ce personnage, que l'on appelle Jésus, j'ai été touché.  Je me suis mis dans le rang.    - CATHERINE CEYLAC : Vous vous sentez entre 2 univers ?    - PIERRE RABHI : Je n'ai choisi aucun côté.  Quand on me demande qui je suis, je dis que je suis un habitant de la planète et que je ne veux appartenir à aucune communauté d'aucune sorte.    - CATHERINE CEYLAC : Même pendant la guerre d'Algérie ?    - PIERRE RABHI : J'avais envie que les gens soient libres.  Mais de là à faire un choix de type nationaliste, j'avais du mal.    - CATHERINE CEYLAC : A 17 ans, vous quittez l'Algérie pour vivre à Paris.  Vous allez prendre conscience de beaucoup de choses en arrivant dans la capitale.  Voici votre portrait.    - PIERRE RABHI : Je suis un petit avocat de la terre et un petit thérapeute.    - Cet homme est bien plus qu'un petit avocat de la Terre.  Paysan philosophe, il milite pour un changement radical de la société.  Objectif...    - PIERRE RABHI : La sauvegarde de la planète et celle de l'humanité.    - Son talent : savoir se faire entendre.  Il multiplie les conférences.  Salle comble à chaque fois.  Né dans le désert algérien, il arrive en France comme ouvrier spécialisé.  Mais très vite, il ressent l'appel de la Terre.  Il va acheter une ferme en Ardèche avec sa femme.  Il vit sans eau et sans électricité.  Il parvient à faire pousser de quoi faire vivre ses enfants et son troupeau de chèvres.    - PIERRE RABHI : L'engrais chimique tue le sol.    - Petit à petit, il fait école.  On le réclame pour fertiliser les terres arides d'Afrique.    - PIERRE RABHI : C'est une agriculture révolutionnaire.  C'est la seule solution pour l'avenir de l'humanité.    - Il transmet son savoir-faire à travers le monde jusqu'aux chapelles bretonnes.  Son combat devient politique en 2002.  Il en appelle à l'insurrection des consciences.  Il parle 'de sobriété heureuse' comme solution pour un avenir meilleur.  Aujourd'hui, cet insurgé pacifiste continue d'écrire et de semer ses idées à travers plusieurs associations, convaincu que le monde peut encore changer.  La crise interpelle.  Force est de constater qu'il est de plus en plus suivi.    - CATHERINE CEYLAC : Lorsque vous revoyez une rétrospective de votre vie professionnelle et familiale, vous dites-vous que vous avez bien rempli votre vie ?    - PIERRE RABHI : En tout cas, merci à ceux qu'ils l'ont faite.  C'est bien fait.  Il faut beaucoup de talent pour rassembler autant d'éléments et les faire s'exprimer.    - CATHERINE CEYLAC : Michèle est très importante dans votre vie.  Vous quittez la région parisienne où vous travaillez comme ouvrier spécialisé.  Vous la rencontrez dans l'entreprise où vous travaillez.  Vous décidez tous les deux de partir en Ardèche, où vous habitez encore aujourd'hui.  Y a-t-il quelque chose ?  Est-ce lié à un cheminement ?    - PIERRE RABHI : C'est très mystérieux.  C'est pour cela que l'on dit qu'il n'y a pas d'éléments anodins.  Comment se fait-il que je vienne de loin et que je trouve cette jeune fille ?  Il y a une convergence entre nous.  On se lance dans la même aventure.    - CATHERINE CEYLAC : Pendant 13 ans, vous n'aviez pas l'électricité.  Avez-vous envisagé de renoncer ?    - PIERRE RABHI : A aucun moment.  C'est comme si on s'était évadés d'une prison.  Le salariat n'est pas forcément égal à l'esclavage.  Quelqu'un qui fait un travail qui l'accomplit, c'est ce que je veux.  Que l'humain s'accomplisse à travers son travail.  Celui qui fait un travail qui ne l'accomplit pas, qui donne sa vie gratuitement, ce n'est pas la même chose.    - CATHERINE CEYLAC : En 1981, vous travaillez au Burkina Faso pour apporter votre savoir.  Vous rencontrez Thomas Sankara.  Est-il vrai qu'il vous propose de devenir ministre ?    - PIERRE RABHI : Oui.  Quand je suis arrivé au Burkina Faso, c'était à l'appel du gouvernement pour intervenir sur l'agroécologie.  On a créé le 1er centre de formation d'agroécologie au nord du Burkina Faso dans une zone semi-aride difficile.  C'est-à-dire, les terres les plus rudes.  Nous avons démontré que l'on pouvait permettre aux paysans d'avoir des rendements importants.  C'est dans le contexte d'une aliénation des paysans.  On a poussé les paysans à utiliser beaucoup d'engrais chimiques, fabriqués par des entreprises de la pétrochimie.  Il faut 2,5 tonnes de pétrole pour une tonne d'engrais.  Quand vous demandez aux paysans pauvres d'utiliser cela, ça les ruine, ainsi que leurs sols.  Quand Sankara a vu les résultats, j'ai écrit un ouvrage sur cette question.  Ce livre a été primé.  L'agroécologie est l'approche idéale pour les pays pauvres et les autres.    - CATHERINE CEYLAC : Auriez-vous accepté si Thomas Sankara n'avait pas été assassiné ?    - PIERRE RABHI : Oui, mais on avait aussi des affinités.  Au-delà du soldat, c'était une conscience.  C'était quelqu'un d'intelligent et conscient de la condition de son pays et de son peuple.  Il était dans le désir presque missionnaire de vouloir changer les choses.  J'ai été séduit.    - CATHERINE CEYLAC : Vous travaillez toujours au Burkina Faso.  Est-ce un regret pour vous de ne pas intervenir dans votre propre pays, l'Algérie ?    - PIERRE RABHI : Je l'ai tenté.  Mais à l'époque, c'était très instable et violent.  Je ne voyais pas comment faire.  Je suis allé en Palestine, en Tunisie et dans d'autres pays.  Aujourd'hui, on a un beau programme au Maroc.    - CATHERINE CEYLAC : Bouteflika veut se représenter à l'élection présidentielle en avril.  Qu'en pensez-vous ?    - PIERRE RABHI : Je ne suis pas concerné par tout cela.  La politique n'est pas en phase avec la réalité du monde.  Comment se fait-il que l'écologie, qui est vraiment la raison d'être de tous et de notre survie, soit considérée comme une espèce de question subsidiaire, alors que c'est la question fondamentale ?  Nous évoluons vers l'extinction de notre espèce par nos transgressions.  La politique ajoute un petit machin...  C'est stupide.    - CATHERINE CEYLAC : Que pouvons-nous faire dans le sens qui est le vôtre ?    - PIERRE RABHI : Je ne me pose pas en exemple.  Je suis l'initiateur du Colibris, l'association qui a été reprise par des amis, entre autres Cyril Dion.  Le Colibris est une légende qui m'a séduit.  Le colibri s'active pour aller sauver les autres animaux.  Le tatou lui dit que ce n'est pas comme ça qu'il peut éteindre le feu qui détruit tout le monde.  Il répond qu'il le sait, mais qu'il fait sa part.    - CATHERINE CEYLAC : Nous sommes allés en Ardèche.  Au marché du mercredi.    - PIERRE RABHI : Là, il y a du poireau et de l'endive.  Quand on a acheté ce lieu, il était désertique.  Nous avons tout planté.  Compte tenu de mes occupations, j'ai renoncé à pas mal de choses, mais pas au jardinage.  C'est non négociable.  Je retrouve le rythme des saisons, la vie et la terre.  Ça me donne de l'énergie.  Là-bas, les artichauts vont arriver au printemps.  C'est tout un assortiment, mais à l'échelle de la consommation d'une famille.  On tente l'autonomie.  On produit au maximum ce que nous pouvons.  Le mercredi, c'est l'activité sacrée.  Je vais au marché.  Quand nous sommes arrivés à la campagne, les gens nous demandaient ce que l'on venait faire ici, car tout le monde partait.  On était à contre-courant.  Quand je vois l'évolution de la société, je me dis que nous avons ce privilège de vivre à la campagne.  Nous sommes heureux ici.  Pour moi, le marché est très important.  C'est là que s'exprime la société telle qu'elle est.  C'est là que je trouve le plus cette fraternité, cette simplicité.  Ça a quelque chose de presque sensuel.  Il y a si peu de convivialité dans notre société que c'est important pour cela.  Il y a des artichauts, quelques bananes.  Une partie des légumes de saison, je les produis moi-même.  Je ne les achète pas, mais j'achète aussi des légumes bio par solidarité.  J'achète uniquement bio.  Que me conseillez-vous comme poisson ?  Je ne suis pas végétarien.  Je suis très impliqué dans la condition animale.  Je me sens plus solidaire avec les gens en leur donnant des sous car ils essayent de survivre.  Je n'aime pas donner à la grande distribution.  Je suis devenu un homme public.  C'est lourd à porter.  Il faut répondre à cette demande qui n'arrête pas d'augmenter.  Je dis que je donnerais bien ma démission, mais je ne sais pas à qui.  Je suis milliardaire en simplicité.    - CATHERINE CEYLAC : Milliardaire en beauté de la vie.  Quelles sont les concessions que vous faites au système ?    - PIERRE RABHI : Je suis obligé de m'adapter.  Je ne roule pas en charrette.  Il faut que les innovations humaines soient en adéquation avec les besoins réels de l'être humain dans son évolution.  On n'est pas favorable au retour en arrière.    - CATHERINE CEYLAC : Vous n'êtes pas contre le progrès et la technologie ?    - PIERRE RABHI : Je ne suis pas pour qu'on fabrique des bombes atomiques.  Je ne peux pas souscrire à tout cela.    - CATHERINE CEYLAC : Vous êtes un pacifiste ?    - PIERRE RABHI : Seulement un réaliste.  L'humanité n'est pas ici-bas pour s'entretuer.    - CATHERINE CEYLAC : Ça paraît tellement simple, ce que vous nous racontez.  Quels sont les obstacles réels pour ne pas étendre ces principes de vie ?    - PIERRE RABHI : Je n'ai pas à me plaindre.  Pendant longtemps, on était aphones, mais ça s'étend.  On vit actuellement une énorme déconvenue.  Nous avons cru à un modèle qui allait nous materner, mais il abandonne tout le monde.  Perdre son travail, c'est être abandonné par un système qui nous a pris en charge jusqu'à maintenant.    - CATHERINE CEYLAC : Le chômage et la crise sont de bonnes choses ?    - PIERRE RABHI : Non, car ils sont sources de souffrances.  C'est un état de vérité qui se met en place.  Nous ne pouvons pas entretenir un système parallèle à la vie.  C'est impossible.  L'écologie prend son envergure car il ne peut pas y avoir une suite de l'histoire de l'humanité sans coopération avec l'histoire de la vie.  Ce n'est pas une question de spécialistes de l'écologie.    - CATHERINE CEYLAC : Les agriculteurs sont parfois réfractaires à l'écologie.  Comment l'expliquez-vous ?    - PIERRE RABHI : Il serait trop long de vous expliquer ce qui se passe dans la psyché et l'inconscient du paysan.  C'est celui qui a été relégué au second rang.  Il est ensuite devenu agriculteur, avec des tracteurs.  Aujourd'hui, il n'y a plus de paysans.  Ce sont des gens qui ouvrent des sacs d'engrais sur la terre.  Ils droguent la terre avec des substances et attendent des résultats.  Ils se sont éloignés des sources vives et presque sensuelles de la vie que l'on ressent quand on travaille la terre de la façon la plus proche.    - CATHERINE CEYLAC : On a rencontré quelqu'un que vous connaissez bien.  Vous avez fait des entretiens avec lui.  Il est journaliste à l'Express.  Olivier Le Naire.  On a tenté d'en savoir plus sur vous.    - C'est un petit homme et un grand humaniste.  C'est quelqu'un dont on a besoin.  On est dans un monde dans lequel les humanistes ont disparu.  Un homme comme Pierre parle d'abord de beauté, de poésie et d'humanité.  Il apporte l'antidote à tous les maux de notre société.  L'antidote de la malbouffe.  L'antidote à la souffrance, à la rentabilité à tout prix.  N'est-ce pas une utopie de s'imaginer que l'on peut continuer à utiliser les énergies fossiles alors qu'elles ne sont plus là ?  N'est-ce pas une utopie de s'imaginer que le monde entier va pouvoir avoir une voiture ?  Les utopies sont partout.  C'est si facile de dire que c'est un gentil rêveur et qu'il faut le laisser rêver.  Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, mais Pierre est un poseur de questions.  On a besoin de ça.  Pour moi, il y a un vrai parallèle à faire avec l'Abbé Pierre.  Il fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait.  C'est un homme de conviction.  Il est proche des gens sur le terrain.  L'Abbé Pierre n'a jamais lâché.  Plein de gens ont tenté de le récupérer, tout comme on essaie de récupérer Pierre.  Ils ne se sont jamais laissé faire.  La question est de savoir qui seront les futurs Stéphane Hessel.  Pour l'instant, on ne les voit pas pointer leur nez.    - CATHERINE CEYLAC : Vous avez des points communs avec l'Abbé Pierre ?    - PIERRE RABHI : Bien sûr.  Il a réagi en son temps à un moment où la détresse était épouvantable, il est allé sur sa voie.  On a une espèce de ressemblance de conscience, d'exigence de vouloir faire pour le mieux.    - CATHERINE CEYLAC : L'éducation des enfants passe par l'enseignement ?  Par l'école ?  Où est-ce le propre des parents d'apprendre à leurs enfants ce qu'est la malbouffe, la surconsommation ?    - PIERRE RABHI : Dès qu'un enfant commence à prendre conscience du monde et de la vie, c'est là qu'intervient l'éducation.  L'éducation idéale serait de permettre à l'enfant de s'épanouir, de s'ouvrir à la vie, d'appréhender cette réalité et la faire sienne.  Mais on passe souvent par le dressage.  On détermine les valeurs.  La pire des choses, c'est quand on commence à éduquer les enfants dans la compétitivité.  Quand ils se retrouvent tous dans une école et qu'il faut se situer parmi le meilleur et le moins bon.  On prépare un enfant à être un adulte angoissé quand on fait cela.    - CATHERINE CEYLAC : Vous avez 5 enfants.  Vous ne leur avez jamais demandé de bons résultats ?    - PIERRE RABHI : Non.  Je voulais qu'ils ne perdent pas leur temps.  Ils ont eu le privilège de naître dans une ferme.  Dans un lieu où il y avait de la vie : des chèvres, des vaches, des chevaux, des arbres...  L'arbre est un être magnifique.  Il est vivant.  La terre est vivante aussi.  Les enfants qui naissent dans ce terreau-là, c'est la vie elle-même qui les éduque.  Ils voient les choses.  Quand ils ne comprennent pas, ils demandent à ce qu'on leur explique.  C'est comme ça que se fait l'éducation.  Sur le lien à la vie.  Les enfants manquent beaucoup de ce lien à la vie.    - CATHERINE CEYLAC : Un citoyen complet est celui qui est né dans un milieu rural plus qu'urbain ?    - PIERRE RABHI : Pas du tout.  Un être humain où qu'il soit est un être humain, avec sa souffrance, ses joies, tout ce qui constitue son être propre.  On peut être dans la ville et être heureux ou malheureux.  Une seule chose est importante et très difficile à obtenir, car elle est libre, c'est la joie.  Personne ne peut l'acheter.  On peut aligner tous les milliards que l'on voudra, on ne l'achète pas.  C'est avec la valeur fondamentale à laquelle nous aspirons tous qui a déshistorisé cela.  Vous pouvez voir cela chez quelqu'un qui n'a pratiquement rien.    - CATHERINE CEYLAC : Répondez-moi par pour ou contre.  Etes-vous pour ou contre le passage à l'heure d'été ?    - PIERRE RABHI : A titre personnel, ça me gêne.  Tout à coup, on passe d'un système à l'autre.  Je m'énerve, puis je me calme, car je ne peux rien y changer.    - CATHERINE CEYLAC : Pour ou contre le diesel ?    - PIERRE RABHI : J'en ai un.  Au moment où je l'ai acheté, on m'a dit que c'était le moins polluant.    - CATHERINE CEYLAC : Vous passeriez à l'électrique aujourd'hui ?    - PIERRE RABHI : Tout dépend de la source.  Si la source multiplie les centrales nucléaires, ça ne va pas m'enthousiasmer.    - CATHERINE CEYLAC : L'interdiction de la culture du maïs transgénique par la France ?    - PIERRE RABHI : Je ne peux que l'applaudir.  C'est quelque chose d'extrêmement grave qu'on est en train d'introduire avec une espèce de mollesse politique et de convention.  C'est un crime contre l'humanité.    - CATHERINE CEYLAC : La procréation médicalement assistée ?    - PIERRE RABHI : Tout ce qui est artifice, j'ai du mal.  Mais je ne peux avoir que de la compassion pour ces êtres.  Ceci dit, il y a des actes qui ne me conviennent pas.    - CATHERINE CEYLAC : Le partage du congé parental pour les hommes ?  Prendre un congé parental quand naît un enfant dans un couple et que l'on est homme, c'est une bonne chose ?    - PIERRE RABHI : La nature a fait que, dans les premiers temps de l'enfant, c'est la mère...  Je le dis car, moi-même, j'en étais jaloux.  Le père peut manquer alors que la mère ne peut pas manquer.    - CATHERINE CEYLAC : Quand elle allaite.    - PIERRE RABHI : La proximité de l'enfant avec la mère vient occuper le corps.  Elle est prépondérante par rapport à l'homme.  On le voit dans le monde animal.  Il y a un géniteur, le reste, c'est la maman qui s'en occupe.  Mais il faut savoir quel serait le choix de l'enfant s'il avait été capable de le faire.    - CATHERINE CEYLAC : Vous auriez aimé porter un enfant ?    - PIERRE RABHI : Objectivement, oui.  C'est miraculeux de porter la vie en soi.  Ça doit être prodigieux.  On se sent en marge de tout cela.  C'est un miracle.    - CATHERINE CEYLAC : Quelles sont vos failles ?  Vous paraissez si sage et attentif aux autres.  Avez-vous des faiblesses ?    - PIERRE RABHI : Je n'ai pas voulu emmener mon auréole.  J'ai mes failles comme tout le monde.  On est divisé entre l'homme engagé, où l'on a beaucoup d'énergie, et je ne sais pas trop d'où elle vient, et l'homme de 52 kilos que je suis.  Il a aussi ses hauts et ses bas.  Ce n'est pas le bonheur parfait.  On ne nage pas là-dedans.  On voit vite ses propres limites.    - CATHERINE CEYLAC : Quelqu'un de proche de vous le dit.  C'est Michèle, votre femme.  C'est tiré d'un documentaire qui s'appelle 'Au nom de la terre'.    - J'étais focalisé sur mes enfants et la ferme.  Ce n'était pas toujours facile.  J'ai compris que ce n'était pas un homme qui pouvait rester tout seul dans son coin, dans la ferme.  Il avait besoin de contact social.  Il s'est fait connaître et il a été amené à aller en Afrique.  J'ai toujours accepté cela, car il fait du bon travail.  Je passe sur des détails de notre vie commune, qui n'est pas toujours idyllique.    - CATHERINE CEYLAC : Vous êtes quelqu'un de difficile à vivre ?    - PIERRE RABHI : Pour moi, déjà, ce n'est pas facile.  Je me houspille beaucoup.  Quand on a un caractère passionné, on n'est pas forcément parmi les plus tendres.  Mais je ne pense pas être méchant non plus.    - CATHERINE CEYLAC : Auriez-vous accepté d'inverser les rôles : que vous restiez à la ferme à vous occuper des 5 enfants et que Michèle trace sa route comme vous le faites ?    - PIERRE RABHI : Ça implique un tempérament.  Michèle a son tempérament et j'ai le mien.  La vie nous a engagés de telle façon.  Je ne peux pas être une autre personne que celle que je suis.    - CATHERINE CEYLAC : Parmi les personnalités qui se sont ralliées à vous, il y a Edgar Morin, un homme qui a beaucoup d'exigences.  Il vous arrive d'animer des conférences ensemble et ça se termine de manière parfois lyrique et enflammée.    - Il faut faire la critique du pseudo-réalisme.  Sans arrêt, il y en a sous la croûte de la réalité.  Il y a des forces souterraines qui travaillent sans arrêt.  C'est ce que le philosophe appelait 'la vieille taupe aveugle de l'histoire'.  Elle creuse ses galeries.  A un moment donné, le sol qui semble stable s'effondre.    - CATHERINE CEYLAC : Edgar Morin.  C'est une belle image.  Pour frapper les esprits, il faut utiliser de telles images ?    - PIERRE RABHI : Nous sommes obligés, compte tenu de l'urgence  et de l'enjeu.  Il est considérable.  Il nous est difficile de nous taire.  Très souvent, j'aspire à cela, mais on ne peut pas.    - CATHERINE CEYLAC : Il y a des personnalités artistiques qui se sont ralliées à vous.  Je pense à Marion Cotillard, qui vous connaît bien.  Elle nous explique ce que vous lui apportez.    - J'étais très émue.  Je rencontrais une de mes idoles.  Le fait de me demander pourquoi je prenais la parole par rapport à telle ou telle chose, au-delà de mon métier, et à me poser la question de savoir si ça sert à quelque chose, j'en suis venue à la conclusion que ça ne sert pas à grand-chose.  Mais ce qui pouvait servir, c'était d'être un vecteur.  Non pas que je n'aie rien à dire, mais mes autres activités ont détourné mon attention.    - CATHERINE CEYLAC : Etre un vecteur pour une personne qui est connue pour ses films et son talent, c'est important ?  Sa parole est entendue différemment par les autres ?    - PIERRE RABHI : C'est important pour moi dans le sens où c'est une conscience.  C'est cette conscience qui est belle.  Aujourd'hui, on est dans le temps de la fédération de conscience.  Les individus sont ce qu'ils sont.  Ils sont dans leur histoire.  On est en quête, véritablement.  Je suis très ami avec la princesse de Polignac.  Ce qui nous a rapprochés, c'est la conscience.    - CATHERINE CEYLAC : Il y a également Isabel Otero.  La voici.  C'est une figure emblématique.  Vous vous connaissez bien, car vous êtes partie avec lui au Maroc récemment.  Racontez-nous comment vous vous êtes rencontrés.    - ISABELLE OTERO : J'ai rencontré la sobriété heureuse avant de rencontrer Pierre.  Je suis comédienne depuis 30 ans.  Dans ma vie, j'étais en souffrance.  Une dichotomie entre mon métier et ce que je ressentais.  Je vivais hors sol.  J'ai décidé de trouver un lieu de nature que j'ai découvert et qui m'a fait me redécouvrir.  Je suis passé du faire à l'être.  Cette expérience m'a permis de rencontrer l'homme de ma vie : Eric de Karmel.  C'est un grand ami de Pierre.  Il m'a rencontrée aussi par ce que je vivais.  Une sorte de dépouillement.  J'étais dans ce lieu de nature qui m'a rendue à la joie.  A l'époque, je faisais 'Diane, femme flic'.  Quand je partais là-bas, je me rechargeais en vérité.  