Télévision - Soufis : une série de quatre émissions autour de la spiritualité et de la mystique musulmanes.
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TV - Islam : Soufis

VIDÉOS ET TRANSCRIPTION ÉCRITE DES ÉMISSIONS - PRÉSENTATION

- 07.09.2014 - Islam : "Les grandes confréries soufies" 1ère partie :
LA RÉVÉLATION CORANIQUE ET SA TRANSMISSION À TRAVERS LES GRANDES CONFRÉRIES SOUFIES
Ce premier volet explore la Révélation coranique et sa transmission à travers les grandes confréries soufies.

- 14.09.2014 - Islam : "Les grandes confréries soufies" 2ème partie :
LA GRANDE CHAÎNE DES CONFRÉRIES
Cette seconde partie déroule la grande chaîne des confréries qui ont marqué de leur empreinte l'histoire du soufisme et de la mystique musulmanes.

- 21.09.2014 - Islam : "Les grandes confréries soufies" 3ème partie :
LES GRANDES FIGURES MYSTIQUES
Cet épisode évoque les grandes figures qui ont nourri et inspiré les courants mystiques dans le monde islamique.

- 28.09.2014 - Islam : "Les grandes confréries soufies" 4ème partie :
Dernier volet de la série consacrée à la richesse et à la diversité de la spiritualité et des courants

PRÉSENTATION :

 

Dossier relatif aux émissions de télévision concernant le domaine de la santé et pour réfléchir !

Il s'agit de comprendre comment la télévision nous renvoie les informations relatives à la santé et de réflexion.

Les transcriptions écrites sont faites avec l'aide des sous-titres.
- Site de Télé Scoop pour les scripts des sous-titres : http://telescoop.tv/



 

Islam - "Les grandes confréries soufies"
1ère partie :
La Révélation coranique et sa transmission à travers les grandes confréries soufies.

France 2 - Islam - Dimanche 7 septembre 2014 à 8h45

Ce premier volet explore la Révélation coranique et sa transmission à travers les grandes confréries soufies.

Revoir le documentaire VFSTF sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x25fdtc (29'31)


Islam : "Les grandes confréries soufies" 1/4... par conscience33

Revoir sur le site internet de France 2 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/islam_,108810402.html



PRÉSENTATION :

L'émission fait sa rentrée avec une série de quatre émissions autour de la spiritualité et de la mystique musulmanes.

Ce premier volet explore la Révélation coranique et sa transmission à travers les grandes confréries soufies.

Présenté par Abderrahim Hafidi


TRANSCRIPTION ÉCRITE DU DOCUMENTAIRE :

Présentation par Arlette Tempier :
- "lslam" inaugure la rentrée avec une série de 4 émissions sur la place de la spiritualité et de la mystique dans la foi musulmane.
Le premier volet nous ramène aux sources premières de cette spiritualité.

L'émission :

ABDERRAHIM HAFIDI :-Bonjour. Bienvenue sur le plateau de "lslam".
Nous allons consacrer 2 émissions aux grands courants du soufisme, cette tradition qui plonge ses racines dans l'héritage du Prophète de l'islam.
Nous allons vous y introduire avec nos 2 invités que je vais vous présenter.
Qu'est-ce que le soufisme ?
Quelle est son origine ?
Quelles évolutions a-t-il connu ?
Ce sont là des questions que nous allons poser à nos deux invités que nous remercions de venir nous parler plus préciséent du soufisme.
nos invités.
K. Bentounes, bonjour.

-Bonjour.

-Merci d'être là.
Vous êtes un grand leader de l'Alawiyya, dont le siège se trouve à Mostaganem.
Vous avez écrit beaucoup d'ouvrages sur le soufisme.
Faouzi Skali, vous venez de Fès, vous êtes connu pour être un membre de la confrérie Butchichya, au Maroc.
Vous êtes fondateur du festival de la culture soufie à Fès.
Nous parlerons de ce qu'est le soufisme et de son évolution.
Avant cela, regardez ce document préparé par Boualem Gueritli.
Il nous introduit dans les origines du soufisme.

DOCUMENT

-Pour les musulmans, le Prophète Mohammed était, de son vivant, l'incarnation du message coranique dans sa dimension rituelle et spirituelle.
Pour les adeptes du soufisme, le Prophète aurait initié Abu Bakr, ami et 1er calife de l'islam, et Ali, son cousin et gendre, au secret de l'élévation spirituelle et de la quête du sens caché du message coranique.
Abu Bakr et Ali seraient les premiers à transmettre la tradition soufie.
Puis elle s'est incarnée dans les premières grandes figures mystiques telles que Abu Dhar AI Ghifari, Salman al-Farisi, Rabia al Adawiyya, donnant naissance à ce qui allait devenir le soufisme.
Tout au long de l'histoire, le monde musulman connaîtra des guides et maîtres incarnant une démarche spirituelle et s'inscrivant dans la tradition du Prophète Mohammed, la source ultime.

FIN DU DOCUMENT

-Il a été dit dans ce document qu'à l'origine, le Prophète est le modèle de la tradition soufie.
Comment tout cela a commencé ?

CHEIKH KHALED BENTOUNES, GUIDE SPIRITUEL :-Cela a commencé avec la quête même du Prophète.
Quand il a reçu la révélation, il méditait dans une grotte.
C'est en cela que démarre une révélation et une transmission spirituelle.
Mais bien avant le Prophète, puisqu'on parle des hunafa au temps du Prophète...
Le Coran en parle et parle de Sidna Ibrahim el Khalil comme un hanif, incarnant ce monothéisme, cette relation a l'absolu.
Donc le Prophète est l'héritier d'un message spirituel que tous les prophètes se sont transmis.
Et voilà que le Prophète, dans sa méditation à la caverne de Hira, rentre en tant que Mohammed, en tant qu'être humain, et ressort avec un message.
Ce message, c'est d'abord la spiritualité.
Et il va le transmettre a travers un enseignement qui s'incarne dans un corps qui est, disons, l'aspect théologique, l'aspect du droit, ce qu'on appelle la charia. Mais ce corps a un cœur.
Ce cœur, c'est l'essence même de ce message.
Ce n'est pas une nouvelle religion.
C'est la continuité de la religion de Moïse, de Jésus, d'Abraham et adamique, à l'origine.
C'est une continuité dans l'espace et dans le temps, pour nous.

-Comment cette continuité va s'incarner dans une nouvelle ère de l'islam ?

FAOUZI SKALI, ANTHROPOLOGUE :-Un cycle de la révélation.
Nous savons que, de prophète en prophète, il y a des cycles qui s'adaptent a leur époque, aux lieux, aux mentalités.
Et il y a ce dernière message du Prophète qui est universel : il n'y aura pas d'autre prophète.
Donc il y a une universalité de ce cycle-là.
Mais aussi avec l'idée que cette spiritualité s'accorde avec le fait qu'elle puisse sortir des lieux monastiques.
Nous ne sommes pas dans le monachisme, mais dans la société.
Comme disait l'émir Abd EI Kader, "La société est mon désert et mon ascèse est la conformité".
Suivre la loi et la vie normale.
On est la dans le vécu.
Beaucoup de soufis étaient des artisans, des gens intégrés dans leur milieu, professionnellement et dans leur relation aux autres.
Le message prophétique s'adapte à cette forme de spiritualité.

-Le mot "soufisme" est polysémique.
A quoi renvoie le mot "soufisme" ?

-Ça fait débat.
Les uns font référence à la pureté, à "safa", "pureté" en arabe.
D'autres le ramènent à ce groupe, Ahl al-Suffa, qui était à Médine, qui vivait proche du Prophète, à la mosquée, dont la place existe toujours aujourd'hui dans la mosquée.
Elle est surélevée d'une marche.
Nous rencontrons aujourd'hui encore tous les grands représentants de la tradition soufie en ce lieu.
On a toutes les nouvelles des grandes voies soufies du monde en y allant.
Peu importe le terme.
Les soufis ne se sont pas nommés ainsi.
C'est peut-être le regard extérieur qui a voulu les désigner comme des gens qui étaient dans une perspective et dans une quête d'une pureté intérieure pour pouvoir incarner cette relation et cette tradition qu'a laissé le Prophète de l'islam après lui jusqu'à nos jours, de maître à élève, dans une continuité, une chaîne.
Donc le soufisme...
Chez les soufis, on ne dit pas "Je suis soufi", mais "moutaçawwif".
On n'a pas cette prétention de se dire soufi.
On dit "Je m'approche de cet état".
Le soufisme n'est pas un nom, c'est un état d'être.

-Le Prophète a transmis cela a ses compagnons.
Comment cette transmission s'est-elle réalisée ?

-C'est quelque chose de tout à fait naturel, dans une religion, qu'il y ait un aspect rituel, un aspect de la pratique extérieure. mais le but n'est pas simplement les rites.
Le but, c'est la transformation intérieure : se rendre meilleur de tous les points de vue.
Si on a l'envie ou la jalousie en soi, on la transforme en bienveillance et en générosité.
Si on n'est pas sincère, on va faire en sorte d'installer l'état d'être de la sincérité.
Donc c'est tout à fait dans le continuum nécessaire de la religion.
D'ailleurs, un des hadiths auquel on se réfère très régulièrement est le hadith de Jibril qui a institue l'islam en 3 degrés: l'islam, le iman et l'ihsan.
L'islam, ce sont les pratiques rituelles, les arcanes de l'islam. L'iman, c'est la foi.
C'est plus subtil, plus abstrait. L'ishan, c'est l'excellence du comportement, la volonté d'être meilleur.
En arabe. "Comme si tu Le voyais. Car si tu ne Le vois pas, Lui te voit".
Nous sommes dans ce continuum.
Le Prophète a dit : "C'était Jibril, l'ange Gabriel qui est venu vous enseigner votre propre religion."
Ce n'est pas si mystérieux. C'est une nécessité spirituelle inscrite au cœur de la religion.

-Le Coran est, d'une certaine façon, le corps originel de ce soufisme.