Je me réincarnais.  En rencontrant Eric, il m'a demandé si je connaissais les textes de Pierre Rabhi.  Je lui ai dit que non.  Il m'a emmenée à une 1re conférence.  J'ai eu l'impression d'entendre ce que mon intime me disait.  J'entendais cela d'une manière tellement claire, humble, simple, que je me suis rapprochée de Pierre.  J'ai quitté ce lieu d'ermitage pour un lieu de partage, tout près de chez Pierre.    - CATHERINE CEYLAC : Dans le Gard.    - ISABELLE OTERO : Oui.    - CATHERINE CEYLAC : Quels sont vos sujets d'inquiétude sur la planète ?    - ISABELLE OTERO : Je vis dans un milieu très concerné par la nature.  L'inquiétude, c'est qu'il y a un moment où on tire le signal d'alarme.  Mais si on est trop alarmiste, les gens ne l'entendent pas.  Pierre fait bien passer ce message.  Quand il parle de fédération, c'est évident qu'il va falloir le faire.  Mais comment faire passer ce message au plus grand nombre ?  Si j'ai envie d'aller dans ce sens, c'est parce qu'on a besoin de témoins, c'est-à-dire des gens qui sont capables d'aller vers les autres et de leur dire : 'Il y a quelque chose sur laquelle il faut réfléchir.  Conscientisez en votre for intérieur et allez regarder ce que c'est que la nature'.  Pour beaucoup de gens, la nature, c'est une semaine au ski.  Mais le ski, c'est une nature qu'on achète.    - CATHERINE CEYLAC : Quand vous retrouvez les plateaux de télévision, et notamment les plateaux de tournage, car en 2014, on va vous voir dans une fiction sur France3, vous ne vous sentez pas étrangère à ce monde ?    - ISABELLE OTERO : Non.  Ce message peut être diffusé partout.  Je suis très proche des techniciens.  Je leur parle au moment du déjeuner.  Je leur parle de ce qu'est ma vie aujourd'hui en essayant d'enrôler les gens.  Partager et inspirer, c'est enrôler.  Pierre est aligné d'une manière exceptionnelle.  C'est pour cela qu'il touche autant.  Quand le journaliste de l'Express disait qu'il dit ce qu'il fait et qu'il fait ce qu'il dit, il est d'une probité totale.  C'est un exemple qui me touche.  Si l'on fait ce que l'on dit, les choses avancent et s'alignent.  Les choses viennent à vous, l'ouverture se fait.    - CATHERINE CEYLAC : On sème et on récolte.    - ISABELLE OTERO : Oui.  Et aussi dans le sens de l'amour.  En étant dans une forme d'ouverture du cœur...  C'est ce qui s'est passé au Maroc.  Ce sont souvent les femmes qui génèrent ce genre de projet là-bas.  L'amour qu'il y a pour Pierre là-bas est exceptionnel.  On se dresse pour elle, pour la terre, pour la liberté.  Il s'agit de libérer les paysans et les dignités.    - CATHERINE CEYLAC : Merci pour ce témoignage.  Vous êtes resplendissante.    - ISABELLE OTERO : C'est normal.  Je ne vis plus hors sol.    - CATHERINE CEYLAC : Je vais vous demander un exercice.  On va aller au Dos à dos.  Le moment le plus heureux de votre vie ?    - PIERRE RABHI : Quand je me suis marié.    - CATHERINE CEYLAC : Le plus malheureux ?    - PIERRE RABHI : Quand j'ai été orphelin.    - CATHERINE CEYLAC : Si vous étiez président de la République, quelle serait votre 1re mesure ?    - PIERRE RABHI : Une mesure qui ne fonctionnerait pas, car je serais obligé de renoncer à la croissance économique indéfinie.    - CATHERINE CEYLAC : Le meilleur prétexte pour refuser une invitation ?    - PIERRE RABHI : Que mon médecin me l'a interdit.    - CATHERINE CEYLAC : Votre geste le moins écolo ?    - PIERRE RABHI : Rouler en voiture.    - CATHERINE CEYLAC : La plus belle chose que vous ayez faite par amour ?    - PIERRE RABHI : Quand j'enseigne l'agriculture écologique.    - CATHERINE CEYLAC : S'il ne vous restait que 5 euros en poche, qu'en feriez-vous ?    - PIERRE RABHI : Je les donnerais à un mendiant.    - CATHERINE CEYLAC : Votre principale addiction ?    - PIERRE RABHI : Le thé vert.    - CATHERINE CEYLAC : Que feriez-vous si vous étiez invisible le temps d'une journée ?    - PIERRE RABHI : Je prendrais un balai et je balaierais les rues.    - CATHERINE CEYLAC : La maladie que vous redoutez le plus ?    - PIERRE RABHI : Alzheimer.    - CATHERINE CEYLAC : Le luxe que vous vous autorisez ?    - PIERRE RABHI : Mon jardin.    - CATHERINE CEYLAC : Il y a quelqu'un qui vous attend.  Pendant une heure, il a exercé son talent.  Il vous a écouté attentivement et sagement.  Il a composé ce texte qu'il va vous interpréter avec beaucoup d'humour.  C'est du 2e ou 3e degré.    - EMMANUEL DONZELLA : Bonjour, Catherine et Pierre.  Ravi de vous rencontrer.  Vous m'avez beaucoup inspiré.    - CATHERINE CEYLAC : Vous savez tout sur Pierre.    - EMMANUEL DONZELLA : Oui.  J'ai bien compris.  J'ai envie de véhiculer à ma manière.    - CATHERINE CEYLAC : Prouvez-le.    - EMMANUEL DONZELLA : Il faut sortir du capital.  Il faut sortir de la spirale.  Et comme le dit Pierre Rabhi, repensons notre économie.  Libérons-nous du matériel.    Sonnerie de téléphone    - EMMANUEL DONZELLA : Pardon.  Je réponds, c'est mon banquier.  Revendez, mon vieux !  Vous êtes payé pour ça.  Prenez des parts dans l'usine en Chine.  Oui, avec des enfants.  Ça a de l'avenir.  Je vous laisse.  Excusez-moi.    Il faut retrouver les valeurs.  De la nature et des fleurs.  Il faut semer avec amour.  C'est ce que dit Pierre dans ses discours.  Et respectons notre planète.    Sonnerie de téléphone    - EMMANUEL DONZELLA : Allô ?  Comment ça, ça ne pousse pas ?  Pulvérisez de l'engrais chimique.  On s'en fout, que ce soit des pesticides.  Le but est un beau jardin pour cet été.  Pardon.    Nous sommes des cons maternés.    Sonnerie de téléphone    - EMMANUEL DONZELLA : Je travaille.  Je suis à 'Thé ou café'.  Va acheter une télé pour ce soir.    - CATHERINE CEYLAC : Emmanuel, revenez avec nous.    - EMMANUEL DONZELLA : Je suis en parfaite harmonie avec Pierre Rabhi.    - PIERRE RABHI : Merci.    - EMMANUEL DONZELLA : Ca vous plaît ?    - CATHERINE CEYLAC : Je n'ai rien compris.    - PIERRE RABHI : C'est la 'recroissance'.    - CATHERINE CEYLAC : On vous verra au Café de la gare, Emmanuel ?  En fin de semaine ?    - EMMANUEL DONZELLA : Oui.  Toute la semaine.  Du mercredi au dimanche.  Et ça s'appelle 'La maîtresse en maillot de bain'.    - CATHERINE CEYLAC : Et c'est très drôle.    - EMMANUEL DONZELLA : Sans rancune.    - PIERRE RABHI : Pas de problème.    - CATHERINE CEYLAC : Je voudrais signaler à ceux qui nous regardent vos livres : 'Vers la sobriété heureuse'.  Il y a 100 millions de livres pilonnés chaque année.  Quel gâchis.    - PIERRE RABHI : Oui.  Un gros gâchis.    - CATHERINE CEYLAC : Vous y contribuez peut-être.    - PIERRE RABHI : Mon éditeur semble content.  Il semble que ces bouquins aient une audience.    - CATHERINE CEYLAC : Je voudrais saluer celui qui est exposé sur notre plateau.  C'est Pascal Honoré.  Il expose à la galerie Claudine Legrand dans le 6e arrondissement de Paris.  Ses toiles sont des espaces clos peuplés de fouillis végétaux.  Son œuvre est un lieu de résistance tranquille.  Nous l'avons choisi car il vous apprécie beaucoup et il souhaitait être présent sur ce plateau physiquement et par l'intermédiaire de ses toiles.  Samedi prochain, Isabelle Carré sera avec nous.  Le lendemain, nous serons avec Pierre Bergé.  Vous pourrez regarder les bonus avec Pierre Rabhi sur le site de notre émission.    C'était un bonheur de vous accueillir sur notre plateau.  On a appris beaucoup de choses.  Continuez cette quête.  Et continuez à éveiller les consciences.  On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro.  Passez une belle semaine.  Qu'elle soit lumineuse.  Bonne journée et bonne semaine.  Au revoir.  Merci, Pierre.    FIN    PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :    Rencontre avec Pierre Rabhi, agriculteur, écrivain, penseur et fondateur de Terre et humanisme et du mouvement Colibris.    COMMENTAIRES    Commentaires parus au lien :   http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe_,99150607.html    marie françoise •   voilà un vrai écologiste , un homme génial et si humble , que nos politiques s’inspirent de lui et surtout ceux qui s’appellent les verts!!!!!!! je l’ai découvert il y a peu mais je me sens proche de lui , de son amour pour notre pauvre planète , j’essaye de contribuer à ses idées le plus possible et j’ai la chance d’être depuis peu dans ce beau département des PO , marché bio et local , une bioccop à proximité ( pas besoin de voiture pour y aller) continuez et trouvez vite une graine pour reprendre votre chemin , un immense merci  marie françoise    M-F marie françoise •   Je m'appelle aussi Marie-Françoise, j'admire aussi Pierre Rabhi qui vit pas très loin de chez moi...et j'ai aussi la chance, grâce à mes origines catalanes, d'avoir une maison dans un village des PO, que j'adore ! des lieux de vie à protéger...tout comme notre planète ! Merci Mr Rabhi !    nithya •   Je viens de regarder l'émission je connais Monsieur Rabhi j'ai assisté à 2 Conférences et quel bonheur d'entendre l''ode' de Mme Otéro elle a tout dit et c'est avec une profonde émotion que je vous remercie de nous permettre de connaitre d'avantage d'aussi exceptionnel personne    Martine •   Bonjour et Merci pour l'invitation de Pierre Rabhi, humaniste, philosophe, écrivain écologiste de terrain, à l'émission Thé et Café...  Moment fort d'espoir et d’émotion, ses réflexions et ses actions sonnent justes pour moi, elles me nourrissent depuis de nombreuses années via ses associations Colibris et terre et humanisme.  FEDERER DES CONSCIENCES c'est PASSER DU MODE AVOIR dans lequel nous nous sommes construits, à celui de L'ETRE, visée de notre évolution d’humain…   Belle journée printanière à vous toutes et tous  Martine G    sc •   super sujet, super personne et super invités. Par contre la présentatrice n'est pas du tout dans le sujet. Elle pose ses questions sans attendre ni écouter les réponses. Elle est stressante et ce sujet elle le prend à la rigolade. Qu'elle stupide personne.    Elisabeth sc •   ??? Catherine Ceylac est une des rares journalistes à laisser parler ses invités    Elsa sc •   Je ne suis pas d'accord avec vous, il est aisé de critiquer et d'insulter caché derrière son clavier. Les questions sont très pertinentes et balayent de nombreux sujets. Soyez bienveillant avec les personnes qui nous donnent accès à une parole aussi belle.    mahé •   Elle n'est pas stupide. Elle a eu l'initiative d'inviter Pierre. De plus les questions, l'attitude représentent encore une grosse part de nos populations. Donc cela permet de faire connaitre le philosophe et l’homme engagé a des tas de gens qui n'aurait jamais eu la curiosité et l'initiative d'une démarche pour savoir qui est Pierre Rahbi.    Raby Anne Marie •   Très bonne initiative, d'avoir invité Pierre Rabhi, le meilleur Humaniste.     TRANSCRIPTION ÉCRITE DES SOUS-TITRES EN FRANCAIS DE L'ÉMISSION :    L'homme qui est face au miroir va se présenter dans un instant.    Bonjour.  Quelle est votre situation professionnelle ?    - PIERRE RABHI : Je suis un agroécologiste.  Je suis père de famille avec Michèle.  Nous avons 5 enfants.    - CATHERINE CEYLAC : Une obsession dans la vie ?    - PIERRE RABHI : Concilier l'histoire de l'humanité avec la nature.    - CATHERINE CEYLAC : Une devise ?    - PIERRE RABHI : Celle de Socrate : 'Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien.'    - CATHERINE CEYLAC : Votre prénom et nom ?    - PIERRE RABHI : Rabhi.  En arabe, ça veut dire 'le gagnant' et 'le victorieux'.  Mais j'ai été baptisé, donc je m'appelle Pierre.    - CATHERINE CEYLAC : Pierre Rabhi, venez me rejoindre.  Vous êtes rare sur les plateaux de télévision.  Ça me fait d'autant plus plaisir.  Vous êtes un philosophe, poète, grand défenseur de la sobriété heureuse.  Nous recevrons tout à l'heure Isabel Otero.  Vous êtes venu de l'Ardèche.  Vous prêtez attention à l'empreinte carbone ?    - PIERRE RABHI : Je suis coupable comme tout le monde de ce côté-là.    - CATHERINE CEYLAC : Vous êtes né en 1938 dans un petit village dans le sud de l'Algérie.  Ça ressemblait à quoi ?    - PIERRE RABHI : C'était une cité tranquille au milieu d'un immense désert.  C'était une petite oasis.  Nos frères végétaux sont les palmiers qui nous protégeaient et qui permettaient d'adoucir le climat.    - CATHERINE CEYLAC : Quel âge avez-vous sur cette photo ?    - PIERRE RABHI : 8 ans.    - CATHERINE CEYLAC : Votre mère meurt quand vous avez 4 ans.  Une mort très précoce.  Avez-vous des souvenirs d'elle ?    - PIERRE RABHI : Non.  C'est une sorte d'ectoplasme.  C'est l'une de mes grandes blessures.  Je ne me souviens pas de ses traits, mais d'une silhouette.    - CATHERINE CEYLAC : Votre père était forgeron.  Avez-vous des souvenirs de lui ?    - PIERRE RABHI : C'était un homme d'une grande puissance.  J'en ai fait un mythe.  Il était reconnu.  Il était très bon musicien, dans la tradition.    - CATHERINE CEYLAC : Il s'est fait embaucher dans une mine pour subvenir aux besoins de sa famille.  Il est entré 'en servitude', vous dites ça.    - PIERRE RABHI : Quand vous devez troquez votre vie entière contre un salaire, c'est une servitude.  Ça ne regarde que moi.    - CATHERINE CEYLAC : C'est malheureusement le constat que l'on peut faire.  La plupart des gens vivent d'un salaire, d'un patron.    - PIERRE RABHI : C'est parce que l'on a organisé la vie de telle sorte que l'on est obligé de passer par cette anomalie.    - CATHERINE CEYLAC : C'est sans doute ça qui a déclenché en vous des idées atypiques.    - PIERRE RABHI : On a tous notre alchimie propre qui est reliée à notre propre existence, à notre propre destin.  Mon père m'a confié à des Européens, très jeune.  Il estimait que la page tournait.  Il fallait que son fils soit instruit pour avoir une bonne place dans la société future, dont il était lui-même victime.    - CATHERINE CEYLAC : Vous aviez 7 ans.  Vous arrivez dans une vie différente.  La vie de colon.    - PIERRE RABHI : Oui.  Je suis parti de l'Islam et je suis arrivé au christianisme.  De la tradition à la modernité.  Avec tout ce que cela peut impliquer.    - CATHERINE CEYLAC : Changer de religion a été votre choix ?    - PIERRE RABHI : Oui.  Je suis né dans l'islam.  A l'approche de ce personnage, que l'on appelle Jésus, j'ai été touché.  Je me suis mis dans le rang.    - CATHERINE CEYLAC : Vous vous sentez entre 2 univers ?    - PIERRE RABHI : Je n'ai choisi aucun côté.  Quand on me demande qui je suis, je dis que je suis un habitant de la planète et que je ne veux appartenir à aucune communauté d'aucune sorte.    - CATHERINE CEYLAC : Même pendant la guerre d'Algérie ?    - PIERRE RABHI : J'avais envie que les gens soient libres.  Mais de là à faire un choix de type nationaliste, j'avais du mal.    - CATHERINE CEYLAC : A 17 ans, vous quittez l'Algérie pour vivre à Paris.  Vous allez prendre conscience de beaucoup de choses en arrivant dans la capitale.  Voici votre portrait.    - PIERRE RABHI : Je suis un petit avocat de la terre et un petit thérapeute.    - Cet homme est bien plus qu'un petit avocat de la Terre.  Paysan philosophe, il milite pour un changement radical de la société.  Objectif...    - PIERRE RABHI : La sauvegarde de la planète et celle de l'humanité.    - Son talent : savoir se faire entendre.  Il multiplie les conférences.  Salle comble à chaque fois.  Né dans le désert algérien, il arrive en France comme ouvrier spécialisé.  Mais très vite, il ressent l'appel de la Terre.  Il va acheter une ferme en Ardèche avec sa femme.  Il vit sans eau et sans électricité.  Il parvient à faire pousser de quoi faire vivre ses enfants et son troupeau de chèvres.    - PIERRE RABHI : L'engrais chimique tue le sol.    - Petit à petit, il fait école.  On le réclame pour fertiliser les terres arides d'Afrique.    - PIERRE RABHI : C'est une agriculture révolutionnaire.  C'est la seule solution pour l'avenir de l'humanité.    - Il transmet son savoir-faire à travers le monde jusqu'aux chapelles bretonnes.  Son combat devient politique en 2002.  Il en appelle à l'insurrection des consciences.  Il parle 'de sobriété heureuse' comme solution pour un avenir meilleur.  Aujourd'hui, cet insurgé pacifiste continue d'écrire et de semer ses idées à travers plusieurs associations, convaincu que le monde peut encore changer.  La crise interpelle.  Force est de constater qu'il est de plus en plus suivi.    - CATHERINE CEYLAC : Lorsque vous revoyez une rétrospective de votre vie professionnelle et familiale, vous dites-vous que vous avez bien rempli votre vie ?    - PIERRE RABHI : En tout cas, merci à ceux qu'ils l'ont faite.  C'est bien fait.  Il faut beaucoup de talent pour rassembler autant d'éléments et les faire s'exprimer.    - CATHERINE CEYLAC : Michèle est très importante dans votre vie.  Vous quittez la région parisienne où vous travaillez comme ouvrier spécialisé.  Vous la rencontrez dans l'entreprise où vous travaillez.  Vous décidez tous les deux de partir en Ardèche, où vous habitez encore aujourd'hui.  Y a-t-il quelque chose ?  Est-ce lié à un cheminement ?    - PIERRE RABHI : C'est très mystérieux.  C'est pour cela que l'on dit qu'il n'y a pas d'éléments anodins.  Comment se fait-il que je vienne de loin et que je trouve cette jeune fille ?  Il y a une convergence entre nous.  On se lance dans la même aventure.    - CATHERINE CEYLAC : Pendant 13 ans, vous n'aviez pas l'électricité.  Avez-vous envisagé de renoncer ?    - PIERRE RABHI : A aucun moment.  C'est comme si on s'était évadés d'une prison.  Le salariat n'est pas forcément égal à l'esclavage.  Quelqu'un qui fait un travail qui l'accomplit, c'est ce que je veux.  Que l'humain s'accomplisse à travers son travail.  Celui qui fait un travail qui ne l'accomplit pas, qui donne sa vie gratuitement, ce n'est pas la même chose.    - CATHERINE CEYLAC : En 1981, vous travaillez au Burkina Faso pour apporter votre savoir.  Vous rencontrez Thomas Sankara.  Est-il vrai qu'il vous propose de devenir ministre ?    - PIERRE RABHI : Oui.  Quand je suis arrivé au Burkina Faso, c'était à l'appel du gouvernement pour intervenir sur l'agroécologie.  On a créé le 1er centre de formation d'agroécologie au nord du Burkina Faso dans une zone semi-aride difficile.  C'est-à-dire, les terres les plus rudes.  Nous avons démontré que l'on pouvait permettre aux paysans d'avoir des rendements importants.  C'est dans le contexte d'une aliénation des paysans.  On a poussé les paysans à utiliser beaucoup d'engrais chimiques, fabriqués par des entreprises de la pétrochimie.  Il faut 2,5 tonnes de pétrole pour une tonne d'engrais.  Quand vous demandez aux paysans pauvres d'utiliser cela, ça les ruine, ainsi que leurs sols.  Quand Sankara a vu les résultats, j'ai écrit un ouvrage sur cette question.  Ce livre a été primé.  L'agroécologie est l'approche idéale pour les pays pauvres et les autres.    - CATHERINE CEYLAC : Auriez-vous accepté si Thomas Sankara n'avait pas été assassiné ?    - PIERRE RABHI : Oui, mais on avait aussi des affinités.  Au-delà du soldat, c'était une conscience.  C'était quelqu'un d'intelligent et conscient de la condition de son pays et de son peuple.  Il était dans le désir presque missionnaire de vouloir changer les choses.  J'ai été séduit.    - CATHERINE CEYLAC : Vous travaillez toujours au Burkina Faso.  Est-ce un regret pour vous de ne pas intervenir dans votre propre pays, l'Algérie ?    - PIERRE RABHI : Je l'ai tenté.  Mais à l'époque, c'était très instable et violent.  Je ne voyais pas comment faire.  Je suis allé en Palestine, en Tunisie et dans d'autres pays.  Aujourd'hui, on a un beau programme au Maroc.    - CATHERINE CEYLAC : Bouteflika veut se représenter à l'élection présidentielle en avril.  Qu'en pensez-vous ?    - PIERRE RABHI : Je ne suis pas concerné par tout cela.  La politique n'est pas en phase avec la réalité du monde.  Comment se fait-il que l'écologie, qui est vraiment la raison d'être de tous et de notre survie, soit considérée comme une espèce de question subsidiaire, alors que c'est la question fondamentale ?  Nous évoluons vers l'extinction de notre espèce par nos transgressions.  La politique ajoute un petit machin...  C'est stupide.    - CATHERINE CEYLAC : Que pouvons-nous faire dans le sens qui est le vôtre ?    - PIERRE RABHI : Je ne me pose pas en exemple.  Je suis l'initiateur du Colibris, l'association qui a été reprise par des amis, entre autres Cyril Dion.  Le Colibris est une légende qui m'a séduit.  Le colibri s'active pour aller sauver les autres animaux.  Le tatou lui dit que ce n'est pas comme ça qu'il peut éteindre le feu qui détruit tout le monde.  Il répond qu'il le sait, mais qu'il fait sa part.    - CATHERINE CEYLAC : Nous sommes allés en Ardèche.  Au marché du mercredi.    - PIERRE RABHI : Là, il y a du poireau et de l'endive.  Quand on a acheté ce lieu, il était désertique.  Nous avons tout planté.  Compte tenu de mes occupations, j'ai renoncé à pas mal de choses, mais pas au jardinage.  C'est non négociable.  Je retrouve le rythme des saisons, la vie et la terre.  Ça me donne de l'énergie.  Là-bas, les artichauts vont arriver au printemps.  C'est tout un assortiment, mais à l'échelle de la consommation d'une famille.  On tente l'autonomie.  On produit au maximum ce que nous pouvons.  Le mercredi, c'est l'activité sacrée.  Je vais au marché.  Quand nous sommes arrivés à la campagne, les gens nous demandaient ce que l'on venait faire ici, car tout le monde partait.  On était à contre-courant.

 

Revoir l'émission avec Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x1jwlja (extrait : 49'56)

Revoir l'émission en replay sur Internet :
http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe_,99150607.html(60'05)
[Ce replay n'est plus disponibles !]


PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :

Rencontre avec Pierre Rabhi, agriculteur, écrivain, penseur et fondateur de Terre et humanisme et du mouvement Colibris.


COMMENTAIRES

Commentaires parus au lien :
http://pluzz.francetv.fr/videos/the_ou_cafe_,99150607.html [Ces commentaires ne sont plus disponibles !]

marie françoise •
voilà un vrai écologiste , un homme génial et si humble , que nos politiques s’inspirent de lui et surtout ceux qui s’appellent les verts!!!!!!! je l’ai découvert il y a peu mais je me sens proche de lui , de son amour pour notre pauvre planète , j’essaye de contribuer à ses idées le plus possible et j’ai la chance d’être depuis peu dans ce beau département des PO , marché bio et local , une bioccop à proximité ( pas besoin de voiture pour y aller) continuez et trouvez vite une graine pour reprendre votre chemin , un immense merci
marie françoise

M-F  marie françoise • 
Je m'appelle aussi Marie-Françoise, j'admire aussi Pierre Rabhi qui vit pas très loin de chez moi...et j'ai aussi la chance, grâce à mes origines catalanes, d'avoir une maison dans un village des PO, que j'adore ! des lieux de vie à protéger...tout comme notre planète ! Merci Mr Rabhi !

nithya • 
Je viens de regarder l'émission je connais Monsieur Rabhi j'ai assisté à 2 Conférences et quel bonheur d'entendre l'"ode' de Mme Otéro elle a tout dit et c'est avec une profonde émotion que je vous remercie de nous permettre de connaitre d'avantage d'aussi exceptionnel personne

Martine •
Bonjour et Merci pour l'invitation de Pierre Rabhi, humaniste, philosophe, écrivain écologiste de terrain, à l'émission Thé et Café...
Moment fort d'espoir et d’émotion, ses réflexions et ses actions sonnent justes pour moi, elles me nourrissent depuis de nombreuses années via ses associations Colibris et terre et humanisme.
FEDERER DES CONSCIENCES c'est PASSER DU MODE AVOIR dans lequel nous nous sommes construits, à celui de L'ETRE, visée de notre évolution d’humain… 
Belle journée printanière à vous toutes et tous
Martine G

sc •
super sujet, super personne et super invités. Par contre la présentatrice n'est pas du tout dans le sujet. Elle pose ses questions sans attendre ni écouter les réponses. Elle est stressante et ce sujet elle le prend à la rigolade. Qu'elle stupide personne.

Elisabeth  sc •
??? Catherine Ceylac est une des rares journalistes à laisser parler ses invités

Elsa  sc • 
Je ne suis pas d'accord avec vous, il est aisé de critiquer et d'insulter caché derrière son clavier. Les questions sont très pertinentes et balayent de nombreux sujets. Soyez bienveillant avec les personnes qui nous donnent accès à une parole aussi belle.

mahé •
Elle n'est pas stupide. Elle a eu l'initiative d'inviter Pierre. De plus les questions, l'attitude représentent encore une grosse part de nos populations. Donc cela permet de faire connaitre le philosophe et l’homme engagé a des tas de gens qui n'aurait jamais eu la curiosité et l'initiative d'une démarche pour savoir qui est Pierre Rahbi.

Raby Anne Marie •
Très bonne initiative, d'avoir invité Pierre Rabhi, le meilleur Humaniste. <3

 

 

TRANSCRIPTION ÉCRITE DES SOUS-TITRES EN FRANÇAIS DE L'ÉMISSION :

 
L'homme qui est face au miroir va se présenter dans un instant.

Bonjour.
Quelle est votre situation professionnelle ?

- PIERRE RABHI : Je suis un agroécologiste.
Je suis père de famille avec Michèle.
Nous avons 5 enfants.

- CATHERINE CEYLAC : Une obsession dans la vie ?

- PIERRE RABHI : Concilier l'histoire de l'humanité avec la nature.

- CATHERINE CEYLAC : Une devise ?

- PIERRE RABHI : Celle de Socrate : "Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."

- CATHERINE CEYLAC : Votre prénom et nom ?

- PIERRE RABHI : Rabhi.
En arabe, ça veut dire "le gagnant" et "le victorieux".
Mais j'ai été baptisé, donc je m'appelle Pierre.
 
- CATHERINE CEYLAC : Pierre Rabhi, venez me rejoindre.
Vous êtes rare sur les plateaux de télévision.
Ça me fait d'autant plus plaisir.
Vous êtes un philosophe, poète, grand défenseur de la sobriété heureuse.
Nous recevrons tout à l'heure Isabel Otero.
Vous êtes venu de l'Ardèche.
Vous prêtez attention à l'empreinte carbone ?

- PIERRE RABHI : Je suis coupable comme tout le monde de ce côté-là.

- CATHERINE CEYLAC : Vous êtes né en 1938 dans un petit village dans le sud de l'Algérie.
Ça ressemblait à quoi ?

- PIERRE RABHI : C'était une cité tranquille au milieu d'un immense désert.
C'était une petite oasis.
Nos frères végétaux sont les palmiers qui nous protégeaient et qui permettaient d'adoucir le climat.

- CATHERINE CEYLAC : Quel âge avez-vous sur cette photo ?

- PIERRE RABHI : 8 ans.

- CATHERINE CEYLAC : Votre mère meurt quand vous avez 4 ans.
Une mort très précoce.
Avez-vous des souvenirs d'elle ?

- PIERRE RABHI : Non.
C'est une sorte d'ectoplasme.
C'est l'une de mes grandes blessures.
Je ne me souviens pas de ses traits, mais d'une silhouette.

- CATHERINE CEYLAC : Votre père était forgeron.
Avez-vous des souvenirs de lui ?

- PIERRE RABHI : C'était un homme d'une grande puissance.
J'en ai fait un mythe.
Il était reconnu.
Il était très bon musicien, dans la tradition.

- CATHERINE CEYLAC : Il s'est fait embaucher dans une mine pour subvenir aux besoins de sa famille.
Il est entré "en servitude", vous dites ça.

- PIERRE RABHI : Quand vous devez troquez votre vie entière contre un salaire, c'est une servitude.
Ça ne regarde que moi.

- CATHERINE CEYLAC : C'est malheureusement le constat que l'on peut faire.
La plupart des gens vivent d'un salaire, d'un patron.

- PIERRE RABHI : C'est parce que l'on a organisé la vie de telle sorte que l'on est obligé de passer par cette anomalie.

- CATHERINE CEYLAC : C'est sans doute ça qui a déclenché en vous des idées atypiques.

- PIERRE RABHI : On a tous notre alchimie propre qui est reliée à notre propre existence, à notre propre destin.
Mon père m'a confié à des Européens, très jeune.
Il estimait que la page tournait.
Il fallait que son fils soit instruit pour avoir une bonne place dans la société future, dont il était lui-même victime.