-Le Coran et la Sunna.
D'autant plus qu'on a des preuves du vivant même du Prophète.
Cela se vivait en sa présence et avec ses compagnons.
On a parlé d'Abou Bakr, d'Ali, d'Abu Dhar AI Ghifari, de Salman al-Farisi et d'autres.
Et nous avons la sourate de la victoire.
"Ceux qui prennent avec toi cet attachement le font avec Dieu".
Une partie des compagnons a pris cet attachement avec le Prophète, à ce moment-là, quand il est parti pour ouvrir la Mecque.
C'est juste une partie qui est désignée et ça reste, dans l'histoire, un moment crucial dans la tradition que cette moubaya'a ait été faite avec des compagnons particuliers qui voyaient dans le Prophète cet attachement qui fait que nous sommes tous rattachés à une chaîne.
Comme l'a dit Faouzi, l'islam perdrait toute sa saveur s'il perdait son intériorité.
Cette intériorité fait de lui le message par excellence.

-Le soufisme va connaître une aventure spirituelle qui va déborder l'espace traditionnel.
Voici le document qui apporte des éléments là-dessus.
Regardez.

-Le "soufisme" vient de l'arabe "safa" ou "safou", qui veut dire clarté, limpidité et aussi pureté.
Il peut venir de Ahl al-soufa, "les gens du banc", en référence à ceux qui vivaient dans la mosquée du Prophète, à Médine.
Les premières communautés soufies sont des disciples autour d'un maître spirituel, le Cheikh, qui transmet un savoir oral et un enseignement ésotérique.
Une des expressions de la spiritualité chez les soufis est de répéter le nom de Dieu appelé Dhikr en arabe. et le 11ème siècle se constituera le socle de la doctrine soufie.
Des ouvrages sont rédigés pour préserver l'enseignement souvent oral des premiers maîtres.
Depuis l'Irak ou le Khorassan iranien, le soufisme va se déployer dans le monde arabe et persan.
Son expansion s'étendra rapidement grâce au grand centre du savoir et au commerce dans l'empire musulman.

-Ce document nous indique l'originalité du message soufi, mais aussi sa transmission.
Comment s'opère-belle ?
Quels sont les premiers fondateurs d'un soufisme via des ouvrages ?
Comment cela s'est réalisé ?

-En dehors de cette période prophétique du vivant du Prophète entouré de ses compagnons...
Dans un ouvrage d'Abou Nou'aTm, "La parure des saints", est décrit le soufisme de chacun des compagnons.
Il ne s'agit pas de quelque chose de spécifique ou qui vient s'ajouter à l'islam originel.
Il s'agit de l'islam tel qu'il se donne au départ et qui contient naturellement cette dimension spirituelle.
La forme va venir plus tardivement en s'exprimant dans des écoles, dans des cercles d'enseignement.
Les premiers ont été a Damas, a Koufa, a Bassora, comme Hassan al Basri, grand théologien et grand soufi, d'une façon complémentaire.
Il y a aussi Rabia al Adawiyya dont on a dit qu'ils se rencontraient, ce qui n'est pas prouvé.
C'est après cette première période, qui est exprimée dans un livre d'Abou Abdirrahman As Soulami.
Il parle des 5 classes des premiers soufis.
Tous ces premiers soufis vont être les pères fondateurs et les mères fondatrices...
L'une des grandes figures du soufisme est Râbi'a al-Adawiyya.
Il y a eu, ainsi, des grandes figures du soufisme, ce qu'on retrouve dans les grandes classes de l'époque.
C'est après cela que l'on va passer à une autre phase, qui est une phase des manuels du soufisme dont on reparlera.

-Au 9ème,10ème,11ème siècle, comment la diffusion se faisait-elle ?

-Il y avait beaucoup de communication à cette époque.
Cela se faisait d'abord par le pèlerinage.
Ces gens qui allaient vers la Mecque et Médine.
La Mecque était l'endroit où se rencontraient tous les courants et tous les mouvements qui faisaient la culture musulmane.
Que cette culture soit spirituelle ou technique, La Mecque était centrale.
Chacun y échangeait avec l'autre.
Ça a permis à beaucoup de maîtres soufis de rencontrer d'autres maîtres venant d'autres continents ou simplement d'avoir des compagnons, de pouvoir enseigner.
Aujourd'hui, cela est impossible.
Il y a un seul critère, une seule école, un seul prêche.
L'islam s'est figé avec le temps.
On en reparlera peut-être.
Et puis, il y a une tradition chez les soufis : "siyaha". Aujourd'hui, c'est le tourisme.
Mais chez les soufis, il y avait ce tourisme spirituel.
On allait d'un maître à un autre, d'un enseignement à un autre.
On était libre de choisir.
Souvent, on recevait cet enseignement de plusieurs maîtres.
Et n'oublions pas le modèle : le Prophète et ses compagnons.
Ce ne sont pas des disciples.
On parle de compagnonnage.
Il n'y a pas un être élu.
Ce n'est pas pyramidal.
C'est le système du cercle où chacun joue son rôle.
Et pour que ce cercle soit dynamique, vivant, chacun doit porter l'ensemble.

-Faouzi Skali, quels territoires seront les premiers à accueillir et à cultiver cette tradition soufie ?

-Nous avons parlé de l'époque abbasside avec l'Irak.
Parlons aussi du Khorasan.
Dans le documentaire, on voit bien la présence de l'Asie centrale.

-Khorasan, territoire perse.
Aujourd'hui, c'est l'Iran.

-Qui, à l'époque, n'était pas chiite.
Ce n'est qu'au 15ème siècle qu'il deviendra, avec les Séfévides, un territoire chiite.
Ceci dit, il y avait cette circulation qui était formidable.
Boukhari était de Boukhara, de cette région-là.
Et aussi Abou Seraj Toussi un des grands fondateurs de l'écriture dans le soufisme est également de Perse.
On peut dire la même chose d'Abu Hamid AI Ghazali, avec sa "Revivification des sciences de la religion", somme considérable et fondatrice de cette voie du soufisme qui allie spiritualité et loi extérieure et qui a fondé l'orthodoxie dans l'islam.
Tout cela induit cette circulation à travers les espaces de l'islam.
Mais des écoles se constituent et se structurent : les Khanqah, les Tekke en Turquie ou les zaouTa dans le monde du Maghreb.

-Quels sont les enseignements, les messages, les leçons qui vont être transmis aux disciples ?
En quoi consistait le fondement du soufisme ?

-Quand on s'adresse à un maître soufi, la première des choses, c'est qu'il vous donne, il essaye de mettre en vous le fait que votre quête ait du sens.
Qu'est-ce qu'on cherche dans la vie ?
Des qu'on a compris que ce qu'on cherche est essentiel, on l'accentue par le Dhikr.
Cette remémoration du nom divin.
Se souvenir de cet état premier avec lequel chaque être humain est venu au monde.
Les soufis remontent à l'origine.
Remonter à l'origine avec lequel vous êtes né, selon la fitra, cet état originel.
Si vous y remontez, que trouvez-vous ?
A votre naissance, vous n'étiez pas inscrit dans un registre, vous n'aviez ni passeport, ni nationalité, ni culture, ni religion.
Alors, vous étiez quoi ? que vous étiez le plus pur.
Revenez à cet état avec lequel vous êtes venu et construisez que cet état originel votre propre quête spirituelle tout en regardant le monde et en s'ouvrant à lui par la culture, la philosophie, la religion.
N'oublions pas que les mêmes textes coraniques comme la Sounnah du Prophète sont des sources chez les soufis.
On privilégie cette voie qui guide l'homme vers la sainteté, le bien agir.
Certains vont lire le même texte, la même source, et en faire quelque chose de dramatique.

-On ne peut pas réduire le soufisme à un rituel, à une mécanique, mais plutôt le voir comme une voie.
C'est la raison pour laquelle on appelle ça la tariqa, la route, le chemin, la voie.
C'est l'enseignement intérieur ?

-La tariqa signifie aussi la méthodologie.
Il y a des moyens pour parvenir à cette éducation spirituelle. Il ne suffit pas d'avoir une connaissance livresque des choses.
Il faut pouvoir les vivre, les goûter, les expérimenter, en faire une nourriture qui permet d'évoluer spirituellement et humainement.
C'est quelque chose de fondamental, d'une richesse incommensurable.
C'est la richesse de l'intériorité, de l'âme. Il y a une relation de compagnonnage une relation socratique qui s'exprime à travers ce dialogue entre le Cheikh, le guide spirituel, et le disciple, le "murid", "celui qui veut".
Il y a un désir de quête, de transformation.
Cette relation va faire en sorte qu'une éducation va s'instituer.
Comme disent les soufis, le Cheikh n'est pas celui qui te transforme par sa parole, mais celui dont l'état te transforme.
C'est par son comportement...
C'est le compagnonnage on y revient.
Le Coran dit "Pour qu'il vous purifie", en parlant du compagnonnage du Prophète.
Cet état de relation au quotidien va être le plus grand enseignement qui soit.
Il va s'opérer en fonction de la personnalité de chacun et via cette confrontation quotidienne.
L'échange permet de comprendre et de cheminer humainement et spirituellement.
Cette fonction de guidance spirituelle a été héritée par les Cheikh du soufisme qui ont bâti ces écoles.

-Merci de nous avoir si bien éclairés.
On vous retrouve la semaine prochaine pour une seconde émission qui sera consacrée sur les grands courants du soufisme jusqu'à la période contemporaine.
Mais avant de vous quitter, je voudrais vous présenter un certain nombre d'ouvrages qui nous ont permis justement de vous éclairer et de préparer l'émission:
"L'Homme intérieur à la lumière du Coran" par le Cheik Bentounès.
Cet ouvrage traverse une histoire à travers l'évocation du Coran et évoque les sources du soufisme et votre expérience...
"Le soufisme coeur de l'islam" par le Cheik Bentounès...
"La voie soufie" par Faouzi Skali... aux éditions Albin Michel...
"Trace de lumière" par Faouzi Skali... aux éditions Albin Michel...
"Le soufisme" aux éditions Eyrolles...
Et puis cet ouvrage "Sagessse céleste" par Ahmad Al-'Alawi...
Cette émission est terminée.
Vous pouvez la regardez-la sur le site Internet.
La prochaine sera la seconde partie consacrée aux grands courants du soufisme, ce sera donc dimanche prochain.
D'ici là, je vous souhaite une très bonne journée et une excellente semaine, et à dimanche prochain sur le plateau de France 2.
Merci, au revoir.