- CATHERINE CEYLAC : Vous aviez 7 ans.
Vous arrivez dans une vie différente.
La vie de colon.

- PIERRE RABHI : Oui.
Je suis parti de l'Islam et je suis arrivé au christianisme.
De la tradition à la modernité.
Avec tout ce que cela peut impliquer.

- CATHERINE CEYLAC : Changer de religion a été votre choix ?

- PIERRE RABHI : Oui.
Je suis né dans l'islam.
A l'approche de ce personnage, que l'on appelle Jésus, j'ai été touché.
Je me suis mis dans le rang.

- CATHERINE CEYLAC : Vous vous sentez entre 2 univers ?

- PIERRE RABHI : Je n'ai choisi aucun côté.
Quand on me demande qui je suis, je dis que je suis un habitant de la planète et que je ne veux appartenir à aucune communauté d'aucune sorte.

- CATHERINE CEYLAC : Même pendant la guerre d'Algérie ?

- PIERRE RABHI : J'avais envie que les gens soient libres.
Mais de là à faire un choix de type nationaliste, j'avais du mal.

- CATHERINE CEYLAC : A 17 ans, vous quittez l'Algérie pour vivre à Paris.
Vous allez prendre conscience de beaucoup de choses en arrivant dans la capitale.
Voici votre portrait.

- PIERRE RABHI : Je suis un petit avocat de la terre et un petit thérapeute.

- Cet homme est bien plus qu'un petit avocat de la Terre.
Paysan philosophe, il milite pour un changement radical de la société.
Objectif...

- PIERRE RABHI : La sauvegarde de la planète et celle de l'humanité.

- Son talent : savoir se faire entendre.
Il multiplie les conférences.
Salle comble à chaque fois.
Né dans le désert algérien, il arrive en France comme ouvrier spécialisé.
Mais très vite, il ressent l'appel de la Terre.
Il va acheter une ferme en Ardèche avec sa femme.
Il vit sans eau et sans électricité.
Il parvient à faire pousser de quoi faire vivre ses enfants et son troupeau de chèvres.

- PIERRE RABHI : L'engrais chimique tue le sol.

- Petit à petit, il fait école.
On le réclame pour fertiliser les terres arides d'Afrique.

- PIERRE RABHI : C'est une agriculture révolutionnaire.
C'est la seule solution pour l'avenir de l'humanité.

- Il transmet son savoir-faire à travers le monde jusqu'aux chapelles bretonnes.
Son combat devient politique en 2002.
Il en appelle à l'insurrection des consciences.
Il parle "de sobriété heureuse" comme solution pour un avenir meilleur.
Aujourd'hui, cet insurgé pacifiste continue d'écrire et de semer ses idées à travers plusieurs associations, convaincu que le monde peut encore changer.
La crise interpelle.
Force est de constater qu'il est de plus en plus suivi.

- CATHERINE CEYLAC : Lorsque vous revoyez une rétrospective de votre vie professionnelle et familiale, vous dites-vous que vous avez bien rempli votre vie ?

- PIERRE RABHI : En tout cas, merci à ceux qu'ils l'ont faite.
C'est bien fait.
Il faut beaucoup de talent pour rassembler autant d'éléments et les faire s'exprimer.

- CATHERINE CEYLAC : Michèle est très importante dans votre vie.
Vous quittez la région parisienne où vous travaillez comme ouvrier spécialisé.
Vous la rencontrez dans l'entreprise où vous travaillez.
Vous décidez tous les deux de partir en Ardèche, où vous habitez encore aujourd'hui.
Y a-t-il quelque chose ?
Est-ce lié à un cheminement ?

- PIERRE RABHI : C'est très mystérieux.
C'est pour cela que l'on dit qu'il n'y a pas d'éléments anodins.
Comment se fait-il que je vienne de loin et que je trouve cette jeune fille ?
Il y a une convergence entre nous.
On se lance dans la même aventure.

- CATHERINE CEYLAC : Pendant 13 ans, vous n'aviez pas l'électricité.
Avez-vous envisagé de renoncer ?

- PIERRE RABHI : A aucun moment.
C'est comme si on s'était évadés d'une prison.
Le salariat n'est pas forcément égal à l'esclavage.
Quelqu'un qui fait un travail qui l'accomplit, c'est ce que je veux.
Que l'humain s'accomplisse à travers son travail.
Celui qui fait un travail qui ne l'accomplit pas, qui donne sa vie gratuitement, ce n'est pas la même chose.

- CATHERINE CEYLAC : En 1981, vous travaillez au Burkina Faso pour apporter votre savoir.
Vous rencontrez Thomas Sankara.
Est-il vrai qu'il vous propose de devenir ministre ?

- PIERRE RABHI : Oui.
Quand je suis arrivé au Burkina Faso, c'était à l'appel du gouvernement pour intervenir sur l'agroécologie.
On a créé le 1er centre de formation d'agroécologie au nord du Burkina Faso dans une zone semi-aride difficile.
C'est-à-dire, les terres les plus rudes.
Nous avons démontré que l'on pouvait permettre aux paysans d'avoir des rendements importants.
C'est dans le contexte d'une aliénation des paysans.
On a poussé les paysans à utiliser beaucoup d'engrais chimiques, fabriqués par des entreprises de la pétrochimie.
Il faut 2,5 tonnes de pétrole pour une tonne d'engrais.
Quand vous demandez aux paysans pauvres d'utiliser cela, ça les ruine, ainsi que leurs sols.
Quand Sankara a vu les résultats, j'ai écrit un ouvrage sur cette question.
Ce livre a été primé.
L'agroécologie est l'approche idéale pour les pays pauvres et les autres.

- CATHERINE CEYLAC : Auriez-vous accepté si Thomas Sankara n'avait pas été assassiné ?

- PIERRE RABHI : Oui, mais on avait aussi des affinités.
Au-delà du soldat, c'était une conscience.
C'était quelqu'un d'intelligent et conscient de la condition de son pays et de son peuple.
Il était dans le désir presque missionnaire de vouloir changer les choses.
J'ai été séduit.

- CATHERINE CEYLAC : Vous travaillez toujours au Burkina Faso.
Est-ce un regret pour vous de ne pas intervenir dans votre propre pays, l'Algérie ?

- PIERRE RABHI : Je l'ai tenté.
Mais à l'époque, c'était très instable et violent.
Je ne voyais pas comment faire.
Je suis allé en Palestine, en Tunisie et dans d'autres pays.
Aujourd'hui, on a un beau programme au Maroc.

- CATHERINE CEYLAC : Bouteflika veut se représenter à l'élection présidentielle en avril.
Qu'en pensez-vous ?

- PIERRE RABHI : Je ne suis pas concerné par tout cela.
La politique n'est pas en phase avec la réalité du monde.
Comment se fait-il que l'écologie, qui est vraiment la raison d'être de tous et de notre survie, soit considérée comme une espèce de question subsidiaire, alors que c'est la question fondamentale ?
Nous évoluons vers l'extinction de notre espèce par nos transgressions.
La politique ajoute un petit machin...
C'est stupide.

- CATHERINE CEYLAC : Que pouvons-nous faire dans le sens qui est le vôtre ?

- PIERRE RABHI : Je ne me pose pas en exemple.
Je suis l'initiateur du Colibris, l'association qui a été reprise par des amis, entre autres Cyril Dion.
Le Colibris est une légende qui m'a séduit.
Le colibri s'active pour aller sauver les autres animaux.
Le tatou lui dit que ce n'est pas comme ça qu'il peut éteindre le feu qui détruit tout le monde.
Il répond qu'il le sait, mais qu'il fait sa part.

- CATHERINE CEYLAC : Nous sommes allés en Ardèche.
Au marché du mercredi.

- PIERRE RABHI : Là, il y a du poireau et de l'endive.
Quand on a acheté ce lieu, il était désertique.
Nous avons tout planté.
Compte tenu de mes occupations, j'ai renoncé à pas mal de choses, mais pas au jardinage.
C'est non négociable.
Je retrouve le rythme des saisons, la vie et la terre.
Ça me donne de l'énergie.
Là-bas, les artichauts vont arriver au printemps.
C'est tout un assortiment, mais à l'échelle de la consommation d'une famille.
On tente l'autonomie.
On produit au maximum ce que nous pouvons.
Le mercredi, c'est l'activité sacrée.
Je vais au marché.
Quand nous sommes arrivés à la campagne, les gens nous demandaient ce que l'on venait faire ici, car tout le monde partait.
On était à contre-courant.
Quand je vois l'évolution de la société, je me dis que nous avons ce privilège de vivre à la campagne.
Nous sommes heureux ici.
Pour moi, le marché est très important.
C'est là que s'exprime la société telle qu'elle est.
C'est là que je trouve le plus cette fraternité, cette simplicité.
Ça a quelque chose de presque sensuel.
Il y a si peu de convivialité dans notre société que c'est important pour cela.
Il y a des artichauts, quelques bananes.
Une partie des légumes de saison, je les produis moi-même.
Je ne les achète pas, mais j'achète aussi des légumes bio par solidarité.
J'achète uniquement bio.
Que me conseillez-vous comme poisson ?
Je ne suis pas végétarien.
Je suis très impliqué dans la condition animale.
Je me sens plus solidaire avec les gens en leur donnant des sous car ils essayent de survivre.
Je n'aime pas donner à la grande distribution.
Je suis devenu un homme public.
C'est lourd à porter.
Il faut répondre à cette demande qui n'arrête pas d'augmenter.
Je dis que je donnerais bien ma démission, mais je ne sais pas à qui.
Je suis milliardaire en simplicité.

 
- CATHERINE CEYLAC : Milliardaire en beauté de la vie.
Quelles sont les concessions que vous faites au système ?

- PIERRE RABHI : Je suis obligé de m'adapter.
Je ne roule pas en charrette.
Il faut que les innovations humaines soient en adéquation avec les besoins réels de l'être humain dans son évolution.
On n'est pas favorable au retour en arrière.

- CATHERINE CEYLAC : Vous n'êtes pas contre le progrès et la technologie ?

- PIERRE RABHI : Je ne suis pas pour qu'on fabrique des bombes atomiques.
Je ne peux pas souscrire à tout cela.

- CATHERINE CEYLAC : Vous êtes un pacifiste ?

- PIERRE RABHI : Seulement un réaliste.
L'humanité n'est pas ici-bas pour s'entretuer.

- CATHERINE CEYLAC : Ça paraît tellement simple, ce que vous nous racontez.
Quels sont les obstacles réels pour ne pas étendre ces principes de vie ?

- PIERRE RABHI : Je n'ai pas à me plaindre.
Pendant longtemps, on était aphones, mais ça s'étend.
On vit actuellement une énorme déconvenue.
Nous avons cru à un modèle qui allait nous materner, mais il abandonne tout le monde.
Perdre son travail, c'est être abandonné par un système qui nous a pris en charge jusqu'à maintenant.

- CATHERINE CEYLAC : Le chômage et la crise sont de bonnes choses ?

- PIERRE RABHI : Non, car ils sont sources de souffrances.
C'est un état de vérité qui se met en place.
Nous ne pouvons pas entretenir un système parallèle à la vie.
C'est impossible.
L'écologie prend son envergure car il ne peut pas y avoir une suite de l'histoire de l'humanité sans coopération avec l'histoire de la vie.
Ce n'est pas une question de spécialistes de l'écologie.

- CATHERINE CEYLAC : Les agriculteurs sont parfois réfractaires à l'écologie.
Comment l'expliquez-vous ?

- PIERRE RABHI : Il serait trop long de vous expliquer ce qui se passe dans la psyché et l'inconscient du paysan.
C'est celui qui a été relégué au second rang.
Il est ensuite devenu agriculteur, avec des tracteurs.
Aujourd'hui, il n'y a plus de paysans.
Ce sont des gens qui ouvrent des sacs d'engrais sur la terre.
Ils droguent la terre avec des substances et attendent des résultats.
Ils se sont éloignés des sources vives et presque sensuelles de la vie que l'on ressent quand on travaille la terre de la façon la plus proche.

- CATHERINE CEYLAC : On a rencontré quelqu'un que vous connaissez bien.
Vous avez fait des entretiens avec lui.
Il est journaliste à l'Express.
Olivier Le Naire.
On a tenté d'en savoir plus sur vous.

- C'est un petit homme et un grand humaniste.
C'est quelqu'un dont on a besoin.
On est dans un monde dans lequel les humanistes ont disparu.
Un homme comme Pierre parle d'abord de beauté, de poésie et d'humanité.
Il apporte l'antidote à tous les maux de notre société.
L'antidote de la malbouffe.
L'antidote à la souffrance, à la rentabilité à tout prix.
N'est-ce pas une utopie de s'imaginer que l'on peut continuer à utiliser les énergies fossiles alors qu'elles ne sont plus là ?
N'est-ce pas une utopie de s'imaginer que le monde entier va pouvoir avoir une voiture ?
Les utopies sont partout.
C'est si facile de dire que c'est un gentil rêveur et qu'il faut le  laisser rêver.
Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, mais Pierre est un poseur de questions.
On a besoin de ça.
Pour moi, il y a un vrai parallèle à faire avec l'Abbé Pierre.
Il fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait.
C'est un homme de conviction.
Il est proche des gens sur le terrain.
L'Abbé Pierre n'a jamais lâché.
Plein de gens ont tenté de le récupérer, tout comme on essaie de récupérer Pierre.
Ils ne se sont jamais laissé faire.
La question est de savoir qui seront les futurs Stéphane Hessel.
Pour l'instant, on ne les voit pas pointer leur nez.

- CATHERINE CEYLAC : Vous avez des points communs avec l'Abbé Pierre ?

- PIERRE RABHI : Bien sûr.
Il a réagi en son temps à un moment où la détresse était épouvantable, il est allé sur sa voie.
On a une espèce de ressemblance de conscience, d'exigence de vouloir faire pour le mieux.

- CATHERINE CEYLAC : L'éducation des enfants passe par l'enseignement ?
Par l'école ?
Où est-ce le propre des parents d'apprendre à leurs enfants ce qu'est la malbouffe, la surconsommation ?

- PIERRE RABHI : Dès qu'un enfant commence à prendre conscience du monde et de la vie, c'est là qu'intervient l'éducation.
L'éducation idéale serait de permettre à l'enfant de s'épanouir, de s'ouvrir à la vie, d'appréhender cette réalité et la faire sienne.
Mais on passe souvent par le dressage.
On détermine les valeurs.
La pire des choses, c'est quand on commence à éduquer les enfants dans la compétitivité.
Quand ils se retrouvent tous dans une école et qu'il faut se situer parmi le meilleur et le moins bon.
On prépare un enfant à être un adulte angoissé quand on fait cela.

- CATHERINE CEYLAC : Vous avez 5 enfants.
Vous ne leur avez jamais demandé de bons résultats ?

- PIERRE RABHI : Non.
Je voulais qu'ils ne perdent pas leur temps.
Ils ont eu le privilège de naître dans une ferme.
Dans un lieu où il y avait de la vie : des chèvres, des vaches, des chevaux, des arbres...
L'arbre est un être magnifique.
Il est vivant.
La terre est vivante aussi.
Les enfants qui naissent dans ce terreau-là, c'est la vie elle-même qui les éduque.
Ils voient les choses.
Quand ils ne comprennent pas, ils demandent à ce qu'on leur explique.
C'est comme ça que se fait l'éducation.
Sur le lien à la vie.
Les enfants manquent beaucoup de ce lien à la vie.

- CATHERINE CEYLAC : Un citoyen complet est celui qui est né dans un milieu rural plus qu'urbain ?

- PIERRE RABHI : Pas du tout.
Un être humain où qu'il soit est un être humain, avec sa souffrance, ses joies, tout ce qui constitue son être propre.
On peut être dans la ville et être heureux ou malheureux.
Une seule chose est importante et très difficile à obtenir, car elle est libre, c'est la joie.
Personne ne peut l'acheter.
On peut aligner tous les milliards que l'on voudra, on ne l'achète pas.
C'est avec la valeur fondamentale à laquelle nous aspirons tous qui a déshistorisé cela.
Vous pouvez voir cela chez quelqu'un qui n'a pratiquement rien.

- CATHERINE CEYLAC : Répondez-moi par pour ou contre.
Etes-vous pour ou contre le passage à l'heure d'été ?

 

- PIERRE RABHI : A titre personnel, ça me gêne.
Tout à coup, on passe d'un système à l'autre.
Je m'énerve, puis je me calme, car je ne peux rien y changer.

 
- CATHERINE CEYLAC : Pour ou contre le diesel ?

- PIERRE RABHI : J'en ai un.
Au moment où je l'ai acheté, on m'a dit que c'était le moins polluant.

- CATHERINE CEYLAC : Vous passeriez à l'électrique aujourd'hui ?

- PIERRE RABHI : Tout dépend de la source.
Si la source multiplie les centrales nucléaires, ça ne va pas m'enthousiasmer.

- CATHERINE CEYLAC : L'interdiction de la culture du maïs transgénique par la France ?

- PIERRE RABHI : Je ne peux que l'applaudir.
C'est quelque chose d'extrêmement grave qu'on est en train d'introduire avec une espèce de mollesse politique et de convention.
C'est un crime contre l'humanité.

- CATHERINE CEYLAC : La procréation médicalement assistée ?

- PIERRE RABHI : Tout ce qui est artifice, j'ai du mal.
Mais je ne peux avoir que de la compassion pour ces êtres.
Ceci dit, il y a des actes qui ne me conviennent pas.

- CATHERINE CEYLAC : Le partage du congé parental pour les hommes ?
Prendre un congé parental quand naît un enfant dans un couple et que l'on est homme, c'est une bonne chose ?

- PIERRE RABHI : La nature a fait que, dans les premiers temps de l'enfant, c'est la mère...
Je le dis car, moi-même, j'en étais jaloux.
Le père peut manquer alors que la mère ne peut pas manquer.

- CATHERINE CEYLAC : Quand elle allaite.

- PIERRE RABHI : La proximité de l'enfant avec la mère vient occuper le corps.
Elle est prépondérante par rapport à l'homme.
On le voit dans le monde animal.
Il y a un géniteur, le reste, c'est la maman qui s'en occupe.
Mais il faut savoir quel serait le choix de l'enfant s'il avait été capable de le faire.

- CATHERINE CEYLAC : Vous auriez aimé porter un enfant ?

- PIERRE RABHI : Objectivement, oui.
C'est miraculeux de porter la vie en soi.
Ça doit être prodigieux.
On se sent en marge de tout cela.
C'est un miracle.

- CATHERINE CEYLAC : Quelles sont vos failles ?
Vous paraissez si sage et attentif aux autres.
Avez-vous des faiblesses ?

- PIERRE RABHI : Je n'ai pas voulu emmener mon auréole.
J'ai mes failles comme tout le monde.
On est divisé entre l'homme engagé, où l'on a beaucoup d'énergie, et je ne sais pas trop d'où elle vient, et l'homme de 52 kilos que je suis.
Il a aussi ses hauts et ses bas.
Ce n'est pas le bonheur parfait.
On ne nage pas là-dedans.
On voit vite ses propres limites.

- CATHERINE CEYLAC : Quelqu'un de proche de vous le dit.
C'est Michèle, votre femme.
C'est tiré d'un documentaire qui s'appelle "Au nom de la terre".

- J'étais focalisé sur mes enfants et la ferme.
Ce n'était pas toujours facile.
J'ai compris que ce n'était pas un homme qui pouvait rester tout seul dans son coin, dans la ferme.
Il avait besoin de contact social.
Il s'est fait connaître et il a été amené à aller en Afrique.
J'ai toujours accepté cela, car il fait du bon travail.
Je passe sur des détails de notre vie commune, qui n'est pas toujours idyllique.

- CATHERINE CEYLAC : Vous êtes quelqu'un de difficile à vivre ?

- PIERRE RABHI : Pour moi, déjà, ce n'est pas facile.
Je me houspille beaucoup.
Quand on a un caractère passionné, on n'est pas forcément parmi les plus tendres.
Mais je ne pense pas être méchant non plus.

- CATHERINE CEYLAC : Auriez-vous accepté d'inverser les rôles : que vous restiez à la ferme à vous occuper des 5 enfants et que Michèle trace sa route comme vous le faites ?

- PIERRE RABHI : Ça implique un tempérament.
Michèle a son tempérament et j'ai le mien.
La vie nous a engagés de telle façon.
Je ne peux pas être une autre personne que celle que je suis.

- CATHERINE CEYLAC : Parmi les personnalités qui se sont ralliées à vous, il y a Edgar Morin, un homme qui a beaucoup d'exigences.
Il vous arrive d'animer des conférences ensemble et ça se termine de manière parfois lyrique et enflammée.

- Il faut faire la critique du pseudo-réalisme.
Sans arrêt, il y en a sous la croûte de la réalité.
Il y a des forces souterraines qui travaillent sans arrêt.
C'est ce que le philosophe appelait "la vieille taupe aveugle de l'histoire".
Elle creuse ses galeries.
A un moment donné, le sol qui semble stable s'effondre.

- CATHERINE CEYLAC : Edgar Morin.
C'est une belle image.
Pour frapper les esprits, il faut utiliser de telles images ?

- PIERRE RABHI : Nous sommes obligés, compte tenu de l'urgence
et de l'enjeu.
Il est considérable.
Il nous est difficile de nous taire.
Très souvent, j'aspire à cela, mais on ne peut pas.

- CATHERINE CEYLAC : Il y a des personnalités artistiques qui se sont ralliées à vous.
Je pense à Marion Cotillard, qui vous connaît bien.
Elle nous explique ce que vous lui apportez.

- J'étais très émue.
Je rencontrais une de mes idoles.
Le fait de me demander pourquoi je prenais la parole par rapport à telle ou telle chose, au-delà de mon métier, et à me poser la question de savoir si ça sert à quelque chose, j'en suis venue à la conclusion que ça ne sert pas à grand-chose.
Mais ce qui pouvait servir, c'était d'être un vecteur.
Non pas que je n'aie rien à dire, mais mes autres activités ont détourné mon attention.

- CATHERINE CEYLAC : Etre un vecteur pour une personne qui est connue pour ses films et son talent, c'est important ?
Sa parole est entendue différemment par les autres ?

- PIERRE RABHI : C'est important pour moi dans le sens où c'est une conscience.
C'est cette conscience qui est belle.
Aujourd'hui, on est dans le temps de la fédération de conscience.
Les individus sont ce qu'ils sont.
Ils sont dans leur histoire.
On est en quête, véritablement.
Je suis très ami avec la princesse de Polignac.
Ce qui nous a rapprochés, c'est la conscience.

- CATHERINE CEYLAC : Il y a également Isabel Otero.
La voici.
C'est une figure emblématique.
Vous vous connaissez bien, car vous êtes partie avec lui au Maroc récemment.
Racontez-nous comment vous vous êtes rencontrés.

- ISABELLE OTERO : J'ai rencontré la sobriété heureuse avant de rencontrer Pierre.
Je suis comédienne depuis 30 ans.
Dans ma vie, j'étais en souffrance.
Une dichotomie entre mon métier et ce que je ressentais.
Je vivais hors sol.
J'ai décidé de trouver un lieu de nature que j'ai découvert et qui m'a fait me redécouvrir.
Je suis passé du faire à l'être.
Cette expérience m'a permis de rencontrer l'homme de ma vie : Eric de Karmel.
C'est un grand ami de Pierre.
Il m'a rencontrée aussi par ce que je vivais.
Une sorte de dépouillement.
J'étais dans ce lieu de nature qui m'a rendue à la joie.
A l'époque, je faisais "Diane, femme flic".
Quand je partais là-bas, je me rechargeais en vérité.
Je me réincarnais.
En rencontrant Eric, il m'a demandé si je connaissais les textes de Pierre Rabhi.
Je lui ai dit que non.
Il m'a emmenée à une 1re conférence.
J'ai eu l'impression d'entendre ce que mon intime me disait.
J'entendais cela d'une manière tellement claire, humble, simple, que je me suis rapprochée de Pierre.
J'ai quitté ce lieu d'ermitage pour un lieu de partage, tout près de chez Pierre.

- CATHERINE CEYLAC : Dans le Gard.

- ISABELLE OTERO : Oui.

- CATHERINE CEYLAC : Quels sont vos sujets d'inquiétude sur la planète ?

- ISABELLE OTERO : Je vis dans un milieu très concerné par la nature.
L'inquiétude, c'est qu'il y a un moment où on tire le signal d'alarme.
Mais si on est trop alarmiste, les gens ne l'entendent pas.
Pierre fait bien passer ce message.
Quand il parle de fédération, c'est évident qu'il va falloir le faire.
Mais comment faire passer ce message au plus grand nombre ?
Si j'ai envie d'aller dans ce sens, c'est parce qu'on a besoin de témoins, c'est-à-dire des gens qui sont capables d'aller vers les autres et de leur dire : "Il y a quelque chose sur laquelle il faut réfléchir.
Conscientisez en votre for intérieur et allez regarder ce que c'est que la nature".
Pour beaucoup de gens, la nature, c'est une semaine au ski.
Mais le ski, c'est une nature qu'on achète.

- CATHERINE CEYLAC : Quand vous retrouvez les plateaux de télévision, et notamment les plateaux de tournage, car en 2014, on va vous voir dans une fiction sur France3, vous ne vous sentez pas étrangère à ce monde ?

- ISABELLE OTERO : Non.
Ce message peut être diffusé partout.
Je suis très proche des techniciens.
Je leur parle au moment du déjeuner.
Je leur parle de ce qu'est ma vie aujourd'hui en essayant d'enrôler les gens.
Partager et inspirer, c'est enrôler.
Pierre est aligné d'une manière exceptionnelle.
C'est pour cela qu'il touche autant.
Quand le journaliste de l'Express disait qu'il dit ce qu'il fait et qu'il fait ce qu'il dit, il est d'une probité totale.
C'est un exemple qui me touche.
Si l'on fait ce que l'on dit, les choses avancent et s'alignent.
Les choses viennent à vous, l'ouverture se fait.

- CATHERINE CEYLAC : On sème et on récolte.

- ISABELLE OTERO : Oui.
Et aussi dans le sens de l'amour.
En étant dans une forme d'ouverture du cœur...
C'est ce qui s'est passé au Maroc.
Ce sont souvent les femmes qui génèrent ce genre de projet là-bas.
L'amour qu'il y a pour Pierre là-bas est exceptionnel.
On se dresse pour elle, pour la terre, pour la liberté.
Il s'agit de libérer les paysans et les dignités.

 
- CATHERINE CEYLAC : Merci pour ce témoignage.
Vous êtes resplendissante.

- ISABELLE OTERO : C'est normal.
Je ne vis plus hors sol.

- CATHERINE CEYLAC : Je vais vous demander un exercice.
On va aller au Dos à dos.
Le moment le plus heureux de votre vie ?

- PIERRE RABHI : Quand je me suis marié.

- CATHERINE CEYLAC : Le plus malheureux ?

- PIERRE RABHI : Quand j'ai été orphelin.

- CATHERINE CEYLAC : Si vous étiez président de la République, quelle serait votre 1re mesure ?

- PIERRE RABHI : Une mesure qui ne fonctionnerait pas, car je serais obligé de renoncer à la croissance économique indéfinie.

- CATHERINE CEYLAC : Le meilleur prétexte pour refuser une invitation ?

- PIERRE RABHI : Que mon médecin me l'a interdit.

- CATHERINE CEYLAC : Votre geste le moins écolo ?

- PIERRE RABHI : Rouler en voiture.

- CATHERINE CEYLAC : La plus belle chose que vous ayez faite par amour ?

- PIERRE RABHI : Quand j'enseigne l'agriculture écologique.

- CATHERINE CEYLAC : S'il ne vous restait que 5 euros en poche, qu'en feriez-vous ?

- PIERRE RABHI : Je les donnerais à un mendiant.

- CATHERINE CEYLAC : Votre principale addiction ?

- PIERRE RABHI : Le thé vert.

- CATHERINE CEYLAC : Que feriez-vous si vous étiez invisible le temps d'une journée ?

- PIERRE RABHI : Je prendrais un balai et je balaierais les rues.

- CATHERINE CEYLAC : La maladie que vous redoutez le plus ?

- PIERRE RABHI : Alzheimer.

- CATHERINE CEYLAC : Le luxe que vous vous autorisez ?

- PIERRE RABHI : Mon jardin.

- CATHERINE CEYLAC : Il y a quelqu'un qui vous attend.
Pendant une heure, il a exercé son talent.
Il vous a écouté attentivement et sagement.
Il a composé ce texte qu'il va vous interpréter avec beaucoup d'humour.
C'est du 2e ou 3e degré.

- EMMANUEL DONZELLA : Bonjour, Catherine et Pierre.
Ravi de vous rencontrer.
Vous m'avez beaucoup inspiré.

- CATHERINE CEYLAC : Vous savez tout sur Pierre.

- EMMANUEL DONZELLA : Oui.
J'ai bien compris.
J'ai envie de véhiculer à ma manière.

- CATHERINE CEYLAC : Prouvez-le.

- EMMANUEL DONZELLA : Il faut sortir du capital.
Il faut sortir de la spirale.
Et comme le dit Pierre Rabhi, repensons notre économie.
Libérons-nous du matériel.
 
Sonnerie de téléphone

- EMMANUEL DONZELLA : Pardon.
Je réponds, c'est mon banquier.
Revendez, mon vieux !
Vous êtes payé pour ça.
Prenez des parts dans l'usine en Chine.
Oui, avec des enfants.
Ça a de l'avenir.
Je vous laisse.
Excusez-moi.

Il faut retrouver les valeurs.
De la nature et des fleurs.
Il faut semer avec amour.
C'est ce que dit Pierre dans ses discours.
Et respectons notre planète.

Sonnerie de téléphone

- EMMANUEL DONZELLA : Allô ?
Comment ça, ça ne pousse pas ?
Pulvérisez de l'engrais chimique.
On s'en fout, que ce soit des pesticides.
Le but est un beau jardin pour cet été.
Pardon.

Nous sommes des cons maternés.

Sonnerie de téléphone

- EMMANUEL DONZELLA : Je travaille.
Je suis à "Thé ou café".
Va acheter une télé pour ce soir.

- CATHERINE CEYLAC : Emmanuel, revenez avec nous.

- EMMANUEL DONZELLA : Je suis en parfaite harmonie avec Pierre Rabhi.

- PIERRE RABHI : Merci.

- EMMANUEL DONZELLA : Ca vous plaît ?

- CATHERINE CEYLAC : Je n'ai rien compris.

- PIERRE RABHI : C'est la "recroissance".

- CATHERINE CEYLAC : On vous verra au Café de la gare, Emmanuel ?
En fin de semaine ?

- EMMANUEL DONZELLA : Oui.
Toute la semaine.
Du mercredi au dimanche.
Et ça s'appelle "La maîtresse en maillot de bain".

- CATHERINE CEYLAC : Et c'est très drôle.

- EMMANUEL DONZELLA : Sans rancune.

- PIERRE RABHI : Pas de problème.

- CATHERINE CEYLAC : Je voudrais signaler à ceux qui nous regardent vos livres : "Vers la sobriété heureuse".
Il y a 100 millions de livres pilonnés chaque année.
Quel gâchis.

- PIERRE RABHI : Oui.
Un gros gâchis.

- CATHERINE CEYLAC : Vous y contribuez peut-être.

- PIERRE RABHI : Mon éditeur semble content.
Il semble que ces bouquins aient une audience.

- CATHERINE CEYLAC : Je voudrais saluer celui qui est exposé sur notre plateau.
C'est Pascal Honoré.
Il expose à la galerie Claudine Legrand dans le 6e arrondissement de Paris.
Ses toiles sont des espaces clos peuplés de fouillis végétaux.
Son œuvre est un lieu de résistance tranquille.
Nous l'avons choisi car il vous apprécie beaucoup et il souhaitait être présent sur ce plateau physiquement et par l'intermédiaire de ses toiles.
Samedi prochain, Isabelle Carré sera avec nous.
Le lendemain, nous serons avec Pierre Bergé.
Vous pourrez regarder les bonus avec Pierre Rabhi sur le site de notre émission.

C'était un bonheur de vous accueillir sur notre plateau.
On a appris beaucoup de choses.
Continuez cette quête.
Et continuez à éveiller les consciences.
On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro.
Passez une belle semaine.
Qu'elle soit lumineuse.
Bonne journée et bonne semaine.
Au revoir.
Merci, Pierre.

FIN



 


Arte - Mardi 25 février 2014 : Pierre RABHI

Mardi 25 février 2014 - Arte - Emission "28 minutes"

Passage de Pierre RABHI...

Photo de Conscience de L'Être.

 

 

L'émission en replay sur Internet :
http://www.myskreen.com/emission/societe/4509134-28-minutes/ (39'52) [Cette émission n'est plus disponible !]

Le Best Of du 25 février 2014 : http://28minutes.arte.tv/blog/emission/best-du-mardi-25-fevrier/ [Cette émission n'est plus disponible !]

PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :

Aujourd'hui, nous vous proposons de (re)voir un invité que vous avez particulièrement apprécié : l'écologiste Pierre Rabhi, chantre de la décroissance, qui nous a raconté son combat pour l'écologie solidaire.
Nous reverrons aussi des extraits de notre interview de Nicolas Hulot puis, en changeant totalement de thème, nous rediffusons les meilleurs moments de nos débats sur l'Ukraine, la Russie de Poutine, les relations européo-turques et celles franco-allemandes.

TRANSCRIPTION ÉCRITE D'UNE PARTIE DE L'ÉMISSION :

à environ 5 minutes jusqu'à environ 9 minutes

Votre association s'appelle Le Colibri, allusion à cette légende amérindienne où un petit colibri essaie avec quelques gouttes d'eau d'éteindre le feu de forêt. Allez-vous pouvoir éteindre l'incendie de la planète ?

PIERRE RABHI : Ce serait vaniteux de ma part de croire que je peux changer la planète à moi tout seul. Le rapport entre les humains et la planète est erroné.
L'humain est devenu dangereux pour la planète, destructeur de ce à quoi il doit à sa propre continuité.
On est allé très loin dans l'absurdité.
L'idée n'est pas de changer la planète à nous tout seuls, mais de questionner la possibilité de mettre en accord la conscience humaine avec la réalité à laquelle elle doit irrévocablement la vie.
A partir du moment où un système détruit la multiplicité de ses cultures et qu'il envahit le territoire des autres en le confisquant presque légalement et en érigeant un modèle spectaculaire, il est évidemment facile à ériger si on peut drainer les ressources de toute la planète.

GUILLAUME ROQUETTE : Ce modèle a sorti des milliers de personnes de la pauvreté.
Il y a beaucoup moins de famines aujourd'hui qu'il y en avait il y a 100 ans.

PIERRE RABHI : Ne faisons pas d’occidentalo-centrisme.
Les famines n'ont pas diminué.
Dans certains pays du tiers-monde, la famine est en progression continue.
Il y a de plus en plus d'enfants qui meurent de faim.

GUILLAUME ROQUETTE : En Chine, il y a eu l'émergence d'une classe moyenne qui était avant dans une extrême pauvreté.

PIERRE RABHI : C'est très difficile d'expliquer les choses en quelques minutes.
Vous abordez un sujet immense.
Quand on me dit que la faim dans le monde est due à la surpopulation, je bondis.
Ce n'est pas les ressources qui manquent.
Un cinquième de la population constituée de nantis consomme 4 cinquièmes des ressources produites sur la planète.
Je ne suis pas pour la prolifération illimitée de l'humanité.
Mais l'équation selon laquelle la faim dans le monde est due à la surpopulation est fausse.
Je fais partie des nantis qui mangent à leur fin.
Les ventres pleins ont ce genre de théorie.
Mais les ventres vides ne sont pas d'accord.