FIN

 

Une transcription écrite des sous-titres est aussi présentée au lien :
http://telescoop.tv/browse/638154/8/islam.html?q=islam

 

 

 

 


 

Islam - "Les grandes confréries soufies"
2ème partie :
La grande chaîne des confréries

France 2 - Islam - Dimanche 14 septembre 2014 à 8h45

Cette seconde partie déroule la grande chaîne des confréries qui ont marqué de leur empreinte l'histoire du soufisme et de la mystique musulmane.



Photo de l'album Facebook

Revoir le documentaire VOSTF sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x25yw9d (29'40)


Islam : "Les grandes confréries soufies" 2/4... par conscience33

Revoir sur le site internet de France 2 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/islam_,109169355.html



PRÉSENTATION :

L'émission fait sa rentrée avec une série de quatre émissions autour de la spiritualité et de la mystique musulmanes.

Cette seconde partie déroule la grande chaîne des confréries qui ont marqué de leur empreinte l'histoire du soufisme et de la mystique musulmane.

Présenté par Abderrahim Hafidi


TRANSCRIPTION ÉCRITE DU DOCUMENTAIRE :

 

Présentation par Arlette Tempier :
- L'émission "lslam" vous fait découvrir la suite de la grande chaîne des confréries qui ont marqué de leur empreinte l'histoire du Soufisme et de la mystique musulmane.

L'émission :

-Bienvenue sur le plateau de votre émission.
Seconde partie de la série consacrée à la grande tradition soufie, mais surtout les grands courants qui traversent cette spiritualité.
Nos invités. Khaled Bentounes, vous êtes le leader spirituel de la Tarîqa Alawiya.
Vous écrivez et vous réfléchissez et vous faites évoluer cette grande école : la Alawiya.
Et Faouzi Skali.
Vous êtes soufi, et membre de la grande Qadiriyya Boutchichiyya et fondateur du Festival de la culture soufie de Fès des musiques sacrées de Fès dont vous venez de célébrer la 20ème édition.
Avant de commencer, rappelez-nous la quintessence de ce qu'est le soufisme tel que vous l'évoquiez précédemment.

-Les soufis, ce qui les préoccupent dans chaque être humain, c'est d'abord la conscience.
Comment nourrir la conscience de chaque être humain ?
Ce qui fait de nous des hommes ou des femmes responsables, Plus votre conscience s'élève...
Mais il relie Cette conscience n'erre pas dans l'espace-temps, dans l'inconnu mais elle a un itinéraire, elle a une direction, elle a une espérance.
Elle porte en elle une espérance.
Cette espérance, elle l'a reçue.
Et elle doit la transmettre aux générations à venir.
Donc c'est un cycle qui fait que le message c'est un message qui féconde.
Mais il féconde quoi en nous ?
Il féconde cette partie de notre conscience, en l'abreuvant d'amour, de fraternité, de tolérance et de regarder le monde avec un regard ouvert.

-Tradition qui tire sa légitimité, son originalité, mais surtout sa substance du texte coranique et de la tradition prophétique.

-Ça s'enracine dans le texte coranique a tradition prophétique et ça en est l'expression vivante.
Dans le texte coranique comme dans la tradition prophétique, il y a la référence à l'amour qui lie le serviteur à son Créateur.
Et cette relation d'amour est une relation puissante, forte, transfigurative, puisqu'elle est pas dans l'obéissance extérieure, mais elle est dans cette vassalité des éperdus d'amour, comme diront les soufis, par la suite.
C'est une voie royale pour la connaissance de soi et pour le cheminement intérieur, dont parlait le cheikh Bentounes, et qui est cette possibilité de parvenir a l'accomplissement de notre humanité.
Parce que nous portons en nous, comme le disait Jésus, un grain de sénevé dans le cœur.
Et lorsqu'il est arrosé, il devient un arbre cosmique.
C'est l'arbre de la conscience universelle et de la réalisation de cette conscience. Ibn Arabi disait : "Mon cœur est devenu capable de toutes les formes. Je professe la religion de l'amour."
Ce sont toutes ces valeurs, trésors de l'humanité, qu'il faut déployer à travers une éducation spirituelle comme le soufisme.

-Après le temps de la transmission voici venir le temps historique de la construction de confréries.
C'est ce que nous montre le document qui suit.

Appel à la prière en arabe.

-Le soufisme connaîtra son apogée, au 13ème siècle.
La doctrine ésotérique et initiatique de l'islam est élaborée dans toutes ses dimensions et l'on assiste à l'apparition des Tariqas, les voies initiatiques, appelées aussi confréries.

-Pour l'Orient, Qadiriya de Adbelkader Djilani. Rifaiya de Ahmed Rafai. Mevlevi de Jalâl al dîn Rumî.

Chant religieux en arabe.

-Pour l'Espagne et le Maghreb, Madaniyya de Abu Madyan. Jazoulia de l'imam AI Jazouli.
Suivront, à partir du 14ème siècle, Naqshbandia de Baha ad-Din Naqshband, Tidjaniya de Ahmed Tijani.

-Pourtant, celui qu'on surnommera "Le Grand Maître, Moheiddine Ibn Arabî, ne fondera aucune voie initiatique, aucune confrérie.
Mais son oeuvre écrite, dense et riche de plus de 400 ouvrages donnera naissance à un courant qui, jusqu'à aujourd'hui, imprègne profondément la pensée et la tradition spirituelle, en Islam.

-Document signé Boualem Gueritli.

Le document que nous venons de voir retrace, très rapidement, mais assez clairement l'histoire de la constitution des grandes confréries qui vont devenir des repères.
Comment vont-elles se constituer et autour de quels hommes ?
Des hommes ?
Des femmes ?
Comment ça se passe ?

-Le mouvement confrérique des grands tariqas soufis a accompagné l'expansion de l'Islam.
N'oublions pas que les Ribats, ces gens qui étaient à la frontière de ce monde musulman étaient des hommes qui étaient des guerriers et aussi des moines.
Ils priaient et gardaient jalousement les frontières de cet empire.
Les grandes Tariqas avaient d'abord un travail sociétal.
Parce qu'elles touchaient...
Les Tariqas étaient présentent à travers les artisans, présentes a travers des combattants et présentes, aussi, pour veiller à la mémoire.
C'est pour ça qu'elles ont accompagné toute l'histoire de l'Islam.
On y transmettait le Coran, le hadith, la charia, mais aussi toute la mémoire du passé.
C'est une mémoire vivante.
C'est comme des oasis qui maintenaient cette vie.
On a parlé de la Tidjaniya, à travers le périple de Tijani.
Mais on en a oublié d'autres qui ont joué un rôle important entre la relation entre l'Afrique noire et le Maghreb, entre l'Asie centrale et l'Inde.
On a oublié une des grandes Tariqas de l'inde. L'Indonésie...
Elle a été islamisée uniquement à travers les confréries soufies, notamment la Qadiriyya.
Elles ont joué un rôle considérable et qui est présent, aujourd'hui.
Elles ont été la colonne vertébrale unissant le monde musulman.

-Le document a évoqué un certain nombre de grandes confréries.
Qu'ont-elles de commun ?
Quel héritage commun ?
Que transmettent-elles de commun, par-delà les frontières et les langues ?

-Ce sont les branches multiples de ce tronc prophétique commun.
Et je reprends les paroles de cheikh Bentounes.
De tous les prophètes, de la prophétologie, depuis Adam jusqu'à aujourd'hui, il y a cette grande tradition humaine transmise a travers cette spiritualité qui prend des colorations particulières qui seront dues à la méthodologie de chacun des maîtres.
Elle va être due, aussi, aux lieux dans lesquels ils ont enseigné.
Et notamment, nous avons vu l'Asie centrale, tout a l'heure, la Chine, l'Indonésie, l'Afrique noire...
C'est cela qui a fondé la civilisation de l'islam.
Le soufisme est le cœur battant de cette civilisation, parce qu'il en irrigue la spiritualité et il la nourrit par ses écoles de pensée et d'éducation spirituelle, de sociabilité, de solidarité entre les personnes, d'accueil des plus pauvres et des plus fragiles.
Il y a quelque chose qui est l'expression de ces valeurs, mais d'une façon opérationnelle, dans l'activité du djihad, le combat de tous les jours.
C'est différent du combat mineur, qui est là simplement pour la défense des frontières.
Les soufis ont joué un rôle important avec les ribats et les Mourabitines.
Ce qui a compté, ici, c'est la conquête des cœurs.
Ce n'est pas la conquête extérieure qui, d'ailleurs ne le vaut pas.
Elle a, parfois, prévalu et ça a été superficiel.
Au Maroc, les conquêtes n'ont laissé aucune trace.
Lorsque Moulay Idriss est arrivé, seul, fugitif, il a laissé des semences qui ont rayonné à travers ce pays.
C'est vraiment delà que ça vient. il faut pas voir cela... Ce qui serait une erreur...
De croire qu'il s'agit de sectes ou des gens qui sont en conflit.
Ce sont des écoles, des branches qui s'abreuvent de la même source prophétique et de la même spiritualité.
Il est important que cette diversité soir préservée, parce que c'est ce qui permet de s'adapter a chaque personne et ça a permis d'avoir cette diversité des cultures, et des expressions poétiques, artistiques, littéraires.

-Cheikh Bentounes, si je vous entends bien, le soufisme a cette singularité, c'est qu'il va se propager, au sens métaphorique du terme, non pas au fil de l'épée, comme ça a été le cas d'autres doctrines, mais par la conquête des cœurs.

-Tout à fait et c'est en cela qu'elle est menacée, aujourd'hui.
Par qui ?

-Elle est menacée par cette globalisation, cet Islam globalisé, ce modèle mondialisé qu'on veut imposer, à travers le vêtement, la pensée, la réflexion, le rituel...
-Vous voulez dire
-Cette uniformité et plus loin encore, c'est-à-dire tout cet héritage culturel universel, depuis des siècles, part sous nos yeux, on le détruit.
On le détruit physiquement.
Au Mali et en Libye, on a détruit des lieux, dont une des premières universités coraniques.

-Parce que la spiritualité fait défaut ?

-On efface la mémoire.

-Un rouleau compresseur idéologique dogmatique littéraliste aberrant qui, aujourd'hui, traverse malheureusement le monde de l'islam et qui est un processus de déculturation systématique.
Nous l'avons vu dans tous ces pays.
Aujourd'hui, il faut revenir à ces réalités de l'histoire, à cette fécondité de l'histoire.
C'est un patrimoine extraordinaire qui existe.
Il y a les mausolées, les mosquées et les manuscrits.
Ces bibliothèques du désert, des patrimoines de l'humanité.
Des manuscrits ayant traversé des siècles, dans des jarres enterrées, fondant une civilisation du désert.
C'est d'une extrême richesse pour l'humanité entière, pas que pour les musulmans, et que nous risquons de grignoter.
Il faut la défendre.
Et surtout, il faut l'exprimer pour qu'on puisse s'en nourrir. et nos jeunes aussi.

-Cette fécondité a toujours été la marque de fabrique de cette transmission de ces valeurs spirituelles, depuis le début et même au Moyen Age, le soufisme a pu conquérir des cœurs partout.

-Le soufisme répond à une demande légitime de la communauté.

-Laquelle ?

-Demande de la fraternité.
On a quelqu'un qui vous entend.
Quand les pouvoirs sont aveugles, dictatoriaux, les gens reviennent vers où ?
Ils reviennent vers cette thérapie de l'âme.
Ils vont vers des gens où ils peuvent retrouver avec eux une relation humaine, une relation fraternelle, d'égalité et de solidarité.
Ça a été des oasis.
A chaque fois que la communauté a traversé des moments difficiles...
On peut parler des croisades, même du temps des colonialismes...
Le soufisme a toujours joué ce rôle de garder vivante la tradition, en la protégeant.
C'est pour ça que les zaouias ont été combattues au temps du colonialisme, mais combattues après les indépendances.

-Ce sont des confréries.

-C'est les lieux où sont installées les confréries, où on donne cet enseignement.

-Nous y sommes.
Le sujet qui suit va nous restituer l'histoire et l'évolution moderne.
Regardez.

Prière en arabe.

...menant à Dieu que de souffles des fils d'Adam.
C'est pour cela que les confréries proposent des approches et des voies multiples.

-Les voies mères ou les grandes confréries originelles apparues entre le 12ème et le 14ème siècle prennent toutes leur source chez le prophète Mohammed.
Les filiations spirituelles existaient avant la fondation des confréries.

-Mais avec le temps, les voies mères se sont ramifiées, donnant naissance à de nombreuses branches.
Chacune ayant sa propre chaîne initiatique remontant au Prophète.

-Les soufis considèrent qu'au-delà du dogme et du rituel, le message spirituel et ésotérique du Coran se révèle et se perpétue jusqu'à la fin des temps.

-Que pensez-vous de cette diversité, cette richesse ?
Comment vous la voyez ?

-Je la vois comme un patrimoine à sauvegarder et à transmettre aux générations à venir.
Ce que nous venons de voir il y a plusieurs visages.
Il y a l'image... le son...
Le son est très important.
Les soufis parlent beaucoup de l'écoute.
Samâ, c'est l'écoute.
Ces séances de litanie transmettent...
Le son est une vibration qui atteint nos cerveaux qui touche nos cœurs.
Tout ça pour amener à l'homme ce polissage intérieur qui lui permet, malgré les épreuves qu'il traverse dans ce monde, dé pouvoir avoir un moment dé paix, un moment dé sérénité.
Cette sakîna dont parle le Coran.
Elle descend sur le Prophète, sur les compagnons et tous ceux qui suivent cette trace.
Cette paix intérieure qui pacifie l'âme.
Cette sérénité dont on parlé a permis aux soufis de continuer et d'évoluer, jusqu'à être, aujourd'hui, un des ciments de l'identité des musulmans en Occident.

-Ces assemblées, ce sont des images des assemblées paradisiaques.
Citation d'un Hadith.
Quand on interroge le Prophète pour lui dire : "Qu'est-ce que c'est que ces jardins du paradis ?"
Il dit que c'est : "Les assemblées de l'invocation spirituelle."
On le voit, là.
Ce sont des lieux physiques de cette sakîna. Ils deviennent des lieux sanctuarisés où il y a une méditation collective, des chants, du samâ, une nourriture spirituelle...
Une forme de paix vient envelopper l'ensemble des personnes présentes et qui le ressentent de façon réelle.
Ces lieux, on peut les trouver dans plusieurs endroits.
Ils constituent un peu comme des espaces de respiration, à travers le monde musulman.
Nous pouvons voyager a travers ces zaouias, comme les voyageurs d'antan.
Les lieux de l'hospitalité, c'était ces lieux où ils allaient.
Ils allaient apprendre et continuer le voyage.
Le voyage géographique était aussi spirituel.
Il y a des lieux, comme ce sanctuaire de Moulay Abdeslam Ben Mchich, au Maroc, qui est un lieu magnifique, à la fois par l'air qui est extrêmement fort, puissant qu'on y respire et par cette respiration spirituelle qui est quotidienne.
Il y a des invocations 24h/24. C'est un cycle permanent.
Vous avez des lieux comme ça qui sont des ports de respiration. pour voir la relation qui peut s'établir entre ces différentes confréries, comme maître Abou Madyane el Ghaout un des fondateurs majeur des confréries dans tout le Maghreb.
Il était un héritier spirituel de Muhyiddine Abdel Qadir al-Jilani qui était, lui-même considéré, Abou Madyane el Ghaout, comme le maître spirituel de Ibn Arabi.
Pour voir un peu les connexions. allait avoir un disciple fameux qui va rayonner dans le monde, qui est Abou Hassan al Chadhili.
On voit cet effet de branches et de ramifications qui s'étalent d'une même eau spirituelle mais qui abreuvent tous les espaces de l'islam.

-Vous êtes guide spirituel de cette Tariqa Alawiya, mais vous êtes un grand témoin oculaire de la présence de ce soufisme en Occident.
Vous travaillez beaucoup en terre occidentale, européenne.
Quel est le message que vous transmettez en tant que témoin et acteur de ce soufisme en Occident ?

-L'un des messages forts qui répond à une grande attente, à la fois des musulmans et de tout le monde, de l'humanité, c'est de construire une société basée sur le mieux vivre ensemble.
Se rassembler, sans se ressembler.
Se rassembler autour de valeurs avec nos différences.
C'est un des messages phare, aujourd'hui qu'une tradition soufie porte et voudrait réaliser.
Par exemple, je prends le cas d'une ville comme Cannes.
Cannes, nous avons, depuis 4 ans, créé l'association "Vivre ensemble à Cannes".
Chaque année, il y a un jour de rencontre et de défilé de toutes les traditions. Catholique, protestante, juive, musulmane, bouddhiste, laïque.
C'est un défilé avec les familles, avec les enfants.
Et là, c'est une réalité.
Parce que ça reste pas juste un jour.
Ça se traduit par des émissions de radio, par des FGHCOHÎFGS.
Chacun invitant les autres.
La dernière invitation était dans la synagogue.
C'était le moment où les Juifs devaient recevoir.
Ils n'attendaient pas grand monde, surtout des musulmans.
Il y avait tellement de monde qu'on manquait de chaises.
Ces rencontres permettent de faire tomber des tabous.
Le soufisme est un dévoilement de certaines vérités dont nous avons besoin pour revivre l'espérance et pour y enchanter le monde.

-Merci, messieurs, de nous avoir exprimé votre vision et vos analyses et vos espoirs.
Pour continuer dans ce registre, et comprendre un peu plus la pensée de nos invités : Vous parlez de la grande tradition de la Tariqa Alawiya, aux éditions Albin Michel.
C'est votre rencontre d'un maître soufi.
Aux éditions le Relié.
Un ouvrage qui vient de sortir sous la direction d'Eric Geoffroy.
C'est le colloque qui a eu lieu à Alexandrie, il y a 10 ans. 20 contributions nous permettent de mieux comprendre la tradition de la Shâdhiliyya.
Et le plaisir de présenter cet ouvrage monumental. Cheikh Bentounes.
A l'occasion du centenaire de la Alawiya.
Un petit mot sur ce centenaire.
Comment ça s'est passé ?

-Il a laissé une trace profonde en nous et dans notre pays et dans les 42 nationalités qui ont vécu ce moment, à Mostaganem, en Algérie.
Trace encore perceptible.

-Vous avez un congrès international féminin pour une culture de paix.
C'est une première mondiale.
"Parole aux femmes".
Un petit mot, là-dessus.

-Nous espérons que cela va attirer beaucoup de nos sœurs et de nos frères pour débattre d'un problème. parce qu'on accuse l'islam, pratiquement constamment, que l'islam a négligé les droits de la femme.

Et nous, on part à l'origine.
On parle de la féminité.
Avant de parler de la femme, de parler de la féminité et de lui donner sa place, celle donnée par la tradition mais aussi d'échanges avec ce regard croisé avec les autres.
Tout ça est basé sur la culture de paix.
Et comment y arriver, si on néglige le premier élément, c'est-à-dire la féminité, la cellule sur laquelle repose la famille, la société.
Le rôle de la femme, dans ce travail, peut nous préparer un nouveau regard dans la société de demain.

-Du 27 octobre au 2 novembre, rendez-vous pour ce grand congrès.

-Je voulais aussi parler de cet ouvrage qui s'appelle "Esprit de Fes".
Fès est un des lieux de ce creuset.
D'ailleurs on l'appelait la Zaouia avec le sanctuaire de Moulay ldriss et je voulais rendre hommage à cet esprit de Fès qui est aussi l'esprit de cette civilisation de l'islam.

-Merci de nous avoir si bien éclairés.
Merci de nous avoir suivis.
Vous pouvez revoir cette émission sur notre site.
Je vous retrouve prochainement sur ce plateau.
Merci.
A très bientôt.

 

FIN

 

Une transcription écrite des sous-titres est aussi présentée au lien :
http://telescoop.tv/browse/638460/1/islam.html?q=islam

 


 

Islam
Soufis - Les grandes figures mystiques en Islam
3ème partie

France 2 - Islam - Dimanche 21 septembre 2014 à 8h45

Cet épisode évoque les grandes figures qui ont nourri et inspiré les courants mystiques dans le monde islamique.