ELISABETH QUIN : Aucun monothéisme na n'a envisagé la question environnementale et écologique, à part Saint-François-d’Assise et le pape François.
Comment l'expliquer ?

PIERRE RABHI : Je ne me l'explique pas.
Quand on prend les religions monothéistes, toutes ont une affirmation et un credo fondamental : la Terre a été créée par Dieu.
A partir de là, elle est sacrée.
Je m’offusque de la voir polluée et dégradée.
C'est contre une œuvre de Dieu.
Ça relève de la profanation.
On supprime le caractère sacré des choses.
Il y a quelque chose qui me surprend.

...

 




 

"LE VRAI PROGRÈS, C'EST LA DÉCROISSANCE"
avec Pierre RABHI

Mercredi 18 décembre 2013 - Arte au Magazine de 20h : "28 minutes"


 

Présentation de l'émission :
http://www.youtube.com/watch?v=RcN2wkG3i7w (1’21)

 

 


PRÉSENTATION DE L'ÉMISSION :

"Comment l'humanité a-t-elle pu passer à côté de ce privilège qu'elle avait de vivre sur une planète vivante qui lui offrait absolument tout ?"
C'est la question existentielle que se pose l'agriculteur, penseur et écrivain, Pierre Rabhi dans "Semeur d'espoirs".
Un long entretien dans lequel ce grand défenseur de l'homme et de la terre, chantre de la "sobriété heureuse" et de la décroissance, nous livre son analyse sur des thèmes aussi variés que la religion, l'éducation ou le nucléaire, pour nous pousser finalement à "prendre conscience de notre inconscience".

 

TRANSCRIPTION ÉCRITE DE L'ÉMISSION (en partie) :

 

à partir de 27 secondes :

… Tout d'abord, place à Pierre Rabhi, apôtre de l’agroécologie depuis 50 ans, paysan philosophe, le gourou de José Bové et de Marion Cotillard.
Il est avec nous ce soir.
Pape vert ou graine de star ?
Bonsoir, Pierre Rabhi

. Êtes-vous une graine de star ?
Vous êtes devenu un gourou, quasiment.

PIERRE RABHI : Je n'ai absolument pas cherché à le devenir.
Je ne suis pas du tout dans cette posture.
Mais quand les gens réagissent à ce que vous proposez, ça vous satisfait et ça vous encourage.

ÉLISABETH QUIN : Je vous présente nos chroniqueurs.
On vous retrouve juste après l'Expresso moulu aux sentiments équitables.

{diffusion d’un film}

- Pierre Rabhi est algérien devenu français, musulman devenu catholique, employé de banque devenu poète, cancre devenu cerveau de l’agroécologie. Un mutant. Et comme dans tout bon scénario de fin du monde, le mutant a une mission. La sienne est de sauver la planète et donc l'humanité qui s’y trouve, grâce au jardinage.

PIERRE RABHI : Quand on peut jardiner, c'est un acte politique et de résistance.

- Le jardinage, c'est le pistolet laser de l'individu face au système.
Vade retro Monsanto et ton agriculture d’apocalypse.
Meurs, malbouffe javellisée.
Prends ça, pesticide cancérigène, légume de l'enfer arrivé en avion cargo, OGM qui asservit les paysans, monoculture qui spolie le tiers-monde et lui interdit de subvenir à ses propres besoins.
Dans cette guerre de religion, les Béton-Burger-Bagnole contre les Bois-Bio-Bicyclette, Pierre Rabhi a choisi sa tranchée.
Depuis son QG ardéchois, le stratège entend rendre son intégrité et son honneur à Mère nature, violée sans relâche depuis 50 ans, et prépare la reconquista de l'utopie sur le cynisme.
Vive le printemps arable !

{Fin de la diffusion du film}

ÉLISABETH QUIN : Thibaut Nolte s'est déchaîné pour 2 personnes cette année, le pape François et vous.
C'est un signe.
Vous croyez encore en l'utopie ?
Plus que jamais ?

PIERRE RABHI : Heureusement. Tout dépend de l’étymologie de l'utopie.
Le monde a toujours évolué avec des utopistes.
Les utopistes transgressent les règles établies qui nous pétrifient dans des conventions.
L'utopiste dit que faire autrement c’est possible.
C'est un non-lieu de tous les possibles.
C'est indispensable pour l'humanité.

ÉLISABETH QUIN : Quand on prend le mot humus, le mot humain et le mot humanité, il y a des racines communes ?

PIERRE RABHI : L'humus se produit par une voie chimique naturelle.
Les déchets sont recyclés et avec cet humus, la vie est relancée.
Là où meurt l'humus, la vie s'est éteinte lentement.

ÉLISABETH QUIN : Vous êtes un humaniste ?

PIERRE RABHI : C'est la même racine.
Rien ne se perd, tout se transforme.

- GUILLAUME ROQUETTE : Où est le levier qui va vous permettre de changer le monde à partir de cette écologie basique ?
On a le sentiment qu'il y a quelque chose d'inutile dans tout ça.
Vous avez créé l'association Le Colibri.

PIERRE RABHI : C'est vaniteux de croire que je puisse changer la planète à moi tout seul.
Le rapport entre les humains et la planète est un rapport erroné.
Aujourd'hui, l'humain est devenu dangereux pour la planète.
Donc destructeur de ce à quoi il doit sa propre continuité.
Y a-t-il une possibilité de mettre en accord la conscience humaine par rapport à une réalité humaine à laquelle elle doit irrémédiablement la vie ?

ÉLISABETH QUIN : Dans les années 1970, les écologistes aux États-Unis faisaient du terrorisme.
Ce n'est pas ce que vous faites.
On dit de vous que vous faites ce que vous dites.

PIERRE RABHI : Si je n'avais pas la possibilité d'incarner les utopies concrètement, je m'arrêterais de parler.
Est-on en mesure de proposer à la société dans son évolution des éléments tangibles qui rentrent dans les impératifs d'existence et de survie ?
Aujourd'hui, c'est comme si on était sur un bateau et que tout le monde discourait pour savoir comment éviter qu'elle se noie.

ÉLISABETH QUIN : Comment agir dans le sens de la décroissance, de la sobriété heureuse ?

PIERRE RABHI : L'Europe a généré une idéologie.
La première victime de cette idéologie a été l'Europe.
Les voyageurs voyaient des communautés organisées selon leur créativité les siècles passés.
L'Europe se serait asphyxiée si elle n'était pas allée conquérir les territoires des autres.
Je suis né en Algérie du Sud.
À l'époque, j'apprenais que mes ancêtres étaient les Gaulois.
Si ce n'est pas de l’endoctrinement, qu'est-ce que c'est?
Des sociétés détruisent leur culture, drainent les cultures des pays qu'ils ont conquis.

- GUILLAUME ROQUETTE : Mais ce modèle a sorti une centaine de millions de personnes de la très grande pauvreté.
Il y a aujourd'hui beaucoup moins de famine qu'il y a 100 ans.

PIERRE RABHI : Ne faisons pas occidentalo-centrisme. 
Il y a de plus en plus d'enfants qui meurent de faim.
C'est très difficile d'expliquer les choses en quelques minutes.
Le sujet aborde est immense. 
Quand on me dit que la faim dans le monde est due à la surpopulation, je bondis.
Un 5ème de la population de nantis consomme les 4/5èmes des ressources de la planète.
Je ne suis pas pour la prolifération illimitée de l'humanité, mais l'équation selon laquelle la faim dans le monde est due à la surpopulation est fausse.
 Je fais aussi partie des nantis qui mangent à leur faim.
C'est les ventres pleins qui ont ce genre de théories.
Mais les ventres vides ne sont pas de cet avis-là.

ÉLISABETH QUIN : Vous avez grandi musulman et vous est devenu catholique.
Dans votre livre "Semeur d'espoirs", vous dites qu'aucun monothéisme n'a envisagé la question environnementale.
Comment l’expliquez-vous ?

PIERRE RABHI : Je ne me l'explique pas.
Quand on prend une religion monothéiste, elles ont tout un credo fondamental : la terre a été créée par Dieu.
À partir de ce moment -là, elle est sacrée.
Je m’offusque de la voir polluée et dégradée.
Ça devrait être une fulmination terrible contre l'œuvre de Dieu.
On entre dans la profanation, c'est-à-dire supprimer le caractère sacré des choses.

ÉLISABETH QUIN : Vous publiez "Semeur d'espoirs".
Vous donnerez une conférence demain au Théâtre du Palais-Royal.
Merci, Pierre Rabhi.

 

Fin à 11 minutes...

 

Sur Youtube, présentation de l'émission :
http://www.youtube.com/watch?v=RcN2wkG3i7w (1’21)

Revoir l'émission en replay :
http://www.arte.tv/guide/fr/049880-067/28-minutes [émission non disponible, seulement la description]




France 5 - Mardi 29 octobre 2013 : Pierre RABHI
... militant du goût et de la
"sobriété heureuse"...
"Méditerranées XXI"

Mardi 29 octobre 2013 - France 5 à 21h45 : Méditerranées XXI - Méditerranée à la recherche du goût perdu

Pierre RABHI... militant du goût et de la "sobriété heureuse"

Photo

 

L'émission en vidéo sur Internet... jusqu'au 5 novembre 2013 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/mediterranees_xxi_,91075963.html (51'46) [Cette émission n'est plus disponible !]


THÈME DE L'ÉMISSION :

...

Tout autour de la Méditerranée, des aventuriers du goût expérimentent, pour leur bonheur et celui de leurs proches, un art de vivre et de produire des aliments savoureux, en rupture avec l'actuelle détérioration des saveurs et le gaspillage des ressources agricoles que provoque l'agro-industrie.
Ces militants du goût et de la «sobriété heureuse», selon l'expression de Pierre Rabhi, sont de plus en plus nombreux.
Le film va à la rencontre, dans le sud de la France, en Italie ou en Grèce, de quelques-uns de ces résistants à la folie de l'agriculture industrielle et d'une alimentation gaspilleuse.

 

TRANSCRIPTION ÉCRITE D'UNE PARTIE DE L'ÉMISSION :

- Une autre expérience du bonheur qui a le goût de l'olive, chère Athéna, est celle de PIERRE RABHI.
 Né au Sahara, ouvrier métallurgiste à Paris, il choisit, avec sa femme, dans les années 60, de vivre du travail de la terre dans le Midi de la France. Confronté à une terre pauvre, aride, il adopte des méthodes qui en font un des pionniers de l'agriculture biologique.
-Ça tombe facilement parce que c'est mûr.
-Nous n'envisagions pas de créer une famille et d'élever nos enfants dans les conditions que nous avons connues dans la banlieue parisienne. Ils ont été élevés ici.

-Ces choix d'être ici, dans la proximité de la nature, dans un lieu magnifique, ont primé dans notre choix de vie.
Une philosophie qui est : comment rentrer dans la désaliénation.
Parce que l'homme moderne est aliéné.
Je ne suis pas né pour le Produit national brut.
Ma mère ne m'a pas mis au monde pour que je stimule le PNB !
C'est ce qui a été revendiqué en 68.
Je suis né pour vivre.
Ce que je recherche sur terre, c'est à être heureux, admiratif de la vie.
J'ai une approche poétique des choses.
Quand je regarde la nature et qu'elle est belle, ça nourrit quelque chose en moi.
Ça donne de la jubilation.
Donc, quand on est arrivés dans ce lieu, c'est l'écoute.
Ce lieu, qu'est-ce qu'il me propose ?
Et on est dans les saveurs. il propose etc., etc. Ca, le milieu a l'air de dire: "Tu peux y aller !"
On a planté des oliviers car le lieu s'y prête.
On a des figuiers.
J'ai l'intention de multiplier toutes ces variétés qui sont méditerranéennes et qui résistent très facilement, qui sont adaptées au climat.

-Cet art de vivre fondé sur une adaptation au milieu est le fruit d'un refus initial, décisif.

-Quand j'ai été un ouvrier agricole et que j'allais travailler dans des exploitations agricoles dans lesquelles on utilisait des organophosphorés, toutes sortes de produits toxiques qu'on mettait dans l'environnement, évidemment, ça a été une protestation.
Si l'agriculture, c'est ça, je ne ferai pas l'agriculture. Je ne suis pas venu pour massacrer la vie.
C'est comme ça que j'ai découvert la biodynamie à travers Steiner, etc.
A partir de ce moment-là, l'approche agronomique qui était faite, qui reposait sur la lucidité, la pleine compréhension des lois de la vie, et comment tirer parti sans porter atteinte à la vie, moi ça, ça m'a convenu.
J'ai été parmi les premiers à prendre le risque de cette agriculture bio qui maintenant prend beaucoup d'ampleur.

Et plus loin :

-Une idée est en train de naître: moins c'est mieux. Le bonheur est à ce prix.
L'autolimitation revendiquée par Pierre Rabhi pour  son troupeau de chèvres est en harmonie avec le choix raisonné de nombreux nouveaux paysans qui cultivent peu pour cultiver mieux et plus sainement.

...


Et encore plus loin :

-"Max et les locavores."
Je suis tenté, chère Athéna, d'intituler ainsi mon rapport.
Mais j'ai mieux encore! "Pierre et les abeilles."
L'abeille est le paradigme du paradigme méditerranéen.
D'abord, c'est une Iocavore.
Elle butine dans un rayon de 3 km.
Et puis elle ne produit jamais plus que ses besoins l'exigent.
Symbole parfait de la sobriété heureuse proposée par Pierre Rabhi. 

-Pour faire face à la croissance économique, j'avais proposé la décroissance.
Mais la décroissance reste...
J'aurais été brûlé vif au Moyen Age.
C'est un blasphème de parler de décroissance aujourd'hui.
Le politique ne pense que par la croissance et il ne voit pas que c'est la croissance qui est le problème.
La croissance n'est pas la solution.
C'est à cause de la croissance qu'on ravage la planète, qu'on veut faire des sous avec la forêt amazonienne, avec les ressources de la mer.
On liquide des humains pour un meilleur gain en productivité.
Tout ça, c'est pour la croissance.
On pense que c'est la solution alors que c'est le problème.
J'ai parlé de la décroissance, mais je parlerai maintenant La modération comme fondement du paradis nouveau.

 


REMARQUE :
Le site "Télé Scoop" présente aussi une transcription de cette émission au lien :
http://telescoop.tv/browse/355591/1/mediterranees-xxi.html?q=Pierre+Rabhi






Canal +, samedi 26 octobre 2013 : Pierre RABHI
L'incroyable destin de l'enfant du désert algérien
"Salut les Terriens"

Samedi 26 octobre 2013 - Canal + à 19h : Salut les Terriens

Pierre RABHI - L'incroyable destin de l'enfant du désert algérien

 

L'émission en vidéo (19'05) sur Canal +, revoir l’émission :
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3350-c-salut-les-terriens.html?vid=960519

Veuillez installer Flash Player pour lire la vid&eacute;o
 



TRANSCRIPTION ÉCRITE DE L'ÉMISSION :

On se retrouve après la pub avec le Zapping, Gaspard Proust et notre invité du samedi 20h.
Ce soir, c'est Pierre l'invité du samedi 20h.
C'est Pierre Rabhi, le petit immigré algérien devenu le pape de la décroissance.
A tout de suite.

THIERRY ARDISSON :

Rebonsoir les Terriennes, rebonsoir les Terriens.

Nous sommes en compagnie d’Edwy Plenel, Florent Philippot.

Nous accueillons notre invité du samedi 20 h. 

Pierre Rabhi, bonsoir.

Au début des années 60, vous arrivez d’Algérie.

Plutôt que d'aller à l'usine, pour goûter aux choix de la modernité, vous décidez de vous installer en Ardèche dans une ferme sans eau courante, sans électricité.

Un demi-siècle plus tard, vous êtes devenu mondialement célèbre.

Vous donnez des conférences, vous faites des films.

Vous êtes le pape de la décroissance et un Terrien extra.

Dans un instant, Gaspard Proust.

...

Début à 7'environ :


On passe maintenant à notre invité du samedi 20h.
Jingle Les Gréements de Fortune. 

 

THIERRY ARDISSON :

Pierre Rabhi, rebonsoir.

Vous êtes né le 29 mai 1938, à Kenadsa, une oasis algérienne aux portes du Sahara.
Votre père est forgeron, votre mère est femme au foyer et votre maman meurt quand vous avez 4 ans.

Vous n'avez même pas une photo d'elle.

C'est terrible, de ne pas avoir d'images. 

PIERRE RABHI :

Oui, parce que nous avons besoin de nous situer ou de voir quel est l'être qui nous a mis au monde.

On a la sensation d'être clandestin parce qu'on n'a pas connu la personne qui vous a donné la vie. 


THIERRY ARDISSON :

A la mort de votre mère, votre père endosse le rôle de maman auprès des 5 enfants du couple. 

PIERRE RABHI :

Il épouse une autre femme.

Donc, il reconstitue un foyer.

Mais on est dans une configuration différente.

THIERRY ARDISSON :

Votre père était forgeron mais il jouait du luth, il jouait du violon, il écrivait des poèmes.

Vous dites que c'est une divinité, pour vous.

PIERRE RABHI :

Oui.

Le souvenir que j'en ai, c'est un être d'exception. 

THIERRY ARDISSON :

Au début des années 1940, votre père est obligé de travailler dans les mines de charbon exploitées par des entreprises françaises.

Tous les soirs, il rentre à la maison couvert de poussière noire.

Là, du noble forgeron, vous ne voyez finalement qu'un homme asservi par le système.

Est-ce que c'est de là que naît votre insoumission ? 

PIERRE RABHI :

Je pense que oui.

Parce que la notion d'aliénation entre un homme libre, forgeron, qui fait chanter l'enclume, qui, le soir, chante, réjouit les autres, anime et qui finit par devenir quelqu'un qui rentre tous les soirs souillé de charbon, je pense que cette image, disons que cette anecdote n'est pas anodine dans les choix que je ferai plus tard.