Photo de l'album Facebook

Revoir le documentaire VOSTF sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x26fspk (29'36)


Islam - Soufis - Les grandes figures mystiques... par conscience33

Revoir sur le site internet de France 2 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/islam_,109528807.html



PRÉSENTATION :

L'émission fait sa rentrée avec une série de quatre émissions autour de la spiritualité et de la mystique musulmanes.

Cet épisode évoque les grandes figures qui ont nourri et inspiré les courants mystiques dans le monde islamique.

Présenté par Abderrahim Hafidi


TRANSCRIPTION ÉCRITE DU DOCUMENTAIRE :

Présentation par Arlette Tempier :
-Après une plongée dans l'histoire des grandes confréries qui ont marqué la spiritualité en Islam, ouvrons une première page sur les grandes figures qui ont inspiré les courants mystiques dans le monde islamique.

L'émission :

-Bonjour, merci d'être fidèles à votre émission.
Après avoir diffusé il y a quelques semaines des émissions consacrées à la tradition soufie en Islam, nous allons aborder une série de deux émissions consacrées aux grandes figures mystiques de l'Islam. Je reçois deux invités qui connaissent bien ce sujet. Eric Geoffroy, vous êtes universitaire, professeur de littérature islamique à Strasbourg, et vous êtes l'auteur de plusieurs ouvrages qui parlent de ces figures mystiques.
Philippe Moulinet, bonjour.
Vous êtes magistrat de fonction et de formation, et spécialiste de la mystique musulmane. Eric Geoffroy, c'est quoi la mystique, cette tradition soufie en Islam ?

-Le mot "mystique" par certains islamologues, mais prenons-le au sens générique, c'est-à-dire c'est la quête de mystère, des choses, du monde, de soi-même, de sa religion, à ce titre, ce mot peut être accepté, même si René Guénon, ce métaphysicien français, récusait ce terme appliqué au soufisme.
Pour lui, c'est une démarche active, c'est une démarche, une discipline spirituelle, alors que la mystique sera quelque chose qui sera d'ordre d'une réceptivité passive.
On peut rappeler que le soufisme est la dimension intérieure, spirituelle, ésotérique au sens d’intérieure, initiatique, car le lien entre maître et disciple est fondamental dans le soufisme.
Toute religion est promue par un message spirituel, sinon, c'est de l'idéologie.
La spiritualité, c'est le souffle propre à chaque religion. Islam, christianisme, judaïsme, hindouisme. Comme l'a dit Ibn Khaldoun, un observateur de la scène islamique, du vivant du Prophète, la spiritualité et les autres dimensions liées à la religion étaient vécues en concentré et en unité par le Prophète lui-même et par ses compagnons.

-Philippe Moulinet, comment cette tradition s'est inspirée des leviers que sont les sources prophétiques et coraniques ?

-La source, c'est le Coran et la présence prophétique, c'est sûr, mais il y a un verset coranique qui dit...

Il parle arabe.

"Le Prophète vient aussi de votre âme."
Ce n'est pas juste une figure historique qui s'inscrit dans la durée, c'est une personnalité, une présence à laquelle nous sommes reliés.
Donc, la mystique fait penser à quelque chose qui est lointain, qui est l'objet d'une quête, d'un dépouillement, alors qu'en fait, c'est la chose la plus réelle, la plus directement accessible qui soit, puisque c'est nous-mêmes, c'est notre esprit.
Le Prophète dit : "Celui qui connaît son Soi, sa propre présence, connaît directement son Seigneur."
Si on reprend la quintessence du soufisme, elle est résumée dans une formule de AI Hallaj qui dit "Je suis la Vérité", toute vérité est déjà contenue dans "Je".
Le mystère, c'est : que veut dire "Je"?

-Al Hallaj, justement, est une des grandes figures de la tradition islamique soufie, voici un document qui nous restitue les grandes figures du tout début de l'Islam qui incarnent cette mystique musulmane.

-La première figure majeure de la spiritualité soufie est une femme Rabia AI Adawiya, née à Bassorah, en Irak vers 713.
Son rayonnement spirituel lui a valu la vénération de ses contemporains.
Ses écrits témoignent de la force de son amour pour Dieu.
Elle est surnommée "La mère du Bien".
Rabia AI Adawiya est considérée comme la première grande voix du soufisme.
A travers l'enseignement des maîtres, cette démarche spirituelle se distingue par un détachement des biens matériels, au profit d'une quête d'Absolu, pour se rapprocher du Créateur au-delà du dogme.
Cette voix spirituelle se structurera plusieurs siècles plus tard dans les Tariqas, les confréries soufies.
Husayn Ibn Mansur AI Hallaj est né vers 858 près de Tur, dans le sud iranien.
Il est l'auteur d'une œuvre abondante qui vise à renouer avec le sens profond du Coran et de son message.
Ses écrits et ses diatribes contre l'orthodoxie officielle lui valent l'hostilité du pouvoir.
Quand il proclame sa célèbre phrase "Je suis la Vérité", il est arrêté et jugé.
A la suite de son procès qui a duré près de 10 ans, il est exécuté le 26 mars 922.
Ses cendres ont été dispersées dans le fleuve Tigre à Bagdad.
Mohe' l'ddine Ibn Arabi est né le 28 juillet 1165 à l'autre extrémité du monde islamique, à Murcie, en Andalousie.
Dans le monde musulman, il est connu comme Cheikh al-Akbar, "Grand maître" en arabe, ou encore Ibn Aflatûn "Le fils de Platon".
Référence première du soufisme et de la pensée pendant la période médiévale, son œuvre aurait influencé Dante. 
Ibn Arabi est juriste, métaphysicien et poète.
Grand voyageur, il a enseigné à Bejaia, en Algérie, avant de s'installer à Damas où il décède en 1242.

-Alors, messieurs, c'est d'abord une femme qui a été une des figures emblématiques de cette mystique du tout début de l'islam, Rabia AI Adawiya.
Cette femme incarne un mystère.

-Elle aurait été pécheresse, car elle aurait été femme chanteuse, plus ou moins avec son gré.
Ce qui marque le début de sa démarche mystique, c'est la repentance, tel que ça apparaît dans ses écrits.
Alors, elle est appelée par les plus grands savants de son époque "Le diadème des hommes de Dieu".
Car la spiritualité et la sainteté en Islam n'est pas sexuée.
"Rajoul", c'est l'être virilement spirituel.
Homme ou femme.
Alors, c'est une sainte qui a laissé une marque profonde, car elle prône la doctrine du pur Amour.
Elle dit aux musulmans de son époque...
Elle meurt en 801, c'est très précoce.
Elle leur dit : "Vous adorez Dieu par désir de Paradis ou par crainte de l'Enfer."
Elle se promène dans Bassorah avec un seau pour éteindre l'Enfer, et une torche pour mettre le feu au Paradis.
Cette doctrine passe à la cour de Saint Louis, 13ème siècle, jusque dans le jansénisme parisien au 17ème siècle.
Les gens ne savaient plus son nom, mais ils savaient que ça venait d'une sainte femme musulmane.

-Que représente-t-elle à ce moment-là ?
Elle est dans l'adoration de Dieu, elle ne voulait pas qu'on aime Dieu par intérêt, c'est un peu ça.

-Oui, le mode de fonctionnement de l'âme charnelle, l'âme intéressée, c'est d'être mue par le désir et par la peur.
On vit avec ça et c'est ce qui fait obstacle à l'amour pur que l'on peut porter à Dieu, puisqu'on doit agir pour Lui, indépendamment de tout intérêt.
L'être humain place son existence ou ce qu'il appelle "Je" ou "Moi", là où elle ne doit pas être, c'est-à-dire entre l'intérêt et la peur, alors que son esprit est directement connecté à Dieu. Son esprit ne passe pas par la médiation des phénomènes.

-Presque 50 ans après Rabia AI Adawiya va naître un homme qui deviendra un symbole, AI Hallaj.
Alors, qui était-il ?

-C'est un grand mystique persan qui s'est immortalisé par sa phrase...
Tout est dit dans cette phrase qui résume la Vérité en entier.

-Phrase qui était ambiguë.

-C'est ce qui motivait sa condamnation.
On a cru qu'il faisait acte de panthéisme, qu'il confondait son ego, son Moi, avec Dieu.
Le Moi ou "Ana" est quelque chose qui n'existe pas et toutes les démarches mystiques y compris celle de AI Ghazali, est d'essayer de supprimer ce gap, ce précipice existentiel entre moi et ce que je connais, arriver à connaître une chose dans son âme, dans sa Vérité telle qu'elle émane de Dieu et non pas avec la distance où vous vivez une séparation et en même temps, vous n'existez pas vous-même.

-Grammaticalement, si je dis "AI Haqq", j'emploie ce qu'on appelle en arabe "Le prénom de l'Absent."
Si je dis "Anta Rabi", je suis dans la dualité.
Or, tout l'Islam repose sur le principe d'unicité, il reste quoi ?
Il reste "Ana AI-Haqq".
On est plusieurs à penser que AI Hallaj n'a pas dit ça dans un état d'extase, mais dans un but pédagogique, choquant la conscience musulmane un peu commune, mais il exprime là une vérité essentielle, donc la meilleure explication de ces paroles, c'est que ces êtres-là...
La présence divine ou spirituelle investit ces êtres de telle manière...
De manière tellement fulgurante qu'ils sont dans le fana.
Le fana.
L'annihilation de l'ego en Dieu.
Non seulement ce n'est pas un acte...
Ce n’est pas une parole prétentieuse, c'est un acte qui témoignerait d'une absolue transparence ontologique et spirituelle face à l'Etre de Dieu.

-En Andalousie, à Murcia, une autre figure emblématique dans l'histoire de la spiritualité et le soufisme musulman, Inb Arabi, le Grand Maître.

-lbn Arabi naît en 1165 et meurt en 1240, donc, c'est une période de formation des voies initiatiques, et ce n'est pas un hasard.
Il est né en occident musulman, c'est un Européen, né en Espagne.
Il séjourne au Maghreb et toute sa carrière et son œuvre spirituelle, il l'écrit à Damas, en Syrie.
Tout le soufisme postérieur est marqué derrière par Ibn Arabi.
Pour résumer, même ceux qui, doctrinalement, s'en prennent à lui, en disant : "Il prétend ceci, il est cela", ils sont influencés par  Ibn Arabi, car son œuvre a une telle ampleur métaphysique, religieuse, que même si on est contre lui, en fait, on est imprégné de lui.