THIERRY ARDISSON :

Pour vous assurer un avenir plus doux, à l'âge de 6 ans, votre père vous confie à un couple de Français.

Il veut que vous ayez le savoir des Européens pour vous préparer à affronter le monde moderne.

C'est un incroyable sacrifice, de se séparer de son enfant pour son bien. 

PIERRE RABHI :

C'est aussi une preuve d'amour. 

THIERRY ARDISSON :

Vous êtes donc accueilli par ce couple de Français, catholiques, sans enfant.

Lui est ingénieur, elle est institutrice.

Vous découvrez la brosse à dents, mais pas que ça.

Vous commencez à vous poser des questions : qui a raison ?

Est-ce que c'est la tradition, est-ce que c'est la modernité ?

Vous commencez, très jeune, à vous intéresser aux philosophes.

PIERRE RABHI :

Parce que ce sont ceux vers lesquels on va pour essayer d'avoir une réponse aux questions fondamentales que nous avons.

THIERRY ARDISSON :

Vous venez de fêter vos 15 ans quand votre père adoptif est muté à Oran.

C'est à 750 km de chez vous.

Vous hésitez à partir, à quitter votre région.

Mais votre père biologique tranche.

Il vous dit: "Vous y allez.". 

PIERRE RABHI :

Je ne lui en ai jamais voulu, parce qu'il le faisait dans une intention d'amour. 

THIERRY ARDISSON :

Quel incroyable amour, bien sûr. 

PIERRE RABHI :

Ça a été très difficile pour lui. 

THIERRY ARDISSON :

Vous dites: ”Toutes les amarres sont rompues, à partir de ce moment-là.

PIERRE RABHI :

Absolument. 

THIERRY ARDISSON :

A ce vous commencez à vous intéresser aux Evangiles et vous êtes bouleversé, et il y a de quoi, par le message d'amour de Jésus-Christ : « Aimez-vous les uns les autres. »

PIERRE RABHI :

C'est une vibration, une puissance, que chaque être humain a en lui et qui représente véritablement une énergie. 

THIERRY ARDISSON :

Vous décidez de vous convertir au christianisme.

Vous passez votre temps à la cathédrale d’0ran.
Vous servez la messe, etc.
Et vous n'arrivez pas à en parler à votre famille. 

PIERRE RABHI :

Je pouvais paraître un peu comme quelqu'un qui aurait trahi. 

THIERRY ARDISSON :

Voyant que vous ne retournez plus au village, votre père biologique décide de venir à Oran.

Là, il vous découvre impeccablement habillé, avec des gants beurre frais à la main, parce qu'à l'époque, on portait les gants à la main.

Vous allez au théâtre, à l'opéra, vous écoutez de la musique classique. 

PIERRE RABHI :

Je suis en train de devenir, véritablement, un petit Occidental. 

THIERRY ARDISSON :

Ce jour-là, votre père vous demande de rentrer.

Mais vous ne rentrez pas. 

PIERRE RABHI :

Oui.

Je prends une option définitive parce que je ne pouvais pas être écartelé entre mes 2 cultures.

L'écartèlement, on ne peut pas tenir longtemps comme ça.

THIERRY ARDISSON :

Vous restez.

Vous ne reverrez plus jamais votre père.

Vous n'irez pas à l'enterrement. 

PIERRE RABHI :

Non.

Même pas.

THIERRY ARDISSON :

En 1958, en pleine guerre d’Algérie, un jour, vous êtes avec votre père adoptif en train d'écouter à la radio une allocution du maréchal Juin.

Et là, on ne sait pas trop pourquoi, vous faites remarquer à votre père adoptif que le maréchal Juin a une voix un peu féminine.

Et l'autre, qui est un gaulliste de la première heure, qui était menacé de mort, d'ailleurs, à l'époque, pour des raisons politiques, réagit très violemment.
Très très violemment d'ailleurs.

Il vous dit : « Demain, je ne veux plus te voir à la maison. »

Il vous vire.

PIERRE RABHI :

Réaction tout à fait irrationnelle mais que j'ai comprise, parce que c'était un gaulliste inconditionnel, au milieu du monde de l'0AS etc.

Sa voiture avait été plastiquée.

Il était menacé de mort.

Et j'ai compris ce qu'on appelle "la goutte qui fait déborder le vase".

Ensuite, on rentre dans un monde d’irrationalité. 

THIERRY ARDISSON :

Pierre, est-ce que vous lui avez pardonné ?

PIERRE RABHI :

Tout à fait. 

THIERRY ARDISSON :

Vous prenez un paquebot pour la France.

Vous arrivez à Paris en 1959.

Vous devenez ouvrier spécialisé à la Someca.

Et là, vous découvrez l'entreprise, la hiérarchie, les horaires fixes, les pointeuses... 

PIERRE RABHI :

C'est là où la fréquentation des philosophes vous amène à vous interroger sur les différentes conjonctures.

Moi, ma conclusion, c'était que l'homme était aliéné par la modernité.

Et que donner toute sa vie en échange d'un salaire, ça ne me convenait pas du tout.

Je considérais que ma vie valait plus qu'un salaire.

Et quand on parle de l'aliénation, c’est-à-dire de ce qu'on pourrait appeler un "itinéraire d'incarcération de l'être humain", je me suis dit qu'il y a incarcération puisque, de la maternelle à l'université, on est enfermé.

Ensuite, tout le monde travaille dans des grandes boîtes, des petites boîtes, etc.

Même pour s'amuser, on va en boîte.

On y va comment ?

Dans sa caisse. Et il y a la boîte à vieux en attendant la dernière boîte que je vous laisse deviner. 

THIERRY ARDISSON :

C'est quand même dans cette entreprise que vous allez rencontrer l'amour en la personne de Michelle.

Et c'est là que, en 1961, en pleine période des Trente glorieuses, vous décidez d'aller à contre-courant de l'exode rural.

L'exode rural, c'est Jean Ferrat, ”La Montagne".

Et vous allez vous installer en Ardèche, avec Michelle.

C'était en 1961, c’est-à-dire 7 ans avant les utopies de 1968, qui ont libéré tout ça. 

PIERRE RABHI :

Je vais la terre et je vais me rapprocher des sources de la vie, c’est-à-dire la nature.

Et comment je vais faire ?

Je vais devenir paysan. 

THIERRY ARDISSON :

Vous décidez de vous installer en Ardèche.

Quand vous découvrez l'agriculture ardéchoise, vous êtes effondré par l'utilisation des engrais.

Vous dites : « 0n est dans une guerre chimique contre la nature ». 

PIERRE RABHI :

On était dans cette ambiance de poison, poison que l'on met dans la terre avec les engrais chimiques, poison que l'on répand dans l'environnement.

Donc, on n'était pas dans une voie qui me convenait parce que je n'étais pas venu pour déclarer la guerre à la vie. 

THIERRY ARDISSON :

Vous vous intéressez désormais à l’agroécologie, c’est-à-dire traiter la terre avec l'humus, en la préservant, en la respectant surtout.

Et vous découvrez ce que vous appelez la ”sobriété heureuse", qui est une espèce de morale, pour vous, finalement.

Au début, vous êtes obligé de faire plein de petits boulots. Heureusement, vous faites des fromages. Ça vous aide quand même beaucoup.

Et après 1968, les idées changent et beaucoup de stagiaires commencent à vous découvrir, à venir du monde entier.

Et la ferme commence à marcher.

Cette agroécologie, vous allez l’exporter en Asie, au Burkina Faso.

Vous partez souvent.

Vos enfants regrettent un peu de ne pas vous voir.

Mais enfin, c'est pour la bonne cause.

Mais vous partez quand même.

Et en 2002, vos amis vous poussent à vous présenter aux présidentielles.

Et là, vous parlez de décroissance.
Une civilisation, dites-vous, de la modération. 

PIERRE RABHI :

Aujourd'hui, tout le monde affirme que l’agroécologie est la seule façon de résoudre le problème de la faim dans le monde.

L’agroécologie peut nourrir absolument tout le monde, le Nord, le Sud, partout, partout.

Elle prend en compte le fait que rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

Donc, qu'elle entretient la vie.

D'un côté, on a une agriculture qui produit et détruit et ne peut pas produire sans détruire.

Et de l'autre côté, vous avez l’agroécologie, qui produit non seulement sans détruire mais régénère, comme je l'ai fait au Sahel, avec des sols difficiles. 

THIERRY ARDISSON :

C'est une thérapie de la terre, finalement. 

PIERRE RABHI :

Chaque fois qu'un paysan est formé à cela, il participe à la paysan est formé à participe à la régénération des sols, à la régénération de l'environnement. 

THIERRY ARDISSON :

Avant de se quitter, je voudrais dire que vous êtes aussi à l'origine du mouvement des colibris.

Je voudrais que vous nous racontiez l'histoire des colibris.

PIERRE RABHI :

Aujourd'hui, vous savez très bien qu'on est dans une espèce de marasme, dans l'incertitude totale par rapport au futur. 

Dans cette situation-là, très souvent, on dit que c'est l’Etat, la politique, c'est je ne sais pas quoi, qui est responsable, le bouc-émissaire. 

J'ai eu la chance de tomber sur un petit compte amérindien qui dit qu'un jour, il y a eu un grand incendie de forêt.

Tous les animaux étaient atterrés, découragés. 

Et le petit colibri, ce petit oiseau tout gracile, presque insignifiant mais très beau, il va prendre quelques gouttes d'eau dans son bec, il les jette sur le feu et il s'active.

Le tatou, qui est là, le regarde depuis un bon moment.

Il lui dit: "Colibri, tu n'imagines quand même pas que c'est avec ça que tu vas éteindre le feu?"

Il le regarde en face et lui dit: « Je le sais mais je fais ma part ». 

THIERRY ARDISSON :

« Je fais ma part. »

Ça sera le mot de la fin.

Je rappelle le titre du dernier livre qui vous est consacré : "Pierre Rabhi, semeur d'espoir", entretien avec Olivier Lemaire chez Actes Sud.

Merci d'avoir été avec nous. Ça nous fait du bien. 

PIERRE RABHI :

Merci beaucoup. 


Fin à 18'environ :

PLUS D’INFORMATIONS :

REVOIR L'ÉMISSION sur Canal + :
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3350-c-salut-les-terriens.html?vid=960519 (19'05)

 

LE LIVRE :

‘‘Pierre Rabhi, semeur d'espoir’’, traduit et commenté par Philippe Cornu.
Acheter le livre : http://www.amazon.fr/Pierre-Rabhi-semeur-despoirs-Olivier/dp/233002357X (17,10 €)


REMARQUE :
Le site "Télé Scoop" présente aussi une transcription de cette émission au lien :
http://telescoop.tv/browse/352499/salut-les-terriens.html?q=Pierre%20Rabhi



 


France 2 - Jeudi 24 octobre 2013 : Pierre RABHI paysan philosophe
"Complément d'enquête"

Jeudi 24 octobre 2013 - France 2 à 22h15 : Complément d'enquête

Pierre RABHI, paysan philosophe

 

L'émission en vidéo (20'10) sur Dailymotion, revoir l’émission :

http://www.dailymotion.com/video/x16fpzn_pierre-rabhi-etre-heureux_news


Pierre Rabhi ?•°*”˜˜”*°•.¸Etre heureux... by Lucia_Ducrot


TRANSCRIPTION DU SOUS-TITRAGE ÉCRIT DE L'ÉMISSION :

 
On commence par le portrait d'un prophète moderne, même s'il n'aime pas qu'on l'appelle comme ça. C'est Pierre Rabhi
 Il a passé son enfance en Ardèche. Il raconte tout cela dans un livre. Il parle de la sobriété heureuse. Si vous voulez tweeter, vous pouvez tout au long de l'émission.
- Les terres de l'Ardèche ont la réputation d'être arides, rocailleuses, difficiles. Pierre Rabhi a pourtant choisi de s'y installer il y a plus de 50 ans. Ce pays, il le connaît par cœur. Cet après-midi d'octobre, il a donné rendez-vous à une vingtaine de personnes tout en haut de cette colline. C'est là qu'il a installé les locaux de son association, Terre et Humanisme. Le rituel est toujours le même. Ça commence par une prise de contact avec les stagiaires.
Pierre Rabhi : Bonjour.
- Il y a du monde, pour vous accueillir, aujourd'hui.

PIERRE RABHI :

Merci.

- Ils sont venus de France, d'Europe, d'Afrique, pour rencontrer leur maître à penser et apprendre sa discipline : l'agroécologie, ou comment cultiver la terre en la respectant. Avant d'attaquer leur stage pratique d'une semaine, les élèves ont droit à une leçon inaugurale. A 75 ans, Pierre Rabhi n'est pas seulement un paysan éclairé. C'est aussi un philosophe.


  • PIERRE RABHI :
Je ne vais pas vous apprendre qu'à cultiver. Ce qui m'intéresse, c'est que dans cette action, vous appreniez les techniques conformes à une perception qu'on a de la vie. Et en même temps, la philosophie de la modération. C'est de savoir comment trouver l'équilibre pour éviter tout ce qui ruine la planète.

- Voilà ce que prône Pierre Rabhi : agir pour rééquilibrer la planète, refuser le superflu et peut-être accéder ainsi au bonheur.


  • PIERRE RABHI :
Cette exigence sur ce qu'on peut appeler le bonheur, certains sont prêts à renoncer à des prérogatives et à des situations sociales enviables parce qu'ils n'ont pas le bonheur.

- Pour la pratique, Pierre Rabhi passe le relais. En fin d'après-midi, c'est cours de potager.

- Nous allons semer des petits pois.

- Ici, on fait même pousser des petits pois en octobre sans engrais. A l'école Rabhi, on trouve des solutions directement dans la terre.

- Voilà les beaux nodules. Quand on va couper la plante, ça va reprendre de l'azote et ça va servir à la culture suivante.

- Ça remplace quoi ?

- L'engrais.- Chez toutes ces personnes, l'influence de Pierre Rabhi va au-delà de Ieur jardin. Elle a modifié leur quotidien.

- On ne consomme plus dans les supermarchés, petit à petit. On se déplace à vélo.

- C'est mon père spirituel. Déjà, prôner la sobriété heureuse, c'est une belle expression.

- Pierre Rabhi et sa sobriété heureuse. Cela fait 50 ans que cet homme aux allures de vieux sage prêche le même discours du fin fond de son Ardèche. Aujourd'hui, enfin, le public l'écoute. Depuis quelques années, le paysan philosophe est reçu partout. Sur les plateaux télés à l'étranger ou en France, sur le canapé rouge de Michel Drucker , aux côtés de son ami Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot :
C'est d'abord une rencontre. Il fait partie des gens qui m'aident à me structurer.

- Ce mois-ci, Pierre Rabhi publie son 16e livre. Parmi ses lecteurs fidèles, Clémentine Celarié , la chanteuse Zaz, le philosophe Edgar Morin ou encore Marion Cotillard.

Quelles sont ses recettes pour vivre heureux tout en respectant la planète ? Comment ce paysan ardéchois d'origine algérienne est-il devenu un guide en l'espace de quelques années ? Au départ, Pierre Rabhi   ne savait pas où s'installer. C'est un médecin de campagne qui lui parle de cette ferme dans les Cévennes.  Pierre Rabhi l'achète en 1951. Un pari fou.


  • PIERRE RABHI :
Quand nous sommes arrivés, cet espace était désert. Il n'y avait pas un seul arbre.

- Le désert, il connaît. Il est né dans le Sahara. Alors qu'il est enfant, son père veuf le confie à une famille française. En 1954, la guerre d'Algérie éclate. Le petit musulman converti au christianisme est tiraillé. «k * - En plusieurs endroits, une série d'attentats ont été commis.
- A la maison, une dispute l'oppose à son père adoptif. Il est chassé de chez lui. Arrivé à Paris à 18 ans sans diplôme, son seul choix, c'est l'usine.


  • PIERRE RABHI :
Je prenais le métro et un autobus. J'allais travailler toute la journée dans le tintamarre, dans cette espèce d'effervescence. Je troquais ma vie contre un salaire qu'on me donnait pour besogner toute ma vie au produit national brut et aller mourir après.

- Cette expérience va nourrir sa réflexion et déterminer le reste de sa vie. Dans cette usine, il rencontre sa future femme, Michèle. Elle partage le même constat : le jeune couple décide de changer de vie.


  • PIERRE RABHI :
Voilà. C'est notre période de fiançailles. C'est comme ça qu'on a pris la décision folle de quitter Paris pour devenir des paysans. On a vécu 13 ans sans électricité. On a vécu 7 ans avec peu d'eau. Le Crédit agricole ne voulait pas nous prêter d'argent en disant qu'il ne voulait pas nous aider à nous suicider.

- Pendant 10 ans, c'est la survie. Alors que la France connaît les Trente glorieuses et découvre la consommation, Pierre et Michèle Rabhi apprennent la sobriété et le respect de la terre. Ils cultivent bio, sans engrais. Une révolution, à l'époque.

- A force de travail, leur terrain est fertile.


  • PIERRE RABHI :
Ici, on avait des tomates. On en a ramassé énormément. Il y a encore un reliquat. Ici, c'est des aubergines.
C'est une espèce de distinction par les entrepreneurs. J'ai déclaré que j'étais milliardaire.

- En quoi ?

  • PIERRE RABHI :

En éléments qui ne se négocient pas. On peut s'acheter des yachts, des avions privés, mais on ne peut pas s'acheter la joie de vivre.

- La joie de vivre, Pierre Rabhi en aurait trouvé le secret. Pas étonnant que son discours attire des milliers de personnes. A Liège, en Belgique, le palais des congrès a toujours accueilli des hommes prestigieux. Ce soir, c'est au tour de Pierre Rabhi. Une heure avant le début de la conférence, les spectateurs sont déjà installés. Il ne reste plus une place. Les 2.000 ont été vendues. A quelques pas de là, Pierre est dans sa chambre d'hôtel.
Caroline, sa collaboratrice, a prié le philosophe de se reposer avant sa performance. Le conférencier achève de se préparer pour son auditoire. Pas de nœud papillon, juste son éternel pantalon à bretelles.