-Un avant et un après.

-Il arrive à une totalisation de la connaissance, il a été éduqué par deux femmes, Fatima de Cordoue, et la rencontre avec la fameuse Nizham à La Mecque, qui a été à l'origine de ses inspirations. L'essentiel de sa doctrine, ce n'est pas un théologien, c'est un métaphysicien, et donc, il y a une différence cruciale.
Le théologien part de l'idée qu'il y a deux réalités : le Créateur qui dispose de toute la force de faire, de donner la vie et de l'autre côté, l'âme humaine qui est en état de réceptivité.
Il y a une dépendance entre l'un et l'autre, car l'homme est incapable de se donner la vie, il la reçoit.
La communication va dans un sens. 
Ibn Arabi ne nie pas, bien sûr, cette répartition des rôles qui est évidente, qui est expérimentée par tous, mais il insiste sur la notion de réciprocité.
Le hadith dit : "Le Tout Miséricordieux tient le cœur du croyant entre 2 doigts."
Quand on donne le contact entre deux doigts, selon la tension portée sur un pôle ou l'autre, le pouce est actif, il touche l'index, mais l'index touche le pouce, on sent qu'on a une seule main.

-Voici la suite de ces portraits qu'on esquisse, portraits de grandes figures de l'islam mystique.
Nous allons voyager dans le monde turco-persan avec d'autres figures.

-Jalal Eddine Rûmi est né à Balkh, dans le Corassan vers 1207.
Ce mystique persan a profondément marqué le soufisme. le surnom de "Notre Maître".
Son nom est intimement lié à l'Ordre des derviches tourneurs, une des principales confréries soufies du monde musulman, fondée à Konya en Turquie.
Toute son œuvre est écrite en persan.
Sa rencontre fusionnelle avec Shams ed-Din Tabrizi, un mystique deTabriz, en Iran, a transformé son existence.
Rûmi est mort en décembre 1273 et enterré à Konya.
Son mausolée est un lieu de pèlerinage pour les adeptes. 
Molla Sadra Shirazi est un philosophe iranien, d'obédience chiite duodécimaine, né à Chiraz vers 1571, et mort à Bassora en 1640.
Elève de Mir Damad, il met au point son grand ouvrage "les Asfar".
Puis, il enseigne la philosophie à Chiraz.
C'est là que se développe "l'école de Chiraz", continuatrice de "l'école d'Ispahan".
L'œuvre de Sadra Shirazi est une synthèse encyclopédique de toutes les traditions grecques, iraniennes et islamiques.
Partant de la pensée aristotélicienne et des philosophes musulmans comme AI Farabi et Avicenne, il intègre la sagesse orientale du mystique Sohrawardi et l'approche philosophique d'Ibn Arabi dans sa propre pensée.
Mohammad Bahâ uddin Shâh Naqshbann est né en 1317 à Qasr al-Arifan, près de Boukhara, dans l'actuel Ouzbékistan, dans une famille tadjike, il est considéré comme le maître de la Naqshbanddiyyapar ses adeptes qui le surnomment "Le sultan des Saints".
Il encourageait ses disciples à gagner leur vie à la sueur de leur front.
Lui-même vivait de façon austère, ne se nourrissant que d'orge qu'il faisait pousser. 
Naqshband mourut en 1388 et il fut enterré dans son jardin.
Il avait passé ses derniers jours dans sa chambre où ses disciples lui rendaient visite et recevaient son enseignement.
Aujourd'hui, la confrérie Naqshbandiyya compte des millions de disciples dans le monde.

-Philippe Moulinet, des portraits de personnalités qui ont vécu dans des moments différents, mais qui appartiennent à une aire géographique et culturelle commune.
Les deux plus grands mystiques de Perse, Molla Sadra et Sohrawardi, dites-nous un mot sur le premier.

-Sohrawardi est tombé sous l'épée de Saladin, après avoir écrit le traité de la théosophie orientale, très bien traduit par Henry Corbin.
C'est un homme qui est obsédé, qui est hanté, qui est habité par le sentiment de la Présence. 
Il donne naissance à l'Ecole présentielle, qui sonde ce sentiment de présence qui habite chacun de nous. 
Il est étonné par le fait que quel que soit l'état d'âme dans lequel nous sommes, nous sommes toujours en relation avec des phénomènes qui nous font ressentir gais ou tristes, et il dit que malgré cette diversité d'états, j'émerge de tout cela et je me sens toujours présent à moi-même.
Ce sentiment de présence, d'identité, me suit partout. 
C'est un grand mystère. 
Il fait pas du tout dans la psychologie, ce n’est pas l'âme psychologique qui le fascine, mais c'est cette présence qui permane.
Son idée, c'est que la présence n'est pas explicable par une origine matérielle. 
Ce stylo sur la table, la table n'est pas au courant de la présence du stylo.
Rien ne peut expliquer un sentiment de présence, ni le cerveau ni une réalité extérieure qui frappe mon cortex cérébral.
Les approches neurologiques sont pour lui des plaisanteries. 
Molla Sadra reprend son intuition fondatrice et la développe de manière philosophique.
Ce ne sont pas seulement des mystiques, ce sont des philosophes aussi précis que Descartes, avec lequel ils partagent des intuitions essentielles.
La révolution de Molla Sadra est considérable, puisqu'elle révolutionne le mode d'approche de ce qu'on appelle "connaître".
Dans l'approche de la connaissance, il y a trois éléments : un objet ou un être extérieur, un espace intermédiaire, et quelqu'un, le sujet, qui reçoit une information.
Et par une espèce de mystère, l'objet traverse la distance, vient nous affecter et nous transformons cela en fait de conscience.
L'explication de l'acte de connaître est donnée par l'homme de la rue et le scientifique.
Les choses ont peu changé en 2 500 ans.
A 58 ans, Molla Sadra se rend compte que ce schéma de la perception classique est erroné.
Je vais pas vous refaire le chemin de sa réflexion, mais pour vous donner une idée de la révolution qu'il amène, on peut se servir du hadith du Prophète : "La vie est un rêve dans un rêve. Quand les hommes meurent, ils se réveillent."
Quand vous faites un rêve, vous déployez devant votre esprit un espace, un temps, des réalités matérielles, vous investissez un personnage qui semble être dans des situations concrètes vécues de la même façon qu'en état de veille et au moment du réveil, vous vous rendez compte que ce mode de perception que vous croyiez réel n'était qu'un prolongement de vous-même.
C'était des formes de conscience ou de votre présence.
Il y a une aussi grande différence entre le Moi habituel et le Moi des mystiques, qu'entre le Moi du rêve et le Moi qui se réveille et qui réalise que ce spectacle devant lui, en fait, c'était lui.

-Un autre personnage va illuminer de son savoir et de sa sagesse ce soufisme disons turco-persan, Jahal Eddine Rûmi, que ses adeptes, ses disciples avaient qualifié de "Al-Ulama".
Dites-nous un mot là-dessus, Eric Geoffroy.

-D'abord dire que, on y reviendra peut-être, que Jalal Eddine Rûmi est le premier poète lu aux Etats-Unis, et dans le monde.
C'est montrer l'impact universel et intemporel qu'a ce personnage.
Rûmi a cela de cocasse, il dit qu'il n'aime pas la poésie, mais Dieu lui a donné ce don pour toucher l'âme humaine et à la différence d'Ibn Arabi, il pratique plus l'image, alors que lbn Arabi est plus métaphysicien, Rûmi exprime ça par des contes, par des images, mais l'un et l'autre sont reliés
par ce qu'on impute souvent à Ibn Arabi, mais qui revient beaucoup chez Rûmi, c'est l'unicité de l'être.
C'est-à-dire qu'ontologiquement...
Nous existons, de manière relative.
Cette table existe, j'existe, mais radicalement, ce Dieu existe.
Et Dieu va être appelé par la suite "L'Etre réel", Le seul Etre réel".
Et Rûmi participe à ce mouvement, on trouve aussi à la même époque Ibn Sabin, un métaphysicien soufi, qui lui, parle d'unicité absolue.
"Il n'y a que Dieu."
Pour en revenir à Rûmi, il exprime cela avec miséricorde infinie, présente chez les autres maîtres, mais il sait toucher l'âme du simple croyant, et bien sûr, son œuvre écrite en langue persane pour des gens qui ne comprenaient pas l'arabe, donc, le "Masnavi" est comme le Coran en persan.

...

 

FIN

 

Une transcription écrite des sous-titres est aussi présentée au lien :
http://telescoop.tv/browse/655877/1/islam.html?q=soufis

 


 

Islam
Soufis - Les grandes figures mystiques en Islam
4ème partie

France 2 - Islam - Dimanche 28 septembre 2014 à 8h45

Dernier volet de la série consacrée à la richesse et à la diversité de la spiritualité et des courants.


Photo de l'album Facebook

Revoir le documentaire VOSTF sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x26tnqb (29'40)


Islam - Soufis - Les grandes figures mystiques... par conscience33

 

Revoir sur le site internet de France 2 :
http://pluzz.francetv.fr/videos/islam_,109907657.html



PRÉSENTATION :

L'émission fait sa rentrée avec une série de quatre émissions autour de la spiritualité et de la mystique musulmanes.

-Dernier volet de la série consacrée à la richesse et à la diversité de la spiritualité et des courants

Présenté par Abderrahim Hafidi


TRANSCRIPTION ÉCRITE DU DOCUMENTAIRE :

Présentation par Arlette Tempier :
-Dernier volet de la série consacrée à la richesse et à la diversité de la spiritualité et des courants.

L'émission :

-Bonjour, bienvenue dans "lslam". Dexième partie de ces 2 émissions que nous consacrons aux grandes figures de la mystique musulmane. Voici nos 2 invités. Eric Geoffroy.

-Bonjour.

-Professeur de littérature islamique, spécialiste de l'islam. Vous avez écrit plusieurs ouvrages sur l'islam soufi. Philippe Moulinet, vous êtes magistrat. Un homme de droit, mais aussi du verbe. Sur quelles sources originelles reposent la mystique, le soufisme, les grandes figures que nous avons évoquées la semaine dernière ?

-Le Coran est connu. Enfin il est connaissable, en tout cas. Le hadith nabawi est la parole prophétique, dont se servent beaucoup les spirituels musulmans. il y a du normatif, de l'éthique mais aussi de l'ésotérique. Et il y a le hadith qudsi, le propos saint, avec le je divin. Dieu parle à la premièrepersonne du singulier, sur le ton de l'intimité, et il s'adresse à l'homme, à bani Adam, et il lui tient des propos de nature spirituelle, voire ésotérique. ces fondements, quintessence de la pensée soufie, s'inspirent du Coran, de la sunna, qui est la tradition prophétique. Continuons à évoquer avec vous un certain nombre de personnages historiques qui ont façonné le regard des musulmans, contribué à développer une vraie pensée, une pratique, une conscience mystique soufie.
Regardez.

-Abou Madyane, de son nom complet ChoaTb Abou Madyane EI Andaloussi, Sidi Boumédiène pour les Algériens, est né en 1126 à Cantillana, dans la région de Séville, Andalousie. Guide spirituel, auteur et poète, il est le fondateur de la principale source initiatique du soufisme du Maghreb et de l'Andalousie. Il a participé à la bataille de Hattin, en Palestine en 1187, pour la reconquête de Jérusalem. Après avoir vécu et enseigné à Béjaïa, il s'installe à Tlemcen, où il décède en 1197. Il est le saint patron de cette ville. Théologien et éminent juriste, Ahmad At Tijani Ash Sharif, né en 1737 à ATn Madhi, près de Laghouat, en Algérie, est le fondateur de la confrérie Tijaniya.
Très tôt, il mémorise le Coran et apprend par coeur les recueils de hadiths et les dit du Prophète. Il étudie les sciences islamiques et profanes comme les mathématiques ou la médecine. A 15 ans, il est nommé mufti, c'est-à-dire jurisconsulte. Il part ensuite à Fès, au Maroc, pour se perfectionner en sciences islamiques à l'université AI Quaraouiyine. décède à Fes en septembre 1815. Né en 1853 à Mbaké, au Sénégal, Serigne Ahmadou Bamba Mbacké est l'une des figures les plus importantes de l'islam dans la région subsaharienne. A 30 ans, il fonde une voie mystique, le mouridisme. Son charisme inquiète les autorités coloniales françaises. Bamba défend son idéal d'un islam pacifique mais il est condamné et exilé au Gabon et en Mauritanie, d'où il rédige des ouvrages sur la mystique et la religion musulmane. Sa confrérie compte des millions de fidèles.

-Document réalisé par Mohamed Chenaf.
Sidi Boumédiène, qui était-il ?

-C'est un Andalou, qui va vivre sa carrière spirituelle surtout au Maghreb. Boumédiène est important. On peut mesurer l'importance de ce personnage par le fait que c'est le saint soufi le plus cité par Ibn Arabi dans "Al-Futuhat al-Makkiyya". Ils ne se sont pas connus physiquement mais Ibn Arabi dit qu'ils se sont connus spirituellement. Il meurt en 1197. C'est le personnage central de cette époque, 12ème, 13ème siècle, en termes de diffusion initiatique. En termes d'oeuvre, nous avons des hikam, des sagesses. Il est l'un des premiers à formuler l'enseignement initiatique sous forme lapidaire, par des phrases très courtes, qui touchent directement l'âme humaine. Ibn Ata Allah, un autre grand auteur soufi du 13èm siècle, avec ses fameuses hikam, les sagesses, va s'illustrer aussi dans ce genre. Ces maîtres connaissent l'âme humaine et sont pédagogues. Il y a toute une psychologie soufie. En soufisme, le chef est appelé le médecin de l'âme, tabib el nafs. Boumédiene a un immense rayonnement initiatique. Il a des disciples de la côté atlantique, donc marocaine, jusqu'au Proche-Orient. Sa voie annonce la voie Chadhiliyya.
Elles ont en gros les mêmes options. Abou Hassan aI-Chadhili, qui meurt en 1258, est un Marocain qui va créer sa voie en Egypte. On ne parlera plus de tariqa madaniyya mais l'influence de Boumédiène sera toujours là. C'est un personnage extrêmement subtil, très polyvalent, dont on a peu de traces écrites mais dont l'influence initiatique est vraiment sans partage pour cette époque et pour tout le Maghreb central.

-Dans le document, on évoque Naqshbandiyya, de l'autre côté de l'Orient. Cette correspondance est une similitude de spiritualité, d'incarnation de la foi mystique par-delà les frontières ?

-Je crois que c'est une errance de réduire la mystique à son inscription dans des lieux géographiques. C'est une tendance qui consiste à étudier ces événements comme s'ils appartenaient au passé alors que l'esprit est toujours présent. Les confréries reçoivent une influence du monde extérieur et ont une influence sur la société mais c'est assez réductionniste aussi. La présence spirituelle d'un être est une préservation cosmique. Le grand soufi Ruzbehan Baqli a dit : "Les cheikhs sont les yeux "par lesquels Dieu regarde encore le monde". Si leurs yeux se ferment, c'est la manifestation qui disparaît.

-Quel est le message de Naqshbandiyya ?

-Je rebondirai sur ce que disait Eric en citant ce hadith: "L'homme se rapproche de moi jusqu'au moment où je deviens l'oreille par laquelle il entend." On croit habituellement qu'on voit parce qu'on a des yeux ou qu'on entend parce qu'on a des oreilles. Il y a mésinterprétation de ce hadith. On n'entend pas L'oreille reçoit du son, en aucune manière du sens. Les prestations les plus élémentaires, comme parler ou écouter, ce sont des prestations mystiques, ça n'appartient pas a notre monde. On ne trouvera pas une pensée sous la table ou dans un lieu de l'espace. Un bon sentiment d'amour a une puissance d'expansion dans le monde qui est extraordinaire. Le Coran le dit: celui qui entend et celui qui voit, ce n'est ni le corps ni le cerveau ni aucun élément sensoriel. C'est l'esprit qui est infusé en nous par Dieu.
"J'ai infusé en lui de mon propre esprit." On est 3 autour de la table. Un autre verset du Coran dit: "Ils ne sont pas 3 en conversation "sans qu'Il soit le 4ème des 3". Il n'y aura aucune compréhension entre nous s'il n'y a pas la présence spirituelle.

-Il y a aussi l'Afrique subsaharienne. Nous avons vu Ahmad At Tijani.

-Il est issu de ce Sahara algérien, ATn Madhi,le grand sud algérien. A un certain moment, il a une vision du Prophète, qui lui dit : "Fonde ta propre voie". Ahmad At Tijani a puisé dans diverses sources, il a été khalwati, chadhili. Il dit avoir eu cette vision du prophète, qui lui dit: "Détache-toi et fonde cette voie". C'est un être qui est essentiel dans l'économie spirituelle de sa voie car il serait le seul cheikh. il n'a que des successeurs. Alors que dans les voies nées à l'époque médiévale, la succession se fait de cheikh en cheikh. La nuance est plus que de vocabulaire. Sa voie se répand en partant du Maroc Dans cette Afrique subsaharienne, de nos jours, c'est l'une des 2 grandes voies avec celle des mourides. Cette voie est née avec Ahmadou Bamba, qui meurt en 1927. C'est un personnage très intéressant car il pratique la non-violence. Lorsque les Français trouvent qu'il a trop de charisme et ont peur que cela dégénère sur un plan politique, ils l'exilent. Ils se comportent avec lui de manière peu civile. Et lui, il dit toujours à ses disciples: "Non, non-violence." C'est le djihad en tant que non-violence. Deuxième point intéressant, une fois qu'il revient au Sénégal, une ville, qui s'appelle Touba, est créée par des soufis, parce qu'il travaille. Et il dit que la spiritualité passe par le travail. C'est ainsi que, jusqu'à nos jours, cette confrérie a apporté au pays une source de richesse incroyable, notamment par la culture de l'arachide. Le Sénégal est le premier exportateur.

-C'est une éthique de la responsabilité.

-Oui, qui était déjà présente chez les Chadhili et dans d'autres voies avant. Les premiers soufis et ascètes, parfois, mendiaient. Ils avaient une vie de pérégrinations, comme les Franciscains anciens.
Et déjà, au 13ème siècle, les soufis leur disent : "Non, assumez-vous "et trouvez Dieu dans votre travail, votre tâche quotidienne". Ahmadou Bamba pratique ça de façon intensive, si je puis dire, mais il ne faut cependant pas nier l'aspect ésotérique du personnage. Il a laissé des œuvres très ésotériques. Mais, en des ondes plus larges, il y a cette incarnation de spiritualité dans le travail, dans l'éthique, dans la non-violence. d'autres hommes, pendant la période du 19ème et 20ème siècle, vont prendre le relais, perpétuer cette tradition mystique. Ce document nous présente ces grandes figures contemporaines du soufisme et de la mystique musulmane.

-Hamza Al Qadiri Al-Boutchiche est l'actuel guide spirituel de la confrérie Qadiriya Boutchichiya, dont l'origine remonte à Abd al Qadir al-Jilani, maître soufi irakien du 11ème siècle. La branche boutchichiya de cette confrérie est née au milieu du 18ème siècle dans le nord-est du Maroc. C'est là que se situe la maison mère, à Madagh, près de Berkane. Sidi Hamza al Boutchiche est considéré comme un héritier du secret initiatique et comme le pôle spirituel de son temps. Ils chantent. né Khaled Bentounes, est l'actuel maître soufi de la tariqa Alawiyya, dont la Silsila officielle est Shadhiliya Darqawiya AI-Alawiya. Forte de plus de 100 000 affiliés dans le monde, elle fut créée en 1914 par le cheikh Ahmed AI Alawi. Cheikh Khaled Bentounes est né en 1949 à Mostaganem. Il est le fils du maître soufi al-Mahdi Bentounes et le petit-fils du maître Adda Bentounes.