- Vous n'avez jamais le trac ?


  • PIERRE RABHI :
Si, toujours. Ça fait partie des choses Surtout quand on a affaire à des sages. On ne sait pas trop ce qu'on va dire.

- En réalité, le discours du paysan est bien rodé. Il a déjà donne des dizaines de conférences et chaque année, on lui en propose plus de 300. Le public le sait, c'est un conteur ne. Le thème des conférences peut varier, mais il y a toujours une petite histoire fondamentale que Pierre raconte chaque fois. La légende amérindienne du colibri.


  • PIERRE RABHI :
Un jour, il y a eu un grand incendie de forêt. Tous les animaux étaient découragés face au désastre. Par contre, le petit colibri, tout petit oiseau insignifiant, va prendre quelques gouttes d'eau dans son bec. Il les jette sur le feu et il s'active. Il va chercher une goutte d'eau et la jette sur le feu. Le tatou, qui l'observe depuis un bon moment, s'énerve et lui dit : "Colibri, tu ne penses quand même pas que c'est avec cette goutte d'eau que tu vas éteindre le feu ?" Le colibri lui répond : "Je le sais, mais je fais ma part".

- Comme chez La Fontaine, chaque fable a sa morale. Et en donne les sous-titres.


  • PIERRE RABHI :
Les politiques, les multinationales, ça ne va pas. Faisons quelque chose.

- Après 2 heures de discours, le marathon continue.
- Merci du fond du cœur.
- On peut avoir une photo ?
- Un bain de foule et des autographes par centaines pour des spectateurs transcendés par son discours.
- Malgré vos 52kg, vous êtes un poids lourd. Merci beaucoup.
- Je peux passer à votre ferme ?


  • PIERRE RABHI :
Pourquoi pas.

- C'est un peu une idole. Pour beaucoup de jeunes, cela peut représenter beaucoup de choses. Au niveau de plein de sujets dans la société.

- Que venez-vous chercher auprès de Pierre Rabhi ?

- Un sens à la vie.

- Vous êtes une rockstar ?


  • PIERRE RABHI :
J'espère que non. Je refuse totalement ce genre de choses.

- Ni gourou ni prophète, mais mentor. De sa légende, Pierre Rabhi a créé le mouvement Colibris. Sur Internet, les citoyens sont appelés à agir ensemble autour de thématiques variées comme la communication. De petits groupes de Colibris se sont créés partout en France. Il n'est pas nécessaire d'habiter en rase campagne pour appliquer les principes de Pierre Rabhi. En banlieue parisienne, Anne-Marie a décidé de faire sa part, elle aussi. Comme tous les autres Colibris en France, elle doit demander aux citoyens ce dont ils rêvent comme école pour leurs enfants.

- Quelle est votre vision de l'école idéale ?

- Une école qui prend en compte les enfants et qui est centrée sur les

- Magnifique. Merci beaucoup.

- S'emparer des problèmes, proposer des solutions au lieu de se plaindre, c'est l'esprit Colibris à l'œuvre.

- Il y aura des milliers de témoignages, plus on a du poids.

- Cet esprit, Anne-Marie l'a appliqué à sa vie professionnelle. Après des années dans un grand groupe de cosmétiques, elle a lancé sa propre crème bio. Sa façon de faire a changé les choses. Pour le moment, elle ne se verse aucun salaire. Demain, elle espère en vivre. Elle espère surtout que son action sera bénéfique pour la planète.

- Je me suis dit que plutôt que de partir au Darfour, dans une O.N.G., j'allais faire quelque chose avec le souci de l'autre.

- A sa petite échelle, Anne-Marie a le sentiment d'agir en accord avec ses valeurs et ça fait son bonheur. En 50 ans de combat, Pierre Rabhi a fait de nombreuses émules. Il croit qu'une autre société plus juste et équilibrée est possible. Il croit surtout qu'elle est nécessaire.


  • PIERRE RABHI :
On n'aura pas le choix. On va arriver dans un chaos épouvantable dans la peur et la désorganisation. C'est le chacun pour soi, le sauve-qui-peut. Ça risque de tomber dans une espèce de chaos général.

- Sa mise en garde est prise de plus en plus au sérieux. Après l'Europe et l'Afrique, son discours sera bientôt entendu en Asie. La Corée du Sud s'apprête à traduire les livres du petit paysan philosophe de l'Ardèche.

Benoît Duquesne :
Après ce reportage, bienvenue dans la Tour 13. Nous sommes dans ce bâtiment complètement incroyable. Il y a des gens qui font la queue depuis 6h du matin pour visiter cet endroit qui va être détruit. C'est un endroit sûr. Il était habité par les plus grands rois du street art du monde entier qui sont venus ici, comme l'artiste qui a fait cette pièce. Ils sont venus à la demande d'un galeriste qui a eu l'idée de repeindre cette tour avant qu'elle ne soit détruite. C'est un spectacle et une œuvre éphémère. Elle va être détruite le 30 octobre. Les gens sont amenés à la visiter avant qu'il ne reste plus rien, si ce n'est un film, puisqu'il y aura un film sur cette aventure. 

Pierre Rabhi , bonjour.


  • PIERRE RABHI :
Bonjour.

Benoît Duquesne :
Merci de nous avoir rejoints dans cette Tour 13. Vous avez 75 ans. Vous décrivez dans "Semeur d'espoir" la sobriété heureuse. C'est votre grand combat. Des gens se précipitent dans vos conférences. Ça fait quoi, d'être une sorte de prophète ?


  • PIERRE RABHI :

Je n'ai rien fait pour devenir ce que je suis devenu. J'ai simplement choisi mon propre chemin, ma propre philosophie concrète. Je ne suis pas dans les proclamations théoriques des choses. A partir de là, on ne sait pas ce que réserve la suite. Il y a une écoute, aujourd'hui. Ça n'a pas toujours été le cas.

Benoît Duquesne :
 Vous dites qu'au début, on ne s'intéressait pas à vous et que vous passiez pour un original. Maintenant, vous êtes presque le Messie. Ce n'est pas vous qui le dites.


  • PIERRE RABHI :
La conjoncture, sur le plan général, c'est de savoir si l'humain est sur le chemin juste. A-t-il été sur un chemin pérenne ou met-il en route un processus de sa propre élimination ? Par moment, on a l'impression qu'il met en route globalement un processus d'élimination.

Benoît Duquesne :  
Qu'est-ce que la sobriété heureuse ?


  • PIERRE RABHI :
En 2002, je me suis présente aux élections présidentielles. C'était après l'insurrection des consciences. Il y a eu un grand blasphème. Aujourd'hui, on ne jure que par la croissance.

Benoît Duquesne :  
Vous annonciez la décroissance.
Encore aujourd'hui ?


  • PIERRE RABHI :
Il faut plutôt parler de la sobriété heureuse ou de la puissance de la modération. Partons sur l'idée que la planète est limitée et qu'il faut ajuster l'histoire de l'humanité à la réalité planétaire.

Benoît Duquesne :  
Vous prenez le tabou de la croissance. On nous la vend tous les jours à la télévision et dans les journaux. C'est la mère de toutes les vertus. Et de l'emploi.


  • PIERRE RABHI :
C'est pour la croissance qu'on détruit les forêts. C'est pour la croissance qu'on aliène l'individu. La croissance économique, c'est cette boulimie insatiable qui aboutit au contraire de ce qu'elle a à produire. Elle doit produire de la justice, mais produit la dégradation de notre système.

Benoît Duquesne :  
Les pays émergeants sont dans une croissance incroyable. Ils ne vont pas nous attendre.


  • PIERRE RABHI :
Si chaque Chinois et chaque Pakistanais vit à l'échelle où nous vivons, objectivement, la planète ne peut pas répondre. Mettons en route un ordre différent. Ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Il faut mettre en perspective le fait qu'il est impossible d'entretenir le système dans lequel nous sommes et qu'il faut mettre en route intelligemment un processus qui nous amènera à cette sobriété heureuse.

Benoît Duquesne :  
C'est la clé du bonheur pour vous ? Vous parlez de bonheur intérieur.


  • PIERRE RABHI :
Le bonheur, c'est très complexe. Des gens ont soi-disant tout pour être heureux et ne le sont pas. Je vais en Afrique, dans les villages les plus reculés, et les gens n'ont plus aucune occasion pour être joyeux. Le bonheur n'est pas une chose qu'on peut acheter. En fait, c'est le bien suprême après lequel tout le monde court. Mais en le repoussant. On n'y arrive jamais.

Benoît Duquesne :   
Et vous dites que ce n'est pas dans la surconsommation qu'on va le trouver…

 


REMARQUE :
Le site "Télé Scoop" présente aussi une transcription de cette émission au lien :
http://telescoop.tv/browse/353956/6/complement-d-enquete.html?q=pierre%20rabhi

 





Pierre Rabhi et son action

Un article de "Échos verts", publié le 18 avril 2014

Un article de "Échos verts" publié le 18 avril 2014 au lien :
http://echosverts.wordpress.com/2014/04/18/celebrer-la-terre-avec-pierre-rabhi/

Célébrer la Terre avec Pierre Rabhi

 

Le 22 avril sera célébrée la Journée mondiale de la Terre, l’occasion idéale de vous parler d’un homme qui l’honore et la protège au quotidien à travers chacune de ses initiatives, ses gestes et ses paroles: Pierre Rabhi.

Je suis à la fois fascinée et émue par ce septuagénaire dont la sagesse rappelle celle de Gandhi, la détermination celle de Mandela, et l’engagement celui de Martin Luther King et j’avoue qu’il y a un an, je n’avais encore jamais entendu parler de cet homme plus connu en France qu’ailleurs. Pourtant, le message humaniste et les solutions écologiques de cet agriculteur, écrivain, et philosophe français d’origine algérienne ont un caractère universel et méritent d’être entendus et appliqués aux 4 coins de la planète.

C’est lors d’une conversation avec Tintan et Tachou que j’avais interviewés suite à leur retour d’un voyage à vélo de 463 jours à travers l’Eurasie que j’ai entendu parlé de Pierre Rabhi pour la première fois, et depuis, je découvre petit à petit son univers, sa vision du monde et de la vie, ses efforts et ses accomplissements à travers ses écrits.

Même si beaucoup d’entre vous connaissent déjà ses oeuvres et sa philosophie, j’avais envie de profiter de la Journée mondiale de la terre, pour le présenter à ceux qui le connaissent encore peu ou pas du tout et vous faire part à tous d’une sélection de ressources que j’ai trouvées intéressantes pour en savoir plus à son sujet.

De l’Algérie à la France

Pierre Rabhi est né à Kenadsa en Algérie en 1938. Orphelin de mère à l’âge de 4 ans, son père décide de le confier à un couple de français un an plus tard. Il grandit alors à Oran qu’il quittera pour Paris en 1960. C’est là qu’il rencontre Michèle qui deviendra son épouse et auprès de qui naîtra le désir de s’éloigner de la vie urbaine pour se rapprocher de la terre. Le jeune couple, sans sou ni expérience agricole, mais plein de rêves et d’espoir s’installe alors en Ardèche. Petit à petit, Pierre Rabhi acquiert les connaissances et l’expérience nécessaires pour cultiver leurs terres et en vivre et il devient l’un des pionniers de l’agroécologie en France.

L’agroécologie

L’agroécologie mériterait un article à elle seule et peut-être que je vous en parlerai quand j’aurai lu le Manuel des jardins agroécologiques. Pour Pierre Rabhi, l’agroécologie est à la fois une pratique agricole et une étique de vie valorisant des cultures respectueuses de l’environnement et de la biodiversité, les ressources naturelles locales et privilégiant la qualité plutôt que la quantité. Pour Terre et Humanisme, l’une des associations initiée par Pierre Rabhi, l’agroécologie a pour objectif la souveraineté alimentaire et la sauvegarde de notre terre nourricière.

Les associations

Pierre Rabhi fait donc partie de diverses associations, toutes fondées sur des valeurs promouvant l’humanisme et l’écologie.

Terre et Humanisme, comme décrit sur son site, “œuvre pour la transmission de l’agroécologie comme pratique et éthique visant l’amélioration de la condition de l’être humain et de son environnement naturel”. Basée en Ardèche, l’association accueille des bénévoles, organise des formations allant de la permaculture à la cuisine végétarienne, en passant par l’apiculture.

Colibri a d’après leur mission, pour objectif d’”Inspirer, Relier et Soutenir tous ceux qui participent à construire un nouveau projet de société”- leurs domaines d’action sont donc très variés et incluent notamment la publication du magazine Kaizen, la création de forums citoyens, la facilitation de la création d’AMAP.

Le Hameau du Buis et la ferme des enfants, se trouvent dans le sud de l’Ardèche et c’est à la fois un espace d’accueil écologique qui offre des formations, une école fondée et dirigée par Sophie Rabhi Bouquet, et un éco-village où vivent des familles et des individus de différentes générations.

Les Amanins est un centre écologique qui “expérimente l’auto et l’éco-construction, l’autonomie énergétique, l’autonomie alimentaire, et l’autonomie économique”, autour de l’école du Colibri, d’une ferme, d’un centre d’accueil. On peut y suivre différents stages, découvrir la ferme et même y organiser desséjours à thèmes.

La légende du colibri

Le fondement et le fonctionnement de chacune de ces associations reflète toute l’importance et le sens de la légende du colibri à laquelle se réfère si souvent Pierre Rabhi:

 

“Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit: “Colibri! Tu n’es pas fou? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu?”. “Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.”

Pour en savoir plus…

Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir passer par l’Ardèche et de profiter de toutes les opportunités d’apprentissage, de rencontres et de réflexions offertes par ces différentes associations. Il existe néanmoins de nombreux films, ouvrages et émissions aussi passionnants qu’enrichissants que toute médiathèque intelligemment fournie devrait avoir dans ses rayons et que l’on peut aussi facilement trouver en librairie. Il y a également plusieurs ressources pédagogiques à télécharger gratuitement sur les sites des associations et d’innombrables articles et émissions radio/télévisées disponibles en ligne. Et comme elles sont justement innombrables, voici une sélection de celles que j’ai lu/vu et que je vous recommande.

Film

Au nom de la Terre: ce film-documentaire nous permet de partir à la rencontre de Pierre Rabhi et de certaines des personnes qui ont influencées et qui partagent sa vie, dont sa femme Michèle. A travers le regard de la caméra, on suit Pierre chez lui, on l’entend s’exprimer au cours de conférences, de voyages, de formations et on découvre les graines vertes qu’il a semées sur les terres et dans les esprits de divers horizons…

Livres

La part du colibri: dans ce petit livre d’une cinquantaine de pages que j’ai dévoré en moins d’une heure, Pierre Rabhi soulève des questions qui le tourmentent et la première qu’il pose est la suivante: “Comment se fait-il que l’humanité, en dépit de ressources planétaires suffisantes et de ses prouesses technologiques sans précédent, ne parvienne pas à faire en sorte que chaque être humain puisse se nourrir, se vêtir, s’abriter, se soigner et développer les potentialités nécessaires à son accomplissement?”. À travers ses réponses, la solution semble évidente: il est primordial de se détacher du matérialisme et d’avancer vers la décroissance. Ce livre est un condensé efficace des questions que l’on devrait tous se poser et qui devraient amener chacun d’entre nous à regarder notre société et notre quotidien d’un oeil plus critique.

Vers la sobriété heureusedans cet ouvrage (que je n’ai pas terminé), Pierre Rabhi propose justement de réfléchir aux bienfaits d’un quotidien plus simple et plus sain pour soi, pour la société et pour la planète. Pour lui, la sobriété heureuse est “un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité”. Une belle source d’inspiration.

Semeur d’espoirs: ce livre est le résultat de trois jours de discussions “coeur à coeur” entre Pierre Rabhi et le journaliste Olivier Le Naire qui lui pose des questions sur son parcours, son application de l’écologie, l’actualité et sa vision de la vie. À travers ses réponses, Pierre Rabhi nous confie des idées personnelles et intimes. J’ai particulièrement apprécié ce  format questions-réponses qui m’a donné le sentiment de faire partie de la conversation et m’a poussé à trouver mes propres réponses à certaines questions de Le Naire. Et je me suis beaucoup retrouvée dans l’une des réponses de Rabhi au sujet de la cohérence: “Je ne dis pas que je suis cohérent, ce serait prétentieux, car j’ai comme chacun d’entre nous mes contradictions (…). Mais la quête de la cohérence, c’est aussi celle de l’équilibre afin de mettre autant que possible en harmonie sa vie quotidienne avec sa conscience et ses convictions.”

La légende du colibri: ce livre CD pour enfants raconte très joliment la fameuse légende qui deviendra peut-être un jour une histoire universelle que tous les enfants connaîtront par coeur…

Émissions télévisées

La grande librairie avec Pierre Rabhi et J-M Le Clézio: au cours de cet échange d’une heure diffusé récemment, l’auteur mauricien et Pierre Rabhi partagent leur point de vue sur le bonheur, leur relation à la Terre, la vie et discutent des liens entre la philosophie de Rabhi et les histoires de Le Clézio. Un échange forcément intéressant quand on apprécie les deux auteurs!

“Faut pas croire”- Plaidoyer pour la Terre avec Pierre Rabhi: pour petit aperçu rapide de Pierre Rabhi, cette émission de 11 minutes vous donnera une idée de son lieu de vie, de quelques unes de ces belles idées et de ses questions pertinentes: “Est-ce que l’homme a besoin de la nature? OUI. Est-ce que la nature a besoin de l’homme? NON. Donc Une fois qu’on a compris ça, ça inspire le comportement qu’on doit avoir avec les fondements de la vie.”

Voilà donc quelques unes des ressources que je vous invite à découvrir pour en savoir plus sur Pierre Rabhi, son travail et sa philosophie, pleins de sens, de sagesse et d’espoir pour vivre en harmonie sur Terre…





 

 

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