-Cette galerie de portraits montre la vitalité de la pratique de la spiritualité mystique, qui se transmet de génération en génération jusqu'à ces figures contemporaines. Est-ce le secret de cette spiritualité vivante qu'est le soufisme ?

-C'est le secret d'une spiritualité toujours actuelle. On voit dans le soufisme africain des témoignages intellectuellement moins élaborés que ceux de lbn Arabi par exemple. Donc on pourrait s'étonner de la force de rassemblement de ces maîtres, qui s'explique par l'amour qu'ils portent au Prophète et le fait qu'ils incarnent son comportement et sa présence.

-On a mentionné la Qadiriya Boutchichiya, qui remonte au 12ème siècle. Les racines sont ailleurs et les ailes sont là.

-Les racines sont dans le fameux hadith: "J'étais un trésor caché, "j'ai aimé à être connu et j'ai créé le monde". Le monde, c'est le Prophète. Dieu étant une personne, Il crée une personne. dans cette première relation. Dieu est caché à Lui-même, c'est un grand mystère. Il connaît Sa propre essence, Il la pressent, mais Il ne l'appréhende pas de manière sensible. Il s'interroge sur Lui-même et lorsque cette interrogation arrive a un certain point d'acuité, Il fait apparaître la présence du Prophète comme révélatrice de Sa propre personnalité. à l'intérieur de cette relation que toutes les ipséités, tous les moi jaillissent. Il y a une irruption de toutes les présences humaines entre Dieu et son Prophète. C'est ce qui explique qu'après 14 siècles sans aucun moyen apparent il y ait cette puissance de rassemblement au sein des zaouTas et dans l'islam.

-Ce Maghreb toujours dynamique produit des grandes figures. Nous en avons vu plusieurs: Cheikh Alawi, cheikh Bentounes et cheikh Hamza Boutchiche. La tariqa Qadiriya Boutchichiya essaime partout dans le monde.

-C'est une grande tariqa qui est partie du Maroc et qui a eu beaucoup d'adeptes en Europe et aux Etats-Unis. Parmi ses membres, il y a des adeptes qui savent travailler. On trouve ça dans toute tariqa mais ils savent manifester la spiritualité du soufisme dont a besoin le monde contemporain. Il faut bien dire que beaucoup de voies initiatiques contemporaines travaillent main dans la main. Je pense notamment au cheikh Bentounes avec le cheikh Hamza et d'autres.

-Cheikh Hamza, qui est censé être le dépositaire de la transmission du secret.

-Pour moi, l'enjeu, c'est que tous ces groupes spirituels, de manière collective et individuelle, puissent transmettre à l'humanité ce message spirituel dont elle a besoin. Le cadre confrérique conserve sa valeur, qu'il a depuis le 12ème ou 13ème siècle. Mais je crois qu'il ne faut pas se dire qu'un confrérisme un peu autarcique ou bien autiste empêche un large public, pas seulement le public musulman, de percevoir la sagesse universelle présente dans cet enseignement.

C'est pour ça que j'ai travaillé, dans ce livre, "Un Eblouissement sans fin", sur les poèmes ésotériques, sur l'expérience spirituelle du cheikh Alawi, de son maître et de son successeur. Il ne faut pas oublier que le cheikh Alawi était moderniste, comme le dit un article de l'époque. Car il est aussi journaliste, il écrit dans des revues pour montrer ce qu'est l'islam universel. Cheikh Alawi a aussi lutté contre le colonialisme, alors qu'on dit que les confréries, à l'époque coloniale, étaient des collabos. Un petit parallèle avec un autre Algérien, l'émir Abd El-Kader.

-J'allais vous interpeller sur cette figure emblématique riche et complexe.

-C'est un héritier d'Ibn Arabi à travers les siècles. Il naît en 1807 et meurt en 1883, en plein 19e. Il a dû assumer la défense militaire de son pays contre l'armée coloniale française, qui était à l'époque la première armée du monde. Mais il dira lui-même après coup que sa vocation est spirituelle: "Je suis un contemplatif." Pendant qu'il livre la guerre contre la France, il prend contact avec des prélats et des évêques français. Il était visionnaire. C'était pour semer les traces de la paix pour la suite. Et dès qu'il est libéré par la France, il va être en lien avec ces gens-là.

-L'émir Abd EI-Kader, le cheikh Bentounes, le cheikh Hamza Boutchiche incarnent le message de la paix, d'une modernisation des sociétés musulmanes sans perdre leur âme.

-Cheikh Bentounes est ouvert au dialogue interreligieux. Il essaie de désincarcérer l'islam de tous ses conservatismes et de s'ouvrir à la vérité universelle par le contact avec d'autres religions. Même instinct chez le cheikh Alawi, qui s'intéressait beaucoup aux auteurs chrétiens. L'émir Abd EI-Kader aussi. L'islam a intérêt, pour retrouver ses valeurs fondamentales, à s'intéresser à la modernité. Dans les apports décisifs de la phénoménologie, en philosophie, ou de la physique quantique, on retrouve des notions présentes dans certains ouvrages. On a l'impression, chez Michel Bitbol ou Francisco Varela, en neurosciences, d'être dans le même univers.
René Guénon disait que le soufisme devait renouveler sa justification intellectuelle. Il faut travailler avec les outils de son époque et être en avance, comme ces grands prototypes.

-C'est le message de l'universel que prône le soufisme. Mais que doit faire, aujourd'hui, ce soufisme contemporain, au regard des défis lancés à l'humanité entière mais surtout aux musulmans ? Quel message le soufisme adresse-t-il ?

-Il y a un adage soufi qui dit : "Le soufi "est le fils..."

-De son temps, de l'instant spirituel, ce qui revient au même. Il doit avoir la sagesse de saisir les effets de la volonté divine. Même dans des aspects qui nous paraissent dépréciés, négatifs ou ténébreux, dans la modernisation sauvage, la marque de Dieu est présente. Le soufi, peut-être plus que d'autres, ne doit pas être dans le kufr. Le kufr touche tout le monde, y compris les musulmans.

-Le kufr, c'est ?

-L'ingratitude envers Dieu, Ié déni dé la réalité et dé la vérité voulues par Dieu. Si nous vivons dans l'époque postmoderne, c'est que cela a une hikma et que Dieu veut nous enseigner quelque chose. Que ce soit une période de crise financière ou morale, Dieu envoie des signes en permanence. Le soufi est celui qui, comme le dit Ibn Arabi, essaie de capter toutes les manifestations de Dieu, qui sont innombrables et qui ne se répètent jamais. Il faut donc avoir un esprit et un cœur malléables, souples, pour recevoir ces signes divins.

-Au terme de cette émission, je vais vous poser une question presque personnelle, une question qui s'impose d'elle-même. Nous avons évoqué ces figures importantes, symboliques, de cet islam mystique soufi, tous ces hommes et ces femmes. Personnellement, y a-t-il une figure qui incarne pour vous non pas plus mais peut-être mieux, synthétiquement parlant, le message auquel sont attachées toutes ces figures mystiques ?

-Je souhaite d'abord compléter ce que disait Eric Geoffroy. Dans "AI Futuhat al-Makkiyya", Ibn Arabi dit: "Les meilleurs inspirations viennent au 3e tiers de la nuit". Or nous sommes dans le 3ème tiers de la nuit du monde, l'âge le plus matérialiste et sombre de l'histoire humaine.
Il dit que c'est à ce moment-là et les inspirations les plus fines et les plus hautes arrivent. Il y a un phénomène de compensation car Dieu est juste.

-En ce qui concerne ma question.

-Il n'y a pas de réponse. Quand les compagnons demandaient au Prophète : "Avec qui nous assoirons-nous quand tu seras parti?" Il a dit : "Avec celui qui, "quand tu le vois, tu te souviendras d'Allah". C'est subjectif. Il se peut qu'on rencontre un grand prototype spirituel avec qui il n'y a pas de résonance personnelle. Comme disait Svami Prajnanpad, que connaît cheikh Bentounes, il se peut que le grand professeur de Calcutta ne vous soigne pas alors que le petit médecin de campagne pourra vous aider. Le maître-mot de la spiritualité, à l'heure actuelle, c'est l'immanence, des cheiks ou des présences spirituelles qui vous montrent que la mystique n'est pas loin de vous.

-Même question pour vous. Personnellement, au sortir de la rédaction de ce livre, je suis marqué par le cheikh Alawi et par sa complétude. Mais ce n'est pas propre à lui. Tout Insan kamil, tout être réalisé, marche sur les traces du Prophète Mohammed. Il ne faut jamais oublier que la communauté musulmane marche sur les pas du Prophète Mohammed, depuis sa mort. Le Prophète est vivant, au niveau spirituel, et nous nous dirigeons vers la descente de sidna Aïssa, Jésus. Nous sommes entre sidna Mohammed et sidna Aïssa. Tout saint en islam est un saint mohammédien qui peut recevoir, par cette fonction synthétisante un héritage ou l'autre des prophètes antérieurs. L'héritage christique est important, puisque nous vivons en Occident, chrétien de tradition. Mais tel ou tel cheikh peut avoir un héritage de Moïse ou Abraham. Il existe une communion des prophètes et des saints, qui sont là et qui nous habitent et dont il faut actualiser le message. Ils sont intemporels et toujours prêts à s'incarner si l'homme actuel veut bien prêter conscience et prêter attention à ce qu'ils nous disent.

-Merci de nous avoir nourris de vos savoirs sur ces figures que nous avons évoquées. Je présente les ouvrages, bien sûr. De vous, Philippe Moulinet, "Les Clefs d'Ibn Arabi", aux éditions Albouraq. "Un Eblouissement sans fin", éditions du Seuil. "L'Islam sera spirituel "ou ne sera plus", "Les Illuminations de La Mecque" de Ibn Arabi, chez Albin Michel. EI-Qader El-Jilani, évidemment, "Enseignements soufis", "Touba, la capitale des mourides", de cheikh Guèye, aux éditions Karthala. Merci infiniment d'avoir été avec nous. Bon dimanche, excellente semaine! Rendez-vous dimanche prochain sur le plateau de France 2.
Au revoir.

 

FIN

 

Une transcription écrite des sous-titres est aussi présentée au lien :
http://telescoop.tv/browse/666037/islam.html?q=soufis

 


 

